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Mali - Reconquête du Nord: La Force africaine, une utopie? La France toujours le gendarme de l'Afrique


Seules les troupes venues des pays frontaliers comme celles du Niger qu'on voit sur cette photo, ont pu se déplacer au Mali avec leurs engins de guerre. ( photographe) AFP
Seules les troupes venues des pays frontaliers comme celles du Niger qu'on voit sur cette photo, ont pu se déplacer au Mali avec leurs engins de guerre. ( photographe) AFP
Depuis l'invasion par les jihadistes en avril 2012 du Nord Mali, la Cedeao a toujours projeté l'envoie d'une force pour déloger les envahisseurs. Mais depuis bientôt deux semaines que soldats français et maliens ont entrepris la reconquête du Nord, la force africaine se fait toujours attendre au point qu'on se demande si elle n'est qu'un leurre.

Les atermoiements des dirigeants ouest africains à lever une armée capable d'aller déloger les islamistes du Nord Mali, ont fini par donner raison aux éternels afro-pessimistes. Pour ces derniers, la force africaine tant promise par les dirigeants de la sous-région, ressemble fort à la «belle Arlésienne» dont tout le monde parle, mais que personne ne voit. Lorsqu'ils ont envahi la partie septentrionale du Mali, Aqmi, Mujao, Ansar Dine, MNLA et consorts qui forment la galaxie jihadistes, n'étaient, à en croire des services de renseignement occidentaux, que quelques centaines de combattants.

9 mois après leur installation dans la région, ces groupes n'ont jamais été inquiétés par une quelconque force adverse. Ils étaient à la fois convaincus de l'incapacité de l'armée malienne à leur faire face et de l'impossibilité des pays du continent notamment ceux de l'Afrique de l'ouest, à leur opposer une force capable de contrarier leur ambition d'installer un Etat islamique dans le Nord du Mali, voire dans toute la région sahélo saharienne. Fort de ce constat, ces groupes ont déclenché leur campagne du 10 janvier vers le sud, avec la prise de la localité de Konna au centre.

Dioncounda Traoré le président par intérim du Mali ne pouvait plus compter sur une force panafricaine dont l'existence n'a jamais dépassé le stade des grands discours et communiqués communs lus pendant la multitude de sommets consacrés à la question malienne. C'est donc logiquement qu'il s'est tourné vers la France pour sauver ce qui restait encore du territoire malien.



Les raisons d'un difficile déploiement



Elles sont nombreuses, les raisons qui expliquent la difficile mise en place de cette armée. Presque deux semaines après le déclenchement par la France de l'opération «Serval», seul une poignée de 200 soldats nigérians, togolais et béninois sont sur le sol malien sur les quelque 3000 annoncés. La raison est simple, la logistique manque cruellement aux armées africaines.

En dehors du Nigeria dont la centaine de soldats présents sur le sol malien ont voyagé à bord d'un Hercule de la Nigerian Air force, les autres pays n'ont quasiment pas d'appareils de transports de troupes. Les militaires togolais ont rallié la capitale malienne par un vol spécial. Pour pallier cette carence, le Canada, l'Allemagne, la Grande Bretagne, l'Italie pour ne citer que ces pays, ont promis des Transall pour transporter les troupes africaines. Le transport des hommes est une chose, celui des engins de guerre, blindés, chars et autres véhicules, en est une autre.

A part le Tchad et le Niger dont la proximité avec le Mali permet à leurs armées d'acheminer leurs arsenaux de guerre par la route, les autres pays pourvoyeurs de bataillons en sont incapables. Seul les Nigérians ont pu débarquer avec quelques uns de leurs engins, ce qui n'était pas le cas des Béninois et des Togolais. Une fois de plus, la France et ses alliés occidentaux sont sollicités pour la logistique. La Force française Licorne basée en Côte d'Ivoire voisine, a juste acheminé ses engins par la route Abidjan- Bamako. Du matériel volant français est aussi venu du Tchad où se trouve le dispositif épervier ainsi que du Burkina où l'ancienne puissance coloniale a pré-positionné des forces en prévision de la situation au Mali.

Mais l'agent, le nerf de la guerre, constitue la raison fondamentale de la lenteur du déploiement des bataillons ouest-africains. Le 19 janvier dernier à Abidjan, le sommet de la Cedeao élargi à la France et à d'autres pays impliqués dans la guerre au Mali, a demandé à la communauté internationale, une aide de 400 millions d'euros, (262 milliards de Fcfa environ). A part l'union européenne qui a promis une contribution de 50 millions d'euros (32,7 milliards de Fcfa), aucun autre pays n'a pour le moment répondu à cet appel. Les pays de la Cedeao dont on connaît les difficultés financières actuelles, ne sont pas capables de contribuer à cet important effort de guerre. Or sur le terrain, le temps presse. Après l'opération aérienne, les combats au sol ont commencé et c'est là que le soutien des forces africaines est attendu. Pour le moment, l'armée malienne est en première ligne avec la France en arrière-plan.

Sous équipée à l'instar de ses homologues des autres pays, elle risque de connaître de sérieuses difficultés, si les islamistes, très éprouvés par les bombardements français, parvenaient à reconstituer leurs effectifs avec des renforts de jihadistes venus d'ailleurs. Après leur retrait de Tombouctou et Gao et leur repli sur leurs bases arrières situées dans l'extrême nord vers la frontière algérienne, les islamistes vont désormais opérer par guérilla. Cette guerre terrestre qui n'est pas un jeu d'enfant, va nécessairement impliquer la France, reconnaît Jacques Hogard, un ex-colonel de l'armée française, spécialiste des questions sécuritaires au Sahel.

Dans une interview parue le 17 janvier 2013 dans Afrik.com, il affirmait ceci: «Une guerre se gagne au sol. Il est tout à fait normal que la France renforce ses dispositifs terrestres. Ce n'est pas un scoop. Je dirai même que c'était prévu car l'armée malienne est incapable de mener les combats au sol». Si cet ahurissant constat est vrai, ce ne sont pas évidemment les contingents ouest africains qui pourront faire l'affaire.

Hormis les Tchadiens et les Nigériens, les autres soldats appelés à combattre dans le désert malien, sont des forestiers et des lagunaires venus des pays côtiers. Il serait donc suicidaire de larguer ces hommes dans cette mer de sables mouvants, sans au préalable un minimum d'acclimatation et de formation. Au vu de tous ces obstacles, il ne serait pas exagéré d'affirmer qu'au moment où la Mission internationale de soutien au Mali, (MISMA) sera opérationnelle, la France aura quasiment fini son expédition malienne. Devrait-on alors parler encore d’ingérence de la France dans les affaires africaines ou de la France gendarme du continent?



Charles d'Almeida in L'Inter
Mercredi 23 Janvier 2013
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