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Au temps des zoos humains


Paris, Chicago, Londres… aucune métropole n’y résiste ! Dès la seconde moitié du XIXe siècle, classes populaires, bourgeois, scientifiques, colons… se pressent pour découvrir des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants présentés comme des animaux derrière des barreaux, sur lesquels est parfois apposé le panneau suivant : « Ne pas donner à manger aux indigènes, ils sont nourris. » C’est la grande époque de ce que les historiens appellent les « zoos humains ». « Ces exhibitions ont attiré près d’un milliard de visiteurs entre 1800 et 1950, dans le monde entier, explique l’historien Pascal Blanchard, chercheur associé au CNRS (laboratoire communication et politique). Les États-Unis, presque tous les pays européens – la France, la Grande-Bretagne, la Suisse, la Belgique, la Russie, l’Italie… – mais aussi l’Australie ou l’Inde ont organisé ce que les Anglo-Saxons appellent les “ethnic shows” [“spectacles ethniques”, NDLR]. Tous les peuples sont concernés : le Japon présentait des “Coréens cannibales”… juste avant sa conquête colo­niale. On a même reconstruit un “village noir” à Bobo-Dioulasso en 1934 ! »

Le phénomène s’inscrit dans une longue tradition d’exhibition de ce qui pouvait paraître anormal, avec les spectacles des « monstres » (« freaks ») : femmes à barbe, lilliputiens, hommes-troncs… Dès le XVIe siècle, les voyageurs ramènent des nouveaux mondes des « spécimens exotiques » pour les exhiber dans les cours d’Europe. Avec le développement du darwinisme, au XIXe siècle, apparaît l’idée d’une hiérarchisation des espèces. On trie, on classe, on détermine ce qui relève de l’humain ou non. « Les freak shows et les ethnic shows ont permis aux sociétés occidentales de se construire une normalité, souligne Pascal Blanchard. C’était un moyen de dire : “Regardez, nous ne sommes pas comme eux !” Mais aussi de se construire comme nation, en Occident. »

De fait, l’essor de ces exhibitions correspond à la période de forte expansion coloniale, des années 1870 aux années 1930. On théâtralise ces monstrations qui, du Jardin d’acclimatation et du Champ-de-Mars, gagnent les planches des Folies-Bergère et autres cabarets. La mise en scène de la « sauvagerie » est de plus en plus élaborée : danses frénétiques, simulation de combats sanguinaires ou de rites cannibales, polygamie… « On montre un monde totalement réinventé et scénarisé. On donne à voir un sauvage, souvent cannibale, parfois sympathique, jamais pour ce qu’il sait faire mais uniquement pour ce qu’il symbolise, qu’il faut dominer et domestiquer. En un mot : coloniser. » Des troupes d’« indigènes » sillonnent l’Hexagone. Outre Paris, entre 1878 et 1931, une soixantaine de villes les accueillent. « C’est une première forme d’immigration, explique le chercheur. On fait venir des colonies des milliers d’hommes et de femmes pour travailler dans ces shows. L’administration coloniale leur délivre des autorisations de circulation ; ils sont la plupart du temps engagés par des imprésarios qui les rémunèrent – pas toujours en numé­raire. En ce sens, les “indigènes” sont les acteurs de cette image négative et stigmatisante en train de se cons­truire. Si ce phénomène a fonctionné aussi longtemps, c’est parce que c’est un véritable business. »
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Vendredi 6 Mars 2020
La Dépêche d'Abidjan



ESPACE KAMITE
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