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Laurent Akoun sur Rfi : Nous respectons la position de Affi, mais ne la partageons pas

En Côte d’Ivoire, la faction pro-Gbagbo du Front populaire ivoirien est sur le point de changer de stratégie. Jusqu’à présent, elle était sur la ligne « Gbagbo ou rien ». D’où son boycott de la présidentielle du 25 octobre 2015. Aujourd’hui, elle envisage sérieusement de participer aux législatives prévues à la fin de l’année 2016. Laurent Akoun est le président-délégué de cette faction du FPI. De passage à Paris, ce très proche compagnon de Laurent Gbagbo s’est confié au micro de Christophe Boisbouvier de Radio France internationale.


Un nouveau gouvernement Kablan Duncan pour l’emploi des jeunes et la bonne gouvernance, promet le président Alassane Ouattara. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Ce que je retiens, c’est qu’on reprend les mêmes et on recommence. Est-ce que la croissance est synonyme de développement ? Lorsque le dernier rapport du PNUD [Programme des Nations unies pour le développement] sur le développement nous indique que la Côte d’Ivoire, sur les 54 pays, occupe le 37e rang…

En Afrique ?

En Afrique. Je crois savoir également que ce pays, il y a au moins plus de 55% d’individus qui vivent en dessous du seuil de pauvreté.

Vous êtes le président-délégué de l’une des deux factions du FPI, celle qui a refusé d’aller à la présidentielle d’octobre dernier. Du coup, on vous a beaucoup moins entendu que votre frère ennemi, Pascal Affi N'Guessan. Est-ce que vous ne regrettez pas ce choix ?

Bien au contraire. Dans une compétition qui était déjà gagnée à l’avance par le maître d’ouvrage, aller à ces élections dans les conditions où d’autres ont voulu accompagner monsieur Ouattara, dans un désert électoral, dans un déni de légitimité, pour nous c’était une mascarade.

A la fin de cette année, auront lieu les élections législatives, est-ce que vous allez boycotter aussi ce scrutin, comme celui de l’année dernière ?

Pour les élections à venir, c’est-à-dire les législatives et les élections locales, je précise que nous irons aux élections, mais pas à n’importe quelles conditions. Trois points : le premier, c’est les conditions politiques, des élections justes et transparentes. Cela veut dire, aller à un scrutin, pas pour se donner les coups de machette, mais au contraire pour séduire un électorat.

C’est-à-dire pouvoir faire campagne à Korhogo comme à Abidjan?

Y compris dans le Nord, tout à fait. Deuxième condition, ce sont les conditions techniques. Dites-vous que monsieur Ouattara depuis 2011 a modifié la carte électorale en s’octroyant par rapport aux sièges antérieurs où on avait 225 sièges, nous sommes passés à 255 avec 30 sièges supplémentaires. Quand vous regardez la disposition de ces 30 nouveaux sièges, monsieur Ouattara et ses partisans partent déjà avec 60 sièges captifs, sans compétition. Donc ce que nous demandons, c’est qu’on regarde qui est inscrit sur la liste électorale. La dernière condition, c’est la sécurité. Dans ce pays, il est connu que c’est des forces parallèles qui font la loi. Et nous estimons qu’on ne peut pas laisser des hommes et des femmes parce qu’ils ont pris les armes hier, parce qu’ils ont des armes aujourd’hui, dicter la loi.

L’année dernière, c’est six mois à l’avance que vous aviez décidé de boycotter la présidentielle. Cette année, on a le sentiment que vous changez de position. Pourquoi ? Parce que vous ne voulez pas tomber dans les oubliettes ?
Non, non ce n’est pas tout à fait ça. Mais c’est une relative appréciation de la situation, non seulement au sein du Front populaire ivoirien lui-même, mais aussi la situation nationale. En engageant le combat et la pression pour obtenir des conditions moins mauvaises, ça peut nous donner la certitude que nous constituerons le contre- pouvoir institutionnel qu’est un parti politique. Et bien sûr s’il a des élus, ils peuvent jouer ce rôle-là de contre-pouvoir.

C’est un changement de stratégie de votre part. Jusqu’à présent, vous étiez dans une stratégie « Gbagbo ou rien ». Tant que Laurent Gbagbo ne revient pas sur la scène politique, on ne participe à rien. Là visiblement, bien que Laurent Gbagbo soit toujours en prison et que son procès démarre dans quelques jours, vous acceptez d’aller à certaines conditions c’est vrai, mais vous acceptez d’aller aux législatives de cette fin d’année ?
Disons que oui, c’est vrai qu’on ne change pas de stratégie : Gbagbo continue d’être toujours au centre de notre quête d’un procès démocratique où la question de notre souveraineté sera toujours au cœur de notre propre démarche. Mais dans l’évolution actuelle, et nous-mêmes nous fondons sur le fait que nous avons l’espoir, mais aussi l’espérance que Gbagbo va à partir de ce mois de janvier et le procès qui s’ouvre, il y a de fortes chances que Gbagbo nous revienne. Nous nous mettons dans la posture de non seulement l’accueillir, mais aussi de reprendre le combat pour que l’alternance devienne une réalité et pas trop lointaine.

Vous réfléchissez en fait déjà à la présidentielle de 2020 ?

Tout à fait parce que contrairement à ceux qui nous ont toujours vus comme des gens qui disent non, non, non, nous irons toujours aux élections. Le problème, c’est dans quelles conditions nous allons aux élections ? Et surtout par rapport au président Gbagbo, au moment où on venait de nous l’enlever, il était au plan politique et au plan éthique important qu’on prenne le temps d’exprimer notre solidarité vis-à-vis de cet homme-là.

C’est ça. Vous avez marqué le coup en 2015.

Et ça c’est important parce que si nous avions voulu, comme certains, tourner une page, au plan éthique je ne sais pas qui nous sommes parce que c’est au moment où les uns et les autres font face à une adversité des plus incompréhensibles, qu’on se dit : « mon heure a sonné ». Mais il n’y a pas d’heure qui sonne pour un individu. L’heure sonne pour une équipe, pour un groupe.

Vous voulez dire que Pascal Affi N'Guessan y est allé trop vite ?

Vous savez aujourd’hui, nous sommes en désaccord, mais nous n’avons absolument pas d’état d’âme par rapport à ce désaccord-là. Pascal Affi N'Guessan a été pendant longtemps un des compagnons avec lequel nous avons travaillé pour refonder la Côte d’Ivoire. Et ça, c’est ce que nous gardons comme image. Maintenant son approche, sa pratique aujourd’hui, nous respectons sa position. Nous ne la partageons pas.

Mais si demain, vos stratégies se rejoignent à nouveau, pourquoi pas une réconciliation ?
D’abord, notons qu’on ne dit pas en politique « jamais ». Ce n’est pas parce qu’on a eu des déconvenues hier, qu’aujourd’hui on doit garder les yeux rivés dans le rétroviseur. Au contraire, quand on regarde devant, le pare-brise, c’est lui qui éclaire le chemin. Et donc ça, c’est notre vision.

Retranscrit par GK

Vendredi 15 Janvier 2016
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