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LA LIBERTÉ D'INFORMER









À ceux qui croient en eux-mêmes rien d’impossible

Autant les Africains peuvent désapprouver la politique que mena Barack Obama en Afrique pendant ses deux mandats (aucune sanction contre les dictateurs qui sont au pouvoir depuis 3 ou 4 décennies, feu vert donné à l’OTAN pour assassiner Mouammar Kadhafi et déstabiliser la Libye, permis de tuer délivré au voyou Nicolas Sarkozy pour installer un imposteur dans le fauteuil présidentiel en Côte d’Ivoire, pressions exercées sur les présidents africains pour que soit légalisé le mariage des personnes de même sexe, etc.), autant ils reconnaîtraient facilement qu’il y avait chez le candidat Obama une “audace d’espérer”, la conviction que celui-ci pouvait être le premier Noir à diriger la première puissance mondiale, la foi capable de braver les obstacles de toutes sortes.


On trouve pareille foi, la foi qui ne s’éteint pas au premier coup de vent, chez l’aveugle Bartimée (Mc 10, 46-52) et la Cananéenne dont la fille était tourmentée par un démon (Matthieu 15, 22-28). Pourquoi leur foi est-elle si fascinante et pourquoi devrait-elle nous inspirer ? Parce que Bartimée ne se laisse pas impressionner par la foule qui fait tout pour le réduire au silence et parce que la Cananéenne ne se décourage pas en entendant les dures et méprisantes paroles de Jésus à son endroit (“Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens”). La tentation de la peur et de faire marche arrière n’a pas de prise sur les deux personnages.

Le peuple malien ne céda point à cette tentation bien que les forces de l’ordre fissent onze morts et 124 blessés parmi les hommes et femmes qui manfestaient dans les rues de Bamako, le 10 juillet 2020. Les protestataires maintinrent “les dix commandements de la désobéissance civile” qui consistaient, entre autres, à bloquer pacifiquement les rues, ponts et bâtiments publics. Emmené par l’imam Mahmoud Dicko, le peuple malien organisa au moins trois grandes manifestations en moins de deux mois avant d’être rejoint dans la rue par un groupe d’officiers de l’armée malienne. Inutile de préciser que ceux-ci font partie intégrante du peuple et qu’ils ne peuvent pas rester indifférents ou regarder ailleurs quand le peuple est affamé, opprimé et piétiné par ceux-là même dont la tâche essentielle est de servir et non de se servir et d’asservir. C’est la raison pour laquelle on devrait parler, non pas de putsch militaire, mais de révolution populaire. En d’autres termes, le renversement d’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), le socialiste qui n’était pas gêné de voler et de dilapider l’argent du peuple avec sa famille et ses petits copains, est l’aboutissement d’une révolution déclenchée et conduite courageusement par le peuple malien. L’armée ne fit que terminer le travail du peuple, le 18 août 2020. La chute d’IBK, c’est donc au peuple malien que nous la devons avant tout. Et cette chute, il est nécessaire d’affirmer qu’elle eut lieu parce que le peuple malien y crut du début à la fin, parce qu'il eut foi en sa capacité à obtenir le changement auquel il aspirait, parce qu'il était convaincu qu'aucun régime, aussi puissant soit-il, ne peut vaincre un peuple déterminé et courageux. En un mot, ce qui sauva le Mali de l’immobilisme et de la déliquescence, c'est d’avoir cru que le peuple reste le seul et vrai souverain et que le dernier mot lui revient.

L’enseignement majeur qui émerge de cette révolution populaire malienne est celui-ci : le défaitisme, le découragement et la résignation n'ont jamais sauvé un peuple. Un peuple qui refuse de prendre des risques et de se battre ; un peuple qui, au lieu de se dresser contre le dictateur qui lui pourrit la vie, préfère mettre les mains dans les poches ou prendre part à d’inutiles débats dont l’unique objectif est de le détourner des vrais problèmes ; un peuple qui ne croit pas en lui-même, un peuple qui se décourage vite, un peuple qui ne peut terminer ce qu'il a commencé, est un peuple qui a dit adieu à sa liberté et à sa souveraineté. Un tel peuple ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort, ni que l’on vole à son secours. Certains compatriotes se demandent pourquoi la France, qui félicita Monsieur Ouattara le 5 mars 2020 pour sa décision de ne pas briguer un troisième mandat, ne condamne pas sa volte-face. La France se tait, non parce qu’elle est embarrassée, mais parce que cette candidature anticonstitutionnelle fait son affaire et parce qu’elle a toujours pensé que la démocratie et les droits de l’homme sont une bonne chose uniquement pour les Blancs et non pour les “sous-hommes” que seraient les Noirs. Le peuple ivoirien doit comprendre qu’à travers Dramane Ouattara, c’est la France raciste, impérialiste et affairiste qui lui livre la guerre depuis le 19 septembre 2002. Pour le dire autrement, nous avons, en face de nous et contre nous, à la fois une marionnette et un marionnettiste. Voilà pourquoi les marches de protestation me paraissent insuffisantes. Le boycott des produits français et d’autres mesures contre les intérêts français dans notre pays doivent être également envisagés par les patriotes ivoiriens. Tout comme il est important d’envisager la légitime défense quand les marches pacifiques contre le viol de notre Constitution sont systématiquement attaquées par les milices criminelles de Ouattara. Car il existe une différence entre “pacifique” et “pacifiste”. L’homme pacifique veut la paix dans les limites fixées par les lois du pays mais il ne s’interdit pas de se défendre et de défendre les siens et son pays quand ceux-ci sont attaqués. Le pacifiste est, lui aussi, pour la paix. Mais, contrairement au pacifique, il refusera de riposter ou de se battre, se laissera frapper sans se défendre si un coup lui est porté par l’adversaire ou l’ennemi. Gandhi, partisan de la non-violence, n’était pas pour autant un pacifiste puisqu’il disait : “L’idée ne nous viendrait pas que la souris est clémente parce qu’elle se laisse dévorer par le chat”. Quant à Nelson Mandela, il nous a laissé ces paroles pleines de bon sens : “La résistance passive non-violente est efficace tant que notre adversaire adhère aux mêmes règles que nous. Mais, si la manifestation pacifique ne rencontre que la violence, son efficacité prend fin.” Umkkonto we Sizwe, la branche militaire de l’ANC qui organisait des sabotages à la bombe, fut créée en 1961 parce que l’augmentation de la répression, les violences policières et de l'État, avaient convaincu Mandela et ses camarades que des années de lutte non violente contre l'apartheid n'avaient apporté aucune avancée.

Le combat que nous menons n’a pas pour but de ramener X ou Y au pouvoir ; c’est un combat de libération. Nous voulons nous libérer de la France qui occupe et exploite notre pays depuis 6 décennies à travers des hommes cupides et égoïstes. Si nous souhaitons vivre libres et debout, alors nous devons avoir confiance en nous-mêmes, croire que nous pouvons réussir comme le peuple malien a réussi à se débarrasser d’IBK et, surtout, nous devons nous battre. Cela suppose que nous tournions le dos à la fausse idée de participer à une élection truquée et gagnée d’avance par le RDR. Cela suppose aussi que nous ne nous laissions pas intimider par les ridicules menaces et fanfaronnades de Ouattara qui sont les signes d'un régime qui, quoique poursuivi par Némésis, la déesse de la vengeance, est saisi par le doute et la peur.

Jean-Claude DJÉRÉKÉ
Lundi 24 Août 2020
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