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Laurent Akoun face au juge, vendredi 31 Août : Le procès comme si vous y étiez

Arrêté pour « trouble à l’ordre public », le secrétaire général par intérim du Fpi, Laurent Akoun, a été condamné, le vendredi 31 août 2012, à 6 mois d’emprisonnement ferme, un an de privation de droit et un an d’interdiction de séjour en Côte d’Ivoire en dehors de son lieu de naissance. M.Akoun a profité de son procès, au Tribunal de 1ère Instance d’Abidjan, pour dire certaines vérités.


Laurent Akoun face au juge, vendredi 31 Août :  Le procès comme si vous y étiez
Après les plaidoiries des avocats de la Défense, le président du tribunal, Koné Bramane, a donné la parole au Secrétaire général du Fpi, Laurent Akoun, pour dire ses derniers mots :

« le procureur a requis contre vous, 5 ans d’emprisonnement ferme, 5 ans de privation de droit et 5 ans d’interdiction de séjour en Côte d’Ivoire en dehors de votre lieu de naissance. Que dites-vous ? ».

La réponse de l’ex-député Laurent Akoun a été à la mesure de la déception qu’il éprouve à l’endroit de la Justice ivoirienne depuis qu’Alassane Ouattara a accédé au pouvoir dans les conditions que tous les Ivoiriens n’ignorent pas.

« Je suis au regret de constater que M. le procureur ne me reconnaisse pas mon statut de citoyen et de responsable politique qui a le droit de dire ce qu’il pense de la gestion des gouvernants et de la vie dans son pays. Et pourtant certains ont le droit de demander d’aseptiser toute une région et d’indiquer que tous ceux qui se dressent contre Ouattara ont leur place au cimetière. A temps normal, je me serais retrouvé ici avec l’auteur de ces propos afin qu’il s’en explique aussi. »

En rappelant ces déclarations d’incitation au génocide prononcées par Amadou Soumahoro, secrétaire général par intérim du Rdr (le parti politique d’Alassane Ouattara), Laurent Akoun a certainement voulu dénoncer la partialité de la Justice ivoirienne sous Ouattara. Une justice qui ne sort ses griffes que lorsqu’il s’agit des opposants. Notamment des militants du Fpi et tous les partisans de Laurent Gbagbo. Mais avant cette étape et au cours des débats, le substitut du procureur, Allah Kouamé, qui représentait le parquet, a posé une série de questions
tendancieuses auxquelles le secrétaire général du Fpi ne s’est pas du tout dérobé.
Suivez plutôt.

Questions tendancieuses, réponses claires

Première question : « Quand vous dites que Gbagbo a été maltraité à Korhogo et que Ouattara voulait le tuer, estce que vous avez des preuves ? ».

Réponse d’Akoun : « En termes de preuves, j’ai deux éléments qui me permettent de le dire. Ce sont les propos du président Gbagbo, lui-même, lors de sa première comparution devant la Cpi (le 5 décembre 2011, ndlr) et les rapports des avocats qui se sont rendus à Korhogo pour le rencontrer»

Deuxième question : « Est-ce que chez vous, on peut dire à un chef qu’il ment ? ».

Réponse de Laurent Akoun : « Oui, chez nous quand un chef ment, on lui dit qu’il ment. J’aurais pu dire que Ouattara dit des contrevérités. C’est une question de style. Mais le style est fonction du lieu et de l’auditoire. Je m’adressais aux militants de base de mon parti et dans un lieu clos et non public. Il s’agissait donc d’un public bien partisan, bien ciblé pour lequel il fallait adapter mon langage pour que je sois compris. En d’autres lieux et en d’autres circonstances plus solennelles, je ne dirai pas que Ouattara ment. Je dirais que Ouattara dit des contrevérités ou ce que Ouattara dit ne reflète pas la vérité ».

Troisième question : « Que voulez-vous dire lorsque vous affirmez que Ouattara n’a jamais gagné d’élections ? ».

Réponse d’Akoun : « avant l’élection présidentielle de 2010, Ouattara n’avait jamais été candidat à une élection en Côte d’Ivoire. Et comme il n’a pas gagné en 2010, vous comprenez qu’il n’a jamais gagné d’élections ».

Quatrième question : « Après tout ce débat, est-ce que vous soutenez encore que Ouattara n’a pas gagné les élections de 2010 ? »

Réponse d’Akoun : « Au regard des résultats donnés par le Constitutionnel, c’est bien le président Gbagbo qui a gagné les élections. »

Cinquième question : « Est ce que les propos que vous tenez, sont de nature à favoriser la réconciliation nationale ? ».

Réponse d’Akoun : « Je ne sais pas de quoi vous parlez quand vous parlez de réconciliation nationale. Parce que pour moi, pour qu’il y ait réconciliation, il faut au moins la présence de ceux qui se sont brouillés. En Côte d’ivoire, ceux qui se sont brouillés, ce sont le président Ouattara et le président Gbagbo. Sinon, moi personnellement, je ne me suis brouillé avec personne. Et donc pour qu’il y ait réconciliation, il faut la présence des deux protagonistes pour que chaque groupe soit derrière son champion. Le nôtre, c’est bien, le président Gbagbo. Et tant qu’il n’est pas présent, on ne sait pas de quoi on parle quand on parle de réconciliation ».

Sixième question : « Que représente Gbagbo pour vous et pour les militants du Fpi ? »

Réponse d’Akoun : « En 1971, Laurent Gbagbo était enseignant au lycée classique d’Abidjan et moi j’y étais comme élève en terminale. Expliquant une leçon d’histoire, Gbagbo a indiqué qu’Israël est un Etat impérialiste. Cela a heurté la fille de l’ambassadeur d’Israël qui était dans la classe. Elle s’est mal comportée et Gbagbo lui
demandé de sortir de la classe. A la suite de cette affaire, Gbagbo a été arrêté et avec lui, tous les élèves qui avaient manifesté dont moi même. Et on nous a conduits à Séguéla. C’est de là que remonte notre rencontre de militants pour les libertés et la démocratie. Donc plus qu’un camarade, il est comme un père pour moi. En ce qui concerne les militants du Fpi, je voudrais vous rappeler que le président Gbagbo est le fondateur du Fpi. C’est donc notre leader, notre référence ».

Septième question : « Que vouliez-vous dire à vos militants par l’appel : levez-vous parce que nos camarades sont dans l’antichambre de la mort ? »

Réponse d’Akoun : « Après le 11 avril 2011, nos militants étaient traqués et par conséquent se cachaient. Aujourd’hui, les militants se réunissent. On a même tenu une convention où étaient plus de 5 mille délégués. Je veux donc dire que le parti renaît quand je parle des choses qui bougent. Quand jedis levez-vous, je veux encourager les militants à se remobiliser en vue de reconquête du pouvoir d’Etat par les urnes».

Huitième question : « Qu’est-ce que vous attendiez de vos militants quand vous vous adressez à eux en ces termes ? ».

Réponse d’Akoun : « J’attends d’eux deux choses : qu’ils aient de la compassion pour nos prisonniers en leur apportant un peu de ce qu’ils ont. Qui un morceau de savon, qui un morceau de manioc et de banane etc. Ensuite qu’ils prient pour eux. Pour leur santé surtout ».

Neuvième question : « M. Akoun, il se trouve qu’au lendemain de vos propos, il y a eu les attaques contre des cibles militaires…».

Réponse d’Akoun : « Mes propos n’ont aucun lien avec les attaques auxquelles vous faites allusions, M. le procureur. A preuve, ce sont ces mêmes propos que je tiens aux militants du Fpi depuis que je fais mes tournées. Et après Djibi-village, nous avons continué nos réunions à Koumassi et à aucun moment, cela n’a pas provoqué des manifestations de la part de nos militants. D’ailleurs, nous avons condamné et nous continuons de condamner ces attaques. Au demeurant, M. le procureur, c’est à dessein que le Fpi depuis sa création a inscrit dans ses textes, la transition pacifique à la démocratie et l’alternance au pouvoir d’Etat. Et donc la violence n’est pas notre culture ».

Propos recueillis par Boga Sivori in Notre voie
bogasivo@yahoo.fr

Mardi 4 Septembre 2012
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