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La Dépêche d'Abidjan

6 ans après / Tchimou Raymond, procureur de la République révèle : ‘’Je cherche Kieffer parmi les vivants’’

Six ans après la disparition du Franco-Canadien Guy-André Kieffer, le Procureur de la République qui a mené son enquête fait le point. Tchimou Raymond a une certitude dans ce dossier, c’est que Kieffer est la face visible d’un complot ourdi contre les autorités ivoiriennes. A ce sujet, il se garde d’en dire plus mais donne quelques éléments d’appréciations. Entretien avec un Magistrat sûr de son fait et droit dans ses bottes…


Photo : DR
Photo : DR
Six ans après, l’affaire Kieffer est toujours d’actualité. Où en êtes-vous exactement avec l’enquête ?

L’enquête, en ce qui me concerne, est achevée à 90%. Mais, comme le dossier est entre les mains d’un juge d’instruction, c’est à lui de vérifier certains petits points et de soumettre le dossier pour règlement définitif par le Parquet. Vous avez constaté que c’est un dossier qui concerne deux pays, la France et la Côte d’Ivoire. La partie ivoirienne estime qu’elle a bouclé son dossier à 90%.

Qu’en est-il de la partie française ?

Dans ces temps-ci, on n’entend plus parler d’elle. Nous attendons de voir si elle abonde dans le même sens que nous. Si chacun agit dans l’honnêteté, je pense que rapidement on pourra s’entendre sur tous les points.

Il y a une mobilisation des journalistes sur l’affaire Kieffer. Est-ce qu’il vous est apparu dans votre enquête que vous aviez réellement affaire à un journaliste ou à un homme d’affaires ?

A ma connaissance, Kieffer était un journaliste pigiste avant de venir en Côte d’Ivoire. Je ne pense pas qu’un journaliste pigiste soit un journaliste. On nous avait dit qu’il avait effectivement une carte de journaliste, mais jusqu’à ce qu’on finisse avec notre dernière commission rogatoire en France, cette carte ne nous a pas été produite. Mais, ce n’est pas ce qui nous intéresse. Kieffer est venu en Côte d’Ivoire en qualité d’employé d’un cabinet de consultance appelé Commodity Corporate Consultings (CCC) et qui avait pour grands gérants MM. Devaucelles et Eric Latam, l’un PDG et l’autre DG. Il était employé dans ce cabinet de consultance et chargé de communication. Il n’avait pas de carte de journaliste, il n’était pas journaliste dans ce cabinet et à ce sujet, il n’y a aucune contestation. C’est pourquoi, nous magistrat, nous le considérons comme un ex-employé de CCC, puisque ce cabinet a disparu depuis belle lurette. Kieffer lui est resté et est revenu à ses anciennes amours de pigiste, mais il n’était pas journaliste. L’un de ses ex-patrons que nous avons rencontré en France, nous disait qu’il ne signait pas les articles qu’il faisait. Il les mettait à la disposition d’un journaliste attitré, de telle sorte qu’à partir de ce moment, on ne peut pas dire qu’il est journaliste. Il est venu en Côte d’Ivoire en tant qu’employé de CCC et c’est en cette qualité qu’on le connaît.

Pour vous, il y a donc un amalgame dans la présentation de Guy André Kieffer ?

Oh, c’est purement politique. Je ne sais pas si un chargé de communication d’une société peut être considéré comme journaliste. Certains ont dit qu’il a la carte de journaliste, d’autres avaient affirmé qu’il avait été journaliste, mais nous avons pris soin de demander que cette carte nous soit produite. Mais ce qu’il faut reconnaître, c’est qu’il était chargé de communication.

Quel est aujourd’hui le statut juridique de Guy-André Kieffer ? Est-ce un homme mort ou un homme disparu ?

C’est un homme qui est disparu et non un homme mort. Parce que quand on prend le sens d’un homme mort, c’est dire que : premièrement, le corps a été retrouvé et deuxièmement, les médecins compétents en la matière, après examen, ont déclaré qu’il est mort. Il y a donc les certificats médicaux de mort ou les certificats de genre de mort qui sont produits, attestant que la personne est morte. Ce n’est pas le cas, s’agissant de Guy-André Kieffer. On n’a pas de traces de lui, donc on le considère comme disparu.

Jusqu’à quel délai peut-il être considéré comme mort ?

Pour le moment, on ne peut pas le considérer comme mort. Mais, selon la loi effectivement, à partir d’un certain temps, c’est la famille qui doit entreprendre les démarches auprès des juridictions compétentes pour que le disparu soit déclaré mort. Et ce, à partir de quatre (4) ans si elle estime que ce disparu doit être considéré mort. Mais, jusque-là, aucune démarche n’a été faite dans ce sens, parce que chaque élément espère qu’il est en vie. Et nous, nous disons qu’il est sûrement en vie. C’est pourquoi, nous demandons à ce que les autorités judiciaires françaises, de concert avec nous, nous puissions travailler dans ce sens pour retrouver ses traces. Certains veulent que Kieffer soit mort, je ne peux pas aller contre leur volonté. Mais, nous n’avons aucune preuve qu’il soit mort. Les différentes recherches entreprises ici pour retrouver sa tombe, sur indication de certains grands connaisseurs, sont restés vaines. Quand quelqu’un a été recherché parmi les morts et qu’on n’a pas pu retrouver son corps, c’est qu’il est parmi les vivants. C’est une logique. On a cherché partout, avec tous les moyens sophistiqués, on ne l’a pas trouvé. C’est qu’il est parmi les vivants, puisque les morts ne bougent pas. Les vivants ça bouge, ça peut se déplacer, aller partout et changer d’identité, avec les techniques pour changer de visage.

Pourquoi, jusqu’aujourd’hui, une commission rogatoire n’est-elle pas lancée contre M. Gaydamack, qui aurait hébergé Guy-André Kieffer et qui serait localisé entre Israël et la France ?

Dans ce genre d’enquête, il y a beaucoup d’esprits et beaucoup d’informations. Il nous appartient de rester serein, de vérifier chaque information avant de nous lancer dans des commissions rogatoires. Ce n’est pas parce que quelqu’un a dit qu’il serait en Israël, hébergé par un tel ou un autre, que c’est vrai. Si c’était le cas, je pense que les autorités israéliennes qui ont une ambassade en Côte d’Ivoire nous auraient confirmé que Kieffer serait dans leur pays, mais ce n’est pas le cas, surtout qu’il y a eu d’autres pays qui ont été cités. Nous cherchons.

Comment expliquez-vous qu’il n’y a plus de déplacements du juge Ramaël en Côte d’Ivoire ?

Je suis un peu étonné, parce que jusque-là quand on déclarait qu’il était mort, tout le monde s’affairait dessus. Mais, depuis que j’ai déclaré que Guy-André Kieffer a été exfiltré de la Côte d’Ivoire et que je le recherche parmi les vivants parce qu’on ne l’a pas trouvé parmi les morts, je n’ai plus entendu quelqu’un intervenir pour dire que peut-être que le procureur a raison et qu’il faut l’aider à découvrir la vérité. Mais, de l’autre côté nous continuons notre enquête, pour vérifier toutes les pistes nécessaires pour que chacun soit éclairé. Certains pensent que la justice, c’est retrouver rapidement la personne et que les juges seraient des dieux, des marabouts qui peuvent facilement trouver telle ou telle personne. Ici, nous sommes dans une situation telle qu’il faut chercher. Cela fait six ans, on cherche toujours et c’est grâce à la collaboration des uns et des autres qu’on peut trouver tous les éléments possibles. Je suis toujours prêt à collaborer avec les vrais membres de la famille pour que nous puissions travailler. Certaines personnes s’étaient présentées comme des coépouses, nous avons démontré qu’elles n’ont pas cette qualité. Quand je dis les vrais membres de la famille, ce sont ceux qui aimaient vraiment Kieffer, parce que nous avons des témoignages concernant ceux qui étaient effectivement proches de lui. Je ne vais pas épiloguer sur le côté vrai ou faux, mais je cherche ceux qui sont sincères et qui veulent que la vérité éclate.

Et tous ces témoins, Berthé Seydou, Alain Gossé… avez-vous des nouvelles d’eux ?

Berthé est en France. Un élément de la famille Kieffer avait déclaré qu’Alain Gossé était leur témoin clé. J’avais en son temps dit que c’était un plaisantin, parce que les semaines qui ont suivi, ce dernier a écrit pour présenter ses excuses à la Première dame et demander à ce que je puisse le recevoir. Je n’ai pas donné une suite favorable à se demande et aujourd’hui nous savons ceux qui sont des plaisantins dans ce genre de dossier et qui n’ont rien à apporter. Ce que je peux dire, c’est que le dossier de Kieffer est à l’image du dossier du bombardement de Bouaké. C’est la même technique qui a été utilisée. C’est une affaire purement franco-française, les autorités ivoiriennes n’ont rien à voir là-dedans, elles ne sont pas du tout impliquées. C’est une affaire entre Français.

Les autorités ivoiriennes citées dans cette affaire sont-elles disculpées, au plan du Droit ?

Les autorités ivoiriennes ne sont pas concernées par cette exfiltration. On n’a aucun intérêt à exfiltrer un individu, de surcroit chargé de communication. Kieffer n’était pas du tout une menace pour les autorités ivoiriennes et nous avons assez d’éléments qui disculpent nos autorités ivoiriennes.

Avec le partenariat de L'Intelligent d'abidjan / Interview réalisée par Valery Foungbé







Vendredi 16 Avril 2010
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