Connectez-vous S'inscrire
La Dépêche d'Abidjan

La Dépêche d'Abidjan

LA LIBERTÉ D'INFORMER









Burkina Faso : la petite histoire des coups d’Etat


Contrairement à certains pays qui ont été depuis leur indépendance relativement à l’abri des secousses politiques liées aux coups de force, au Burkina Faso, cela était jusqu’à une date récente, presque de mode.
Excepté les nombreux putschs, imaginaires ou réels éventrés sous la révolution, à ce jour nous avons à notre compteur au moins une dizaine de tentatives réussies ou étouffées de coups de force pour le contrôle du pouvoir d’Etat. Voici leur petite histoire.

Excepté la date du 3 janvier 1966 dont tout le monde s’accorde à dire que c’était plus un soulèvement populaire qu’un vrai coup d’Etat, le premier putsch intervenu dans notre pays date du 8 février 1974.
Ce coup de force tire son origine de l’interminable querelle de leadership que se livraient les barons du parti au pouvoir à l’époque, l’Union pour la démocratie voltaïque (UDV)/Rassemblement démocratique africain (RDA), avec d’un côté Gérard Kango Ouédraogo, Premier ministre et ministre des Anciens Combattants et par ailleurs, président de l’UDV-RDA, et de l’autre, Joseph Ouédraogo dit Jo Weder, président de l’Assemblée nationale et secrétaire général de l’UDV-RDA.
En effet, à l’issue des élections législatives de décembre 1970, l’UDV-RDA avait engrangé 36 sièges/56, et ses deux leaders ci-dessus nommés s’étaient offert les places de choix ou si vous le préférez les morceaux les plus viandeux de la République.
Mais au lieu de s’entendre pour mieux « bouffer leur naam », Joseph et Gérard se comportaient plus en frères ennemis.
Dans la nuit du 22 janvier 1974, au cours d’une réunion du bureau politique de l’UDV-RDA, le président du parti et son secrétaire général s’étaient étripés tels des chiffonniers. Cette nuit-là, Joseph Ouédraogo en tant que président de l’Assemblée nationale mit sur la table la question de la confiance du bureau politique au Premier ministre.
C’est ainsi que 17 des 24 membres du bureau politique votèrent une motion de défiance contre le président Gérard Kango Ouédraogo. On lui demanda d’en tirer toutes les conséquences en se démettant de ses fonctions de Premier ministre et de son poste de président du parti. Chose que Gérard jugea nulle et de nul effet en refusant naturellement de partir.
Ainsi, dès ce jour 22 janvier, deux membres du gouvernement dont Issoufou Joseph Conombo aux Affaires étrangères et Ali Barraud à la Santé publique démissionnèrent. Et ni les bons offices de certains militants de l’UDV-RDA, ni l’envoi de l’émissaire du président ivoirien Houphouët-Boigny ne firent plier les deux protagonistes de la crise.
Puis intervinrent les syndicats, qui appelèrent le général Sangoulé Lamizana, président de la République depuis le 3 janvier 1966, à « user de ses prérogatives constitutionnelles pour résoudre la crise ». La situation restait bloquée, politiquement parlant, lorsque le 8 février 1974, la Haute-Volta se réveilla au son de la musique militaire avec en sus une proclamation qui suspendait :
– la Constitution;
– l’Assemblée nationale;
– les activités politiques.
Dans la foulée, la promesse d’un nouveau gouvernement était faite.
C’était le premier coup d’Etat en règle de l’histoire de la Haute-Volta indépendante.
Après un gouvernement militaire, on évolua vers une vie constitutionnelle normale avec la IIIe République dont la brève expérience prit fin le 25 novembre 1980 avec le coup d’Etat du colonel Saye Zerbo.
L’ancien ministre des Affaires étrangères prenait ainsi le pouvoir d’Etat.
Rarement, de mémoire d’observateur de la scène politique nationale, régime n’aura bénéficié d’un soutien aussi franc que massif de la part de la société civile comme en a bénéficié le Comité militaire du redressement pour le progrès national (CMRPN) du colonel Saye Zerbo.
Pourtant, après 722 jours exactement de pouvoir (au cours desquels Saye Zerbo et ses amis ne s’étaient souciés outre mesure de se renforcer, d’avoir une assise solide), intervint le coup de force du 7 novembre 1982.
C’est donc presque sans surprise (pour les fins observateurs de la scène nationale) que ce jour-là, un médecin-commandant presque inconnu, Jean-Baptiste Ouédraogo qu’il s’appelle, fut propulsé à la tête de l’Etat.
C’était, dit-on, l’homme du compromis au niveau des différentes tendances du Comité provisoire du salut du peuple (CPSP). Entre-temps, le CPSP devint CSP et JBO resta à sa tête jusqu’à sa chute le 4 août 1983, à l’avènement de la révolution.

Le complot permanent

Sous la révolution, c’était véritablement la « complotite » et les suspicions de menées subversives étaient légion à telle enseigne qu’il est bien difficile de faire la différence entre les vrais complots et les faux putschs.
Quoi qu’il en soit, le 11 juin 1984, sept présumés comploteurs dont l’ancien maire de Ouaga, le colonel Didier Tiendrébéogo, étaient passés par les armes et sommairement ensevelis à Tanghin.
Ledit complot, selon Babou Paulin Bamouni, l’un des idéologues du régime, « était téléguidé par un pays voisin, la Côte d’Ivoire, avec l’appui de valets locaux ».
Puis arriva le jeudi 15 octobre 1987 quand, aux environs de 16 heures, des détonations se firent entendre au Conseil de l’entente, siège du CNR.
Plus tard, on apprendra que Thomas Sankara et douze camarades y ont fait les frais des antagonismes entre les tendances du Conseil national de la révolution qui venait ainsi d’être rectifiée. Ainsi naquit le Front populaire de Blaise Compaoré.

Vrai complot ou faux putsch ?

« Vrai complot ou faux putsch », tel était le titre d’un article d’enquête de L’Observateur Dimanche à ses débuts sur la mort de deux héros de la révolution d’août à savoir Boukary Jean-Baptiste Lingani et Henri Zongo et deux autres militaires à savoir le commandant Koundaba Sabyamba et l’adjudant Anéssé Gnégné.
En tout cas, dans la nuit du 18 au 19 septembre 1989, ces quatre militaires passaient de vie à trépas après, dit-on, un interrogatoire musclé. Des quatre chefs historiques de la révolution, l’enfant de Ziniaré était désormais seul en selle.
Après l’assassinat de Thomas Sankara et de ses douze compagnons, le pouvoir était donc désormais entre les mains du Front populaire. Une fois le coup de force consommé, toutes les unités de l’armée feront allégeance au nouveau régime ; toutes, sauf le bataillon d’intervention aéroporté, le fameux BIA de Koudougou ; à sa tête, le capitaine paracommando aux méthodes assez expéditives. Boukary Kaboré qu’il s’appelle, avec pour surnom le Lion.
Mécontent de la tournure des événements du 15 octobre 1987, il entre en rébellion. Et après l’assaut des forces fidèles à Blaise Compaoré dès le week-end du 23 au 26 octobre 1987, le Lion s’enfuit au Ghana comme l’avait fait plus d’un siècle auparavant un autre Boukary, Koutou celui-là, alors empereur des mossé.
Le Lion y organisa la résistance et à la Noël de l’an de grâce 1989, les autorités burkinabè annoncèrent avoir déjoué un coup de force de Boukary Kaboré dit le Lion.
Si donc le coup de force éventé ces temps-ci se confirmait il y a lieu de s’inquiéter puisque béatement on pensait que la prise du pouvoir par la force était révolue au Burkina.



Source: L'Observateur Paalga
Mardi 12 Mai 2015
La Dépêche d'Abidjan



Lu pour vous
Notez

Nouveau commentaire :
Twitter

Conditions d'utilisation
Merci d'écrire dans un langage correct et d'éviter des affirmations sans preuves.




Actualité | Opinion | Contributions | Zouglou Feeling | Vidéos | People | Reportages | Tribune | Lu pour vous | Arts et Cuture | Insolite | Communiqué | Sports | Santé | Économie | Tourisme - Voyages | À ne pas manquer | VOTRE PUBLICITÉ SUR LA DÉPÊCHE D'ABIDJAN | Espace Kamite



"Le Franc des Colonies Françaises d'Afrique (FCFA) est une propriété à part entière de la France."

La Dépêche d'Abidjan | 14/07/2020 | 2825 vues
00000  (0 vote) | 0 Commentaire
La Dépêche d'Abidjan | 31/03/2019 | 3116 vues
00000  (0 vote) | 0 Commentaire
La Dépêche d'Abidjan | 26/02/2019 | 3845 vues
33333  (1 vote) | 0 Commentaire
La Dépêche d'Abidjan | 20/12/2017 | 3143 vues
00000  (0 vote) | 0 Commentaire
La Dépêche d'Abidjan | 09/11/2015 | 6388 vues
00000  (0 vote) | 0 Commentaire
La Dépêche d'Abidjan | 09/06/2015 | 5180 vues
33333  (1 vote) | 0 Commentaire