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Soudan du Sud: jugés sans avocat, des condamnés échouent dans le couloir de la mort


Si Kenneth Kaunda croupit avec une centaine d'autres détenus dans le couloir de la mort d'une prison de Juba, c'est uniquement, affirme-t-il, parce qu'il a signalé un corps, découvert au bord d'une route, un couteau dans la poitrine.
Si Kenneth Kaunda croupit avec une centaine d'autres détenus dans le couloir de la mort d'une prison de Juba, c'est uniquement, affirme-t-il, parce qu'il a signalé un corps, découvert au bord d'une route, un couteau dans la poitrine.
Si Kenneth Kaunda croupit avec une centaine d'autres détenus dans le couloir de la mort d'une prison de Juba, c'est uniquement, affirme-t-il, parce qu'il a signalé un corps, découvert au bord d'une route, un couteau dans la poitrine.

"Qu'on ait tué ou non, on est condamné à mort, voilà la situation au Soudan du Sud", assure-t-il, entouré de co-détenus qui réclament à hauts cris de raconter eux aussi l'injustice qui les frappe.

Véritables criminels ou victimes d'erreur judiciaire, la plupart des condamnés du couloir de la mort n'ont jamais eu accès à un avocat, s'insurgent les défenseurs des droits de l'Homme.

"Le juge m'a dit que c'était moi qui avait tué cette personne; je lui ai dit +présentez moi les preuves+, mais il a refusé", affirme Kenneth Kaunda. Ni lui, ni aucun des sept autres condamnés à mort interrogés par l'AFP ne se sont jamais entretenus avec un avocat.

Dans la section des femmes, Stella Juwa Felix, accusée d'avoir assassiné son mari, dit avoir été battue 17 jours par la police, alors que trois autres suspects, défendus par des avocats, étaient libérés. Elle raconte que les juges ont délibéré cinq minutes avant de la condamner à être pendue, sans lui avoir donné la parole au procès.

Les défenseurs des droits de l'Homme dénoncent aussi les conditions répugnantes et la promiscuité dans laquelle vivent les prisonniers.

Les journalistes de l'AFP ont pu photographier des détenus fers et chaînes au pied, des malades mentaux jetés en prison sans avoir commis aucun crime et enfermés nus dans des geôles glaciales, parfois couverts de leurs propres excréments.

Responsables gouvernementaux et pénitentiaires, en quête d'aide internationale, ouvrent volontiers les grilles pour montrer les terribles conditions d'emprisonnement. Mais dans la prison, les gardiens cherchent à faire effacer les photos des journalistes montrant le plus crûment la situation.

C'est un Soudan du Sud en ruines qui a proclamé en juillet 2011 son indépendance, après plusieurs décennies de guerre civile destructrice et meurtrière contre le pouvoir nordiste et arabophone de Khartoum.

A l'image du pays, le système judiciaire est en piètre état. Différents systèmes légaux, parfois contradictoires, se chevauchent: lois héritées de la colonisation britannique, règles islamiques du Soudan pré-sécession, droit coutumier...

Juges et avocats sont rares et souvent inexpérimentés. Certains magistrats officiant depuis avant la partition et formés au droit islamique du Nord arabophone peinent parfois à lire et appliquer les nouvelles lois rédigées en anglais, plus proches du système légal occidental.

"Il est très probable que des gens aient été exécutés sans avoir bénéficié d'un procès équitable et aient été en fait innocents", estime Jehanne Henry, de Human Rights Watch (HRW).

A part les pendaisons, publiquement dénoncées par l'ONU, de deux condamnés en août à la prison de Juba, les responsables gouvernementaux interrogés par l'AFP se disent incapables de chiffrer le nombre d'exécutions auxquelles le pays a procédé.

Talar Deng, conseiller pour la justice du président Salva Kiir, ne peut non plus dire si, et quand, celui-ci a fait usage de son droit de grâce. Selon Amnesty International, le Soudan du Sud indépendant a exécuté au moins cinq personnes en 2011.

Durant la guerre civile, la rébellion sudiste fit un large usage des pelotons d'exécution. Pour David Deng, du Barreau du Soudan du Sud, les ex-chefs rebelles devenus dirigeants voient encore dans la peine de mort un outil utile.

"Pour eux, la peine capitale reste une arme de dissuasion indispensable contre le crime" dans un pays où les armes pullulent, explique l'avocat, mais "condamner à mort quelqu'un sans avocat, incapable de se défendre (...) ne devrait être permis dans aucune société".

Interrogé sur la possibilité que des innocents aient été envoyés au gibet, Andrew Monydeeng, directeur adjoint des Services pénitentiaires, répond seulement que les appels sont examinés sous 14 jours et qu'après "on échappe pas à son destin".

Kenneth Kaunda assure lui n'avoir reçu aucune réponse à l'appel qu'il a déposé en 2009. Ancien combattant de la rébellion sudiste, il n'a de toute façon pas confiance dans la justice sud-soudanaise.

"Je ne peux pas croire dans ce système", dit-il en montrant la prison, bourrée à craquer avec environ 1.250 détenus, soit trois fois la capacité prévue lors de sa construction dans les années 1950.

Enchaînée, Mary Sezerina, 45 ans, condamnée à mort pour le meurtre d'un parent, décrit la cellule où elle croupit depuis 2005 comme "l'entraille des enfers".

"Il y a eu l'indépendance (...) mais rien n'a changé ici dans la prison", explique-t-elle, affirmant n'avoir pas de nouvelles des appels qu'elle a déposés.

"Comme tous les systèmes, le nôtre peut avoir des lacunes ci et là", répond le conseiller présidentiel Talar Deng. Mais, souligne-t-il, "tout est une priorité au Soudan du Sud", où les services éducatifs et de santé les plus basiques ne sont pas assurés et où l'Etat de droit ne reste souvent qu'un concept.

AFP


Dimanche 4 Novembre 2012
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