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Tiburce Koffi sans détour : "Bédié, Gbagbo et Ado constituent un trio explosif, une poudrière, des tsunami politiques"

C'est toujours un plaisir de s'entretenir avec Tiburce Koffi. Les sujets de conversation ne manquent pas avec cet homme "multicartes". Journaliste, professeur de Lettres, dramaturge, philosophe et politicien, Tiburce Koffi est un intellectuel africain dont les prises de positions politiques en Côte d'Ivoire, son pays, sont l'objet de nombreuses controverses.
Ce personnage "insaisissable", qui revendique son attachement aux valeurs de gauche, n'a pas hésité à apporter son soutien à Charles Konan Banny et à Alassane Dramane Ouattara, le candidat des "Houphouétites" , malgré le fait qu'il soit idéologiquement opposé à ceux-ci.
Cependant, avec le "camarade" Laurent Gbagbo, l'ami d'hier, les rapports ne sont plus au beau fixe. Il s' explique dans cette interview qu'il nous a accordée à Paris .


Photo :DR
Photo :DR
Tiburce Koffi, Bonjour, quelles sont les raisons de votre présence en France ?

J’ai déjà eu à expliquer cela à la presse, dans un numéro de « Jeune Afrique ». Ensuite, j’ai adressé une « Lettre ouverte à M. Gbagbo », qui a même été publiée dans le journal « Le Nouveau réveil », en Côte d’Ivoire. C’est pour des raisons de sécurité que j’ai fui mon pays. J’étais menacé de mort par les sbires et miliciens du régime criminel de Gbagbo. Et, comme on ne meurt jamais au brouillon pour savoir si on a vraiment été tué ou non, j’ai préféré partir.
 
On a appris que vous êtes à Paris, avec Venance Konan, "pour consolider la mobilisation des intellectuels du monde en faveur d'Alassane Ouattara". Confirmez-vous cette information ?

Cela va faire bientôt un mois que je suis à Paris. Je n’ai eu à convoquer aucune rencontre entre des intellectuels africains ou non africains résidents en France, en vue de quoi que ce soit. J’ai dit clairement à « Jeune Afrique » que je me mettais, moi-même, en mission pour défendre la cause pour laquelle j’ai dû quitter mon pays. Pour moi, c’était là, une question de bons sens: il faut que mon séjour de réfugié serve au moins à la cause pour laquelle je me trouve en ce moment hors de mon pays. Je ne suis pas un touriste, je ne suis pas un nouveau venu en France qui a envie de découvrir la Tour Eifel, les Champs-Elysées, Versailles, etc. Je suis un réfugié politique. Je ne mobilise personne ici, mais j’accorde des interviews aux journalistes qui m’en demandent, afin d’éclairer les uns et les autres sur cette crise; je participe aussi à des émissions quand on m’y invite. Ainsi, je suis passé sur Rfi, Radio France. Après tout, je ne suis pas un personnage anonyme, Axel. Aussi bien en Côte d’Ivoire qu’en France, je suis connu, rien qu’au titre d’écrivain et d’intellectuel africain respectable. 
 
Certains lecteurs jugent vos écrits trop acerbes à l'égard du président Laurent Gbagbo, que vous présentez pourtant comme un ami. Selon vos détracteurs, vos publications laissent croire que vous n'avez jamais partagé un brin d'amitié avec celui que vous ne ménagez pas dans vos articles. Qu'est ce qui vous oppose à Laurent Gbagbo ?

Je ne vais pas revenir sur ces choses-là. Je suis un écrivain, journaliste, essayiste, militant indépendant de la gauche ivoirienne, la vraie gauche, s’entend. Et tout ce qui concerne mes activités intellectuelles et mon action politique est écrit soit dans des articles, soit dans des livres. Je crois savoir que les livres sont écrits pour être lus. Lisez-les donc. J’ai expliqué, clairement, posément, dans mes articles et livres, dans des conférences aussi, ce qui m’a opposé et continue de m’opposer à M. Gbagbo : sa gestion du pays. Lisez « Côte d’Ivoire, l’agonie du jardin »; lisez aussi « Ngo’ndi », ainsi que les milliers d’articles, etc., que j’ai publiés sur cette question majeure. Pourquoi mêlez-vous toujours, convictions, choix politiques, sens éthique, à l’amitié? Est-on obligé de conserver une amitié compromettante et dérangeante ? Même dans un foyer, le divorce n’existe-t-il pas? Tu me parles d’amitié. Quand les sbires de Gbagbo cherchent à me tuer, M. Gbagbo les retient-il? En 2007 et en 2008, j’ai subi deux agressions dont l’une, à main armée, à mon appartement. On m’a volé mon matériel de travail (ordinateurs, caméras, dictaphones, mes documents); preuves que ce n’était pas un vol ordinaire. Ma famille vit à l’étranger, pour des raisons de sécurité. La presse a rendu compte de ces inconforts et menaces que je subis depuis au moins quatre années. M. Gbagbo, le prétendu ami, m’a-t-il, une seule fois, donné un coup de fil pour me dire le traditionnel ‘’Yako, Tiburce?’’ Quand il s’est trouvé, lui, face à une rébellion, j’ai, au nom de cette fameuse amitié qu’il est allé de lui-même décliner à la télé, mis ma plume et ma passion d’écrivain engagé, à son service, pour défendre sa cause. Lui est resté sourd aux tragédies que j’ai vécues, parce que je ne chante pas ses louanges. Est-cela l’amitié?   
 
Concernant votre engagement politique, on a du mal à vous suivre… vous n'êtes pas en odeur de sainteté avec le président Bédié. On sait que vous êtes un proche collaborateur de Charles Konan Banny, qui a fait allégeance au président du Pdci. Soutenez-vous Bédié, malgré vous?

M. Bédié, à ce que sache, n’est plus dans la course pour le pouvoir. Donc comment puis-je soutenir une personne qui ne se trouve plus engagée dans le combat pour la conquête du pouvoir? Aujourd’hui, il s’agit d’un conflit entre le Rhdp, vainqueur de la présidentielle de 2010, et le camp de M. Gbagbo, le mauvais perdant. Et le Rhdp est représenté par Alassane Ouattara. En outre, l’allégeance de M. Banny au Pdci ne me concerne pas; je ne suis pas un militant du Pdci, je ne milite dans aucun parti politique, je l’ai déjà dit et répété. Et puis, M. Banny n’a pas fait allégeance au Pdci. Il est une grande personnalité du Pdci, son parti et, en tant que tel, il a suivi les recommandations et décisions de son parti. Ce qui est normal.
 
Il y a de cela trois ans, dans une interview, vous m’avez dit que Charles Konan Banny sera candidat à cette présidentielle, et qu’il ne lui revenait même pas de dire ‘’non’’. Finalement, vous avez prêché faux ?

Oui, je l’admets. En réalité, c’était pour moi, ainsi que pour le groupe d’opinion composés de cadres ivoiriens qui lui étaient favorables et dont j’étais l’un des animateurs, une manière de le contraindre à aller à cette présidentielle. Mais plus tard, j’ai compris que M. Banny était loin d’être un homme manipulable. C’est une forte personnalité qui ne s’en laisse pas conter. Pour nous, une candidature moins conflictuelle, sinon même pas du tout conflictuelle, comme celle de Charles Konan Banny, aurait pacifié la scène politique de notre pays. M. Banny, outre ses immenses qualités intellectuelles et de gestionnaire, est un homme du compromis et de la paix. Gaoussou Kamissoko me répète toujours que, de tous les héritiers d’Houphouët, il est celui qui a le meilleur profil pour continuer l’œuvre du grand chef. Et il a raison. Oui, c’est dommage qu’il n’ait pu aller à cette élection. Je reste convaincu qu’il était la porte de sortie de crise.
 
Regrettez-vous qu’il n’ait pas été candidat?

A mon âge, on ne gère pas le reste de temps qu’on a à vivre, avec des regrets. Moi aussi, j’ai des choses à faire, beaucoup de choses mêmes, aussi importantes qu’une candidature impossible : mon foyer, mes livres à écrire, l’art, mes enfants, les petits-enfants que je n’ai pas encore eus; je rêve de devenir papi. Et puis, objectivement, il n’était pas possible à M. Banny de faire acte de candidature. Cela aurait effectivement causé des fractures au sein du Pdci.
 
L’année dernière, il a pourtant tenté de forcer...

Non. Il ne voulait pas de ça. Et il m’avait largement expliqué pourquoi il ne fallait pas faire ça. C’est un homme de droiture. Un homme de parole. Oui, l’année dernière, il a été accusé d’avoir voulu évincer Bédié pour être le candidat du Pdci. En réalité, c’est nous, ses partisans, qui avons monté toute cette histoire de Banny qui veut être le candidat du Pdci. Nous voulions le forcer. Et nous l’avons fait sans son avis, et à son insu. Il n’a pas été content de nous, mais il nous a protégés. Cela lui a créé beaucoup de problèmes au sein de son parti et, je t’avoue, j’ai eu mal pour lui. Tu me dis que j’ai prêché faux, concernant sa candidature. Oui, mais je te rappelle aussi qu’en avril 2007, dans l’interview que tu m’avais faite, je t’avais dit que la présidentielle aurait lieu au cours de la dernière semaine du mois d’octobre 2010; et je t’avais dit aussi pourquoi. Et depuis 2005, je n’avais fait que dire cela aux Ivoiriens. J’avais prêché juste. Il y a des Conseillers spirituels et pasteurs de M. Gbagbo qui ont gagné en grade au palais pour avoir, en 2009, ‘‘ prédit’’ la date de cette élection; soit près de cinq années après moi! Et on dit d’eux qu’ils sont des prophètes de Dieu! Et moi alors, qui suis-je donc? Dieu?
 
On vous traite (avec Venance Konan) de tribalistes, à cause de vos prises de position en faveur des personnalités politiques de votre groupe ethnique (Baoulé)…

Le candidat que j’ai soutenu dans des conférences et meetings publics, et dont je défends la cause en ce moment, s’appelle Alassane Ouattara. Il n’est pas de mon groupe ethnique. La plus grande personnalité politique de cette dernière décennie, et dont j’ai eu à défendre ardemment la cause jusqu’à la date de notre rupture, s’appelle Gbagbo Laurent. Il n’est pas de mon groupe ethnique. Tu es très bien placé pour savoir ces choses-là. Et toi-même, Axel Illary, qui est un ami, tu n’es pas de mon groupe ethnique. Tu viens en outre de me dire, toi-même, que je ne suis « pas en odeur de sainteté avec le président Bédié ». Est-il nécessaire de te rappeler que j’appartiens pourtant au même groupe ethnique que M. Bédié? Cela dit, je peux t’affirmer que M. Bédié ne nourrit aucune animosité contre moi. Il est loin d’être l’homme mesquin que de mauvaises langues dénigrent de manière irresponsable. Son soutien franc et honnête à Ado qu’il a porté aujourd’hui au pouvoir, est la preuve suffisante que c’est un homme de grande stature morale et politique. On en connait, dans ce pays, qui auraient trahi Ado, par manque de culture éthique. Oui, il faut rendre hommage à Henri Konan Bédié pour son comportement responsable et hautement républicain et patriotique, au cours de cette élection. Il a accepté son élimination suspecte et injuste, au nom de la paix; il a porté Alassane au pouvoir, au nom de la sainte alliance. C’est la plus grande et la plus belle des réponses qu’il avait à donner au détracteur de l’ivoirité qu’il avait pourtant définie, lui, comme ouverture et non comme fermeture et exclusion. Oui, Bédié est sorti grandi de cette élection. Et, à mon avis, les portes de l’Histoire viennent de s’ouvrir désormais à lui. Si et seulement si cet exemple pouvait inspirer un certain Gbagbo Laurent!   
 
Dans votre article "Deuxième épitre à Laurent Gbagbo", paru à la veille du premier tour de l'élection présidentielle en Côte d'Ivoire, vous écrivez : Fin de règne donc pour toi, Gbagbo Laurent, fils de Mama ! La Côte d'Ivoire est en route pour la IIIème République ». La réalité des faits aujourd'hui, c'est que Laurent Gbagbo est toujours au pouvoir !

Non. M. Gbagbo n’est pas au pouvoir. Il a confisqué le pouvoir. Ce n’est pas, là, une simple nuance, c’est une question de fond. Gbagbo a été battu à cette élection; et le fait qu’il ait accaparé l’Exécutif ne fait que souligner le caractère voyou du personnage. Ensuite, et je te le dis: la Côte d’Ivoire est en route pour la III è République. Et elle verra le jour, cette III è République. Ce n’est qu’une question de temps.
 
Quels commentaires faites-vous de la crise post-électorale actuelle?

Je ne suis pas surpris par l’impasse que nous vivons. Relisez tous mes articles sur cette question. Depuis juin 2004 jusqu’à novembre 2009, je n’ai fait qu’alerter mes concitoyens sur le danger qui guettait la Côte d’Ivoire, à cette consultation électorale que j’avais estimée, de tous les dangers. Il y a notamment un article que j’ai écrit, qui s’intitule « Octobre 2OO5, la redoutable échéance »; cet article a été reconduit dans Ngo’ndi, le dernier livre en date que j’ai publié en collaboration avec Venance Konan. Il y est écrit à peu près ceci: « A quoi cela nous sert-il de courir à une élection dont aucun des trois ‘‘grands candidats’’ n’est prêt à en accepter les résultats ? ». Plus récemment encore, en octobre 2009, dans la perspective de cette présidentielle que l’on avait fixée à la date du 29 novembre 2009 (aucun Ivoirien n’avait d’ailleurs cru à cette autre farce), j’ai publié sur cette question un article que j’ai intitulé: « 29 novembre 2009, une présidentielle de tous les dangers ». Et je disais aux Ivoiriens qu’ils s’en allaient à cette consultation électorale se livrer aux balles assassines des milices de Gbagbo et de la rébellion. Relisez ce papier. Oui, j’ai écrit cela…
 
D’accord. Mais il fallait bien qu’un jour, on aille à cette élection pour sortir de la crise !

Oui, d’accord. Mais j’ai toujours émis des réserves sur les conditions dans lesquelles on voulait partir à cette consultation décisive de grande envergure. Deux conditions, selon moi, étaient nécessaires à satisfaire pour qu’on évite l’impasse actuelle que j’avais prévue si celles-ci n’étaient pas respectées. Hélas, on est allés à cette présidentielle qui était une poudrière en attente de la mèche.
 
Quelles étaient ces conditions?

Le désarmement effectif des rebelles ainsi que des milices de Gbagbo; et, le point le plus important: le retrait de Bédié, Gbagbo et Alassane de cette présidentielle.
 
N'était- ce pas une proposition antidémocratique ?

Proposition antidémocratique, j’en conviens, mais proposition sage et salutaire. Sur quoi reposait-elle? Je vais encore vous expliquer, et patiemment, ce que j’ai passé des années (six années) à expliquer aux Ivoiriens, dans mes livres, articles et conférences. Pour moi, ces trois personnages constituaient un danger pour notre pays, non pas qu’ils soient des gens au cœur mauvais, mais parce que ce sont des personnages charismatiques, trop charismatiques pour représenter des espoirs de paix! Oui, je sais que ça te paraît bizarre, mais j’ai déjà eu aussi à expliquer cette thèse. Pour moi, Bédié, Gbagbo et Ado constituent un trio explosif, une poudrière, des tsunami politiques. Leurs parcours ont été parsemés de rancoeurs, de coups bas, de désir de revanche ou de vengeance; et ils ont, peut-être même à leur issue, donné naissance à une armée de fanatiques impossibles à raisonner, au point où, dans chacun des trois camps en présence, la perspective d’une défaite à cette élection était automatiquement proscrite, surtout du côté de Gbagbo et de Ouattara.
Les militants du Pdci, on le sait, sont sages, trop sages pour déclencher des hostilités à même de compromettre l’équilibre de la nation déjà en péril. Donc, pour moi, il ne pourra y avoir jamais de paix dans notre pays tant que ces trois-là seraient sur le chemin de la conquête du pouvoir. Et j’avais conclu à l’exclusion pure et simple de ces trois candidats. Un seul homme politique du pays a donné écho à ma thèse: Gnamien Konan. Lui avait trouvé une formule élégante pour les amener à se retirer de la compétition. Lors d’un de ces meetings auquel j’ai assisté, à Yopougon, il a dit exactement ceci: « Je supplie Gbagbo, Ado et Bédié de se retirer. Je leur dit, s’ils aiment vraiment la Côte d’Ivoire, qu’ils se retirent carrément de cette élection, et qu’ils cèdent la place aux candidats sans contentieux politiques, sans histoire, comme nous autres. Ce sera leur part de sacrifice pour la survie de la nation ». Oui, c’était bien dit.
 
Mais aujourd’hui, le même Gnamien Konan a rejoint Ado.

Non, il n’a pas rejoint Ado. Il a rejoint le Rhdp, par réalisme politique, et un peu sur mes conseils: je ne vous le cache pas, Gnamien Konan est mon cousin. Donc, je lui ai demandé de rejoindre le camp des houphouétistes, le camp qui a remporté cette élection; d’autant plus qu’il est contre la politique de Gbagbo. En plus, et si vos observez bien, vous verrez que même Ado ne parle plus du Rdr; et il a raison. C’est le Rhdp qui a gagné l’élection et non le Rdr. Le Rhdp, ce sont les héritiers d’Houphouët-Boigny. Dans le fond, cette élection a opposé deux camps, deux visions antagoniques de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique. L’une, Lmp, incarnée par Gbagbo, se veut anti-houphouétiste, anti-française, ultranationaliste et xénophobe. Ce n’est pas pour rien que M. Gbagbo reçoit aujourd’hui le soutien de Jean-Marie Lepen. C’est une honte ! L’autre, incarnée par Ouattara et Bédié, se veut continuatrice de la pensée et de l’œuvre politiques d’Houphouët. Elle se veut ouverture aux Africains, tolérance au sein de la Nation, amitié avec la France. Je vous rappelle, entre autres propos horribles, une des phrases inquiétantes que Gbagbo a sorties, lors de sa campagne: « Jamais je ne laisserai le pays aux mains des héritiers d’Houphouët ». Voilà qui souligne encore, la haine, toute la haine que cet homme a contre Houphouët!
 
Et vous aussi, vous avez rejoint le camp Ado que vous combattiez pourtant?

Je suis le porte-parole du MN.-H, Mouvement pour le Néo-houphouétisme, créé à Abidjan en juillet 2007, avec des amis comme Guy-Pierre Nouama, Alex Kipré, Gaoussou Kamissoko, Jean-Paul Zunon, Guy-Charles Wayoro, Elisabeth Goli, entre autres. Tout néo-houphouétiste est d’abord un houphouétiste, donc Rhdp. Cela paraît évident. Je n’ai donc pas rejoint le camp Ado, j’ai rejoint le Rhdp.  
Pour qui avez-vous voté ?

J’ai trahi le MN.-H, car j’ai donné ma voix à Gnamien Konan, au 1er tour. C’était conforme à mon refus de voir Bédié, Ado et Gbagbo se présenter à cette élection.
 
Vous avez voté pour Gnamien Konan parce qu’il est votre cousin?

Non. Au 2è tour, j’ai donné ma voix à Ado, le représentant du Rhdp. J’avais même mené ouvertement campagne pour lui.

Pourquoi l'intellectuel que vous êtes, ne condamne t-il pas fermement la rébellion armée en Côte d'Ivoire?

Axel, franchement, de toi à moi, tu dois être le dernier d’entre les Ivoiriens à me poser une telle question. Cite-moi le nom d’un seul journaliste et intellectuel ivoirien à avoir écrit autant d’articles virulents comme ceux que j’ai écrits, moi, sur la rébellion. Je suis le seul intellectuel et journaliste, dans toute la Côte d’Ivoire, à n’avoir jamais appelé les rebelles ‘’Forces nouvelles’’; je les ai toujours appelés rebelles. Et je leur ai dit que tant qu’ils ne déposeront pas les armes, je continuerai de les appeler rebelles. Même les gens du Fpi les appellent ‘’Forces nouvelles’’, à commencer par leur chef. Je suis resté le seul intellectuel de ce pays à contester Soro Guillaume qui était devenu l’ami de tous, même de Gbagbo, Fologo, Blé Goudé et autres, quand ils ont évincé Charles Konan Banny de la Primature. Je suis le seul à avoir toujours donné la réplique à Soro quand il lui arrivait de livrer des interviews qui me paraissaient susceptibles de tronquer la vérité des faits politiques. Je suis le seul à avoir remis en cause et ouvertement, l’Accord politique de Ouaga que, tous, vous avez salué, mêmes les gens du Fpi. Alors, que me dis-tu là ? N’est-ce pas Gbagbo qui criait sur tous les toits qu’il était satisfait du travail de Blaise Compaoré et de Soro? N’est-ce pas lui qui disait qu’il était satisfait de l’Accord de Ouaga qui avait, selon lui, apporté la paix en Côte d’Ivoire? N’est-ce pas lui et ses sbires, soutenus par leurs journaux bleus, qui chantaient à la grande réconciliation entre Blaise, Soro et Gbagbo le visionnaire qui a inventé le génial Accord de Ouaga? Ces fiançailles incestueuses, scandaleuses et choquantes entre les rebelles et Gbagbo n’ont-elles pas été retransmises à la télé? De Soro et les animateurs de la rébellion du Nord, et Charles Konan Banny, celui-là qui n’avait pas tué, ni volé, ni triché et qui s’attelait à faire désarmer la rébellion (et il était sur le point de le réussir), Gbagbo et ses sbires n’ont-ils pas préféré Soro et Compaoré? N’est-ce pas Gbagbo qui a dit que la guerre est finie, grâce à l’Accord de Ouaga et qu’il n’y a plus de problèmes en Côte d’Ivoire et que, donc, on pouvait aller à l’élection? Et cela, contre même l’avis d’Alpha Blondy qui estimait, lui, qu’il fallait qu’on règle d’abord ces problèmes-là, avant d’aller à l’élection? Non, ne me fâche pas, Axel. J’ai fait mon travail. Je n’ai eu de cesse de combattre la rébellion; c’est Gbagbo et ses partisans qui ont collaboré avec la rébellion, et ils savent pourquoi.   
 
Pourquoi soutenez-vous Alassane Ouattara que beaucoup accusent d'être à la base des malheurs de la Côte d'Ivoire?

Pourquoi Gbagbo et le Fpi soutenaient-ils Soro Guillaume, le chef de cette rébellion? Pourquoi Gbagbo a-t-il préféré Compaoré dont on nous avait dit qu’il était le parrain de cette rébellion, à Charles Konan Banny le sage et le pacifique? Alassane à la base des malheurs de ce pays? Est-ce Alassane qui a créé la Fesci qui détruit l’école ivoirienne? Est-ce Alassane qui a mis ces panneaux injurieux entre les mains des gosses qui criaient dans les rues, en 1989, ‘’Houphouët voleur ?’’ Est-ce Alassane qui déchirait les papiers des gens du Nord et les excluait de la vie politique nationale? Est-ce Alassane qui a déclenché le boycott actif qui engendré des meurtres à l’ouest, au sein de la communauté paysanne baoulé? Est-ce Alassane qui a créé et promu la version ultranationaliste et xénophobe de l’ivoirité? Est-ce Alassane qui a salué le coup d’Etat de 1999, et collaboré avec les putschistes de décembre 1999? Est-ce Alassane qui a éliminé de la course électorale de 2000, tous les candidats sérieux, dont lui-même? Est-ce Alassane qui faisait tuer les gens du Nord dans l’arrière-cour de la Rti, sous la transition militaire conduite par Robert Guéi et le Fpi? Est-ce Alassane qui a inventé le complot du cheval blanc? Est-ce lui qui a persécuté Palenfo, le Gl Coulibaly et tous ces cadres du Nord qui ont dû leur salut dans la fuite et l’exil? Axel, soyons sérieux. Depuis des années, M. Ben Soumahoro, soutien de M. Gbagbo, nous a promis un ‘’dossier béton’’ sur Ado. On attend toujours ce dossier. Récemment encore, dans le contexte de cette élection, M. Gbagbo nous avait promis des révélations concernant la responsabilité d’Alassane dans la rébellion. Nous avons attendu devant la télé pour voir ses fameuses preuves. On n’a finalement rien vu. On a plutôt vu un Gbagbo très mal à l’aise sur le plateau, quand Alassane a dit que, dès qu’il accédera au pouvoir, il diligentera une enquête pour qu’on sache, enfin, quels sont les véritables auteurs du coup d’Etat de décembre 1999. Et Gbagbo était troublé. Ca ne te dit rien, ça?

Vous en savez peut-être quelque chose...
 
Non, pas exactement quelque chose, mais des soupçons, rien que des morceaux épars d'indice. En matière d'enquête policière, la question fondamentale est toujours la suivante: à qui profite le crime? Pour le cas d'espèce, je me dis: à qui a profité le coup d'Etat? Le Rdr est sorti du gouvernement des putschistes, tu le sais bien. Donc il n'a tiré aucun bénéfice de ce coup d'Etat. C'est le Fpi et les militaires qui ont géré cette transition militaro-civile avec des postes juteux (tu connais l'expression) accordés au Fpi. Ils ont même pris soin de confectionner une constitution qui interdit que la justice demande un jour des comptes aux auteurs de ce coup d'Etat. Inouî. Une constitution xénéphobe aussi, dont l'objectif affirmé est d'exclure de la conquête de l'Exécutif, une frange importante de la population ivoirienne.C'est, enfin, sous cette transition que de nombreux cadres du Nord, ainsi que de nombreux partisans de Ouattara ont été persécutés, assassinés parfois. Aujourd'hui, c'est Alassane qui veut diligenter une enquête sur ce coup d'Etat, et c'est, bizarrement, Gbagbo qui est troublé. La conclusion se tire d'elle-même.

 Comment voyez-vous la sortie de crise?

Par le départ de Gbagbo du palais.
 
Etes-vous pour la solution militaire?

Je suis pour toute solution qui le ferait partir.
 
Même la solution militaire?

Un intellectuel, et je prétends en être un, n’a pas le droit d’appeler son peuple à la guerre. Les poètes, et je suis un poète, ont peur du sang, même le sang d’un animal. Mais je vous fais observer que l’Ecomog n’est pas en ce moment à Abidjan, et nous comptons déjà plus de 300 morts! Or je sais que, quand on atteindra un million de morts, comme au Rwanda, le Monde entier va dépêcher la force militaire interafricaine pour mettre fin au conflit et rétablir le président Ouattara dans ses fonctions. Question donc: pourquoi veut-on attendre la mort d’un million d’êtres humains avant d’imposer, par la force militaire, la paix et la cessation de ces hostilités stupides? Accepter ce hold-up électoral, c’est amener les Africains à renoncer à la démocratie et à s’entretuer pour le pouvoir d’Etat. Est-ce cela que vous souhaitez à la Côte d’Ivoire et aux Africains? Axel, acceptons de mettre fin aux régimes voyous et truands.
 
 
Interview réalisée à Paris par Axel Illary
   
 
 



Mardi 15 Février 2011
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