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«C'est le procès de la CPI, de son amateurisme»

Leslie Varenne, Spécialiste de l'Afrique, directrice de l'Institut de veille et d'études des relations internationales et stratégiques (Iveris)


Leslie Varenne, Spécialiste de l'Afrique, directrice de l'Institut de veille et d'études des relations internationales et stratégiques (Iveris)
Leslie Varenne, Spécialiste de l'Afrique, directrice de l'Institut de veille et d'études des relations internationales et stratégiques (Iveris)
Quels sont les enjeux de ce procès ?

Pour la première fois un chef d'état comparaît devant la Cour pénale internationale pour y être jugé pour «crimes contre l'Humanité». C'est donc un enjeu majeur pour la CPI, d'autant plus qu'elle joue sa survie dans ce procès se présentant déjà comme la chronique d'un gâchis annoncé : il risque bien de devenir son propre procès.

Pourquoi ?

Parce que la CPI part d'un postulat faux. Ce n'est pas qu'une crise post-électorale mais bien une guerre qui a eu lieu en 2011 et elle a fait bien plus de 3 000 morts. La Commission dialogue, vérité et réconciliation (CDVR), présidée par l'ancien Premier ministre ivoirien Charles Konan Banny, annonce, dans un rapport qui n'a pas été rendu public, un chiffre de 16 000 morts et c'est à mon avis encore très sous évalué. Le problème, c'est que la CPI n'a pas fait d'enquête sérieuse sur ces événements : on l'a bien vu lorsqu'en mai la procureure a ajouté à l'acte d'accusation des images de violences supposées des «pro-Gbagbo» mais qui avaient été filmées cinq ans auparavant au… Kenya ! C'est dire l'amateurisme de la CPI, constaté aussi ce jeudi lors de l'ouverture du procès…

Le camp d'Alassane Ouattara, l'actuel président ivoirien, a aussi été accusé d'avoir commis des atrocités et tué au moins 800 personnes à Duékoué. Ce procès peut-il se retourner contre lui ?

Tout a été fait pour qu'il ne se retourne pas contre Alassane Ouattara mais Guillaume Soro, ancien ministre et président de l'Assemblée et les autres chefs de guerre pourraient être inquiétés. Cela va aussi dépendre de la défense de Gbagbo, la complexité de l'affaire étant de désigner et trouver les vrais coupables des tueries, des tortures et des viols. Or on ne les aura pas et les victimes ne seront donc pas reconnues ce qui va forcément nourrir du ressentiment chez toutes les parties.
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Vendredi 29 Janvier 2016
La Dépêche d'Abidjan



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