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Ouest de la Côte d’Ivoire: Amadé Ouéremi, la grande inquiétude - Qui protège le chef de guerre du Mont Péko ? L’État interpellé



Amadé Ouéremi, à l’état civil Ouédraogo Rémi, est aussi bien connu des autorités ivoiriennes
Amadé Ouéremi, à l’état civil Ouédraogo Rémi, est aussi bien connu des autorités ivoiriennes
Il ne fait aucun doute qu’il règne en véritable seigneur dans l’Ouest de la Côte d’Ivoire, précisément dans la forêt classée du Mont Péko. Amadé Ouéremi, à l’état civil Ouédraogo Rémi, est aussi bien connu des autorités ivoiriennes, et même au niveau international.
Selon certaines sources, il est né en 1964. Originaire du Burkina Faso, il s’est installé avec ses parents dans le village de Bagohouo en 1986.

D’abord réparateur de vélos, Amadé a ensuite trouvé refuge en 2003 dans la forêt du Mont Péko qu’il a appris à connaître et à maîtriser. Reconverti en planteur, sa bonne connaissance de cette immense forêt classée, fait de lui le maître des lieux. Tout le monde ne jure que par son nom. A la faveur de la crise qui a éclaté en Côte d’Ivoire en septembre 2002, et qui a connu de fréquents rebondissements jusqu’à la bataille post-électorale, Amadé Ouéremi se retrouve à la tête d’une troupe de combattants disséminés dans cette forêt et dont le nombre exact n’est pas connu. Certains les estiment à 400 combattants, d’autres parlent de moins de 100 combattants.

Toutefois, il faut le noter, le jeune réparateur de vélos a échangé les clés et autres tourne-vis, contre les fusils calibre 12 et les Kalachnikovs. Il s’est ainsi bâti un territoire et une armée qui échappent encore aux autorités. Selon un agent des Eaux et Forêts dont nous taisons le nom, Amadé Ouéremi et ses combattants sont effectivement maîtres dans la forêt classée du Mont Péko. Au cours d’une mission d’inspection et d’évaluation dans cette forêt, témoigne-t-il, lui et ses compagnons se sont cru en terrain conquis, lorsqu’ils ont vu des hommes armés sortir des broussailles par petits groupes pour les encercler. Les assaillants les ont sommés de quitter les lieux dans le quart d’heure qui suivait, menaçant de les tuer. Toute chose qui démontre la dangerosité de cette forêt devenue un camp militaire sur lequel règne Amadé Ouéremi. Mais là-dessus, c’est motus et bouche cousue. Ce qui n’est cependant pas le cas des organismes internationaux de défense des droits de l’Homme (Human Rights Watch, et Amnesty International) dont les différents rapports l’épinglent bien souvent pour des cas de violations « graves » des droits de l’Homme dans l’Ouest de la Côte d’Ivoire. D

es tueries et massacres qui ont été perpétrés à Duékoué sont mis sur le compte de ce national burkinabé. Ses hommes et lui ont été notamment accusés dans un rapport de l’ONU publié en mai 2011, d’être les auteurs des massacres du quartier Carrefour, toujours à Duekoué pendant la bataille post-électorale. Dans son dernier rapport pour l’année 2011 rendu public le lundi 23 juillet dernier, la Commission nationale des droits de l’Homme de Côte d’Ivoire (CNDHCI) a encore cité Amadé Ouéremi et ses combattants comme les instruments de la spoliation des terres des autochtones guéré au profit des allogènes burkinabé. « La milice à Amadé Ouéremi qui occupe la forêt classée du Mont Péko en constitue un exemple probant », dénonce le rapport de la CNDHCI, soulignant que cette spoliation des terres constitue des risques d’explosion des conflits fonciers encore latents dans la région Ouest.

Le silence coupable de l’État

Parler d’Amadé Ouéremi et de ses hommes semble être classé dans la catégorie des crimes d’atteinte à la sûreté de l’Etat. Même les autorités de la ville de Duekoué ne s’autorisent aucun commentaire de façon ouverte ou désobligeante sur son cas. Dans les circuits officiels de l’appareil étatique, c’est aussi le silence.

Et pourtant, il est de notoriété publique que Amadé Ouéremi est installé dans la forêt classée du Mont Péko, à la tête de centaines de combattants. Pourquoi est-il dans cette forêt ? Avec l’autorisation de qui ou sous la protection de qui ? Est-il membre des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) ? Des dozos ? Pour qui travaille-t-il ? Pourquoi n’est-il pas désarmé ? Autant de questions qui ont tout leur sens dans cette région du Guémon en proie à l’instabilité chronique. Il faut toutefois souligner que Amadé Ouéremi se réclame des ex-Forces nouvelles. Il arbore fièrement une tenue militaire estampillée FRCI et faisait partie, avec ses hommes, du contingent qui a combattu aux côtés des forces républicaines pendant la crise post-électorale. Au moment où il est de plus en plus question de pacifier l’Ouest, le cas Ouéremi devrait interpeller les autorités. Sur le volet du désarmement, certes le seigneur du Mont Péko et ses combattants se sont prêtés volontiers à deux séances de dépôt des armes.

D’abord, le 10 août 2011 avec l’Onuci, qui a vu 85 éléments déposer les armes, ensuite le 30 septembre 2011, toujours avec la mission onusienne, en collaboration avec la commission nationale sur les armes légères. Cette dernière opération a enregistré le désarmement de 28 combattants, dont les tenues militaires ont été brûlées. D’autres séances de désarmement concernant les troupes d’Amadé Ouéremi étaient prévues. Ont-elles eu lieu ? On n'en sait pas plus. Cela laisse toutefois croire qu'ils sont nombreux, ses éléments encore en armes dans la forêt classée. Cette présence sur ce site, supposé être inviolable par les hommes, devrait à elle seule interpeller les autorités ivoiriennes, afin de mettre fin au séjour d’Amadé Ouéremi et ses combattants dans la forêt classée du Mont Péko.

Hamadou ZIAO in L'Inter

Mardi 31 Juillet 2012
La Dépêche d'Abidjan

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