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La vérité sur les attaques de Taï: Le rapport qui accable les tueurs

Plusieurs mois après les attaques meurtrières et orientées dans la région de Taï, les autorités villageoises de Ziriglo et Nigré, dans un rapport détaillé et transmis aux autorités, relatent les évènements. Malheureusement jusqu’à aujourd’hui, personne ne semble entendre le supplice de ces populations qui vivent le martyre sur leurs propres terres. Un rapport exclusif, dont Le Nouveau Courrier a reçu copie, qui témoignage des motivations réelles desdites attaques: délester le peuple Oubi de ses terres!


La vérité sur les attaques de Taï: Le rapport qui accable les tueurs
Je me nomme Toclan Gnahoué Jean à l’état civil. Mon surnom est « Diego ». Je suis le Secrétaire Général du chef de village de Ziriglo, président du COGES, président du comité villageois foncier rural, et le Secrétaire Général de section PDCI des villages Ziriglo-Sioblo-Oula et enfin le Représentant du RHDP pour les deux (2) villages.

Situation de Ziriglo

Ziriglo est situé à 36 km de Taï sur l’axe Taï-Grabo et à 1 km du fleuve Cavaly, frontière du Liberia. Du fleuve Cavaly au premier village Libérien, il faut environ trois (3) jours de marche sur des sentiers que seuls les braconniers maîtrisent. Sinon pour se rendre au Libéria, il faut obligatoirement passer par TAI qui est plus proche de ce premier village libérien. Il existe des liens séculaires et familiaux entre les peuples situés de part et d’autre du fleuve Cavally depuis l’amont (Danané), jusqu’à son embouchure (Tabou).
Le peuple Oubi est majoritairement PDCI à cause de son illustre fils le Ministre Gnonkonté Gnessoa Désiré, Maire de Taï et Délégué Départemental du Moyen Cavally; Les autorités élues (Maire et Député) sont RHDP. C’est ce qui explique qu’à l’arrivée des mercenaires libériens, miliciens Guéré pourchassés par les FRCI de Toulepleu-Guiglo et Duékoué, nous leur avons demandé de continuer leur route pour éviter les confusions et les combats dans nos villages. Cette position ferme a bien payé. Ces derniers ont donc été refoulés et il n’y a pas eu une goutte de sang versée.
Vers la fin du mois d’Avril 2011, nous avons applaudi sur les tirs nourris, l’arrivée du Lieutenant YAH Roger accompagné d’un élément. Les deux villages (Ziriglo et Nigré) ont placé leur espoir en lui dans la mesure où Il est venu assurer personnellement notre sécurité.
Peu de temps après son arrivée, le LT Yah Roger a demandé à chaque village de cotiser la somme de cent mille (100 000 F CFA) et deux (2) sacs de riz par semaine. Soit un total huit cent mille francs (800.000fcfa) et seize (16) sacs de riz, le mois. Après des négociations, nous nous sommes convenus sur la somme de trente cinq francs (35 0000 F CFA) par village et deux (2) sacs de riz. Ce qui donne enfin la somme de deux cent quatre vingt mille francs (280.000f) et huit sacs de riz, par mois, que nous payons.
La situation avant les événements meurtriers du 15 septembre 2011
A son arrivée, Lieutenant YAH Roger a demandé que les communautés étrangères non ivoiriennes mettent à sa disposition deux (2) jeunes par communauté. YAH Roger a habillé ces jeunes en treillis militaire et doté de calibre 12. Ainsi son armée était essentiellement composée de jeunes Burkinabé, Togolais.
«Quand la notabilité a demandé pourquoi les autochtones n’étaient pas associés à cette nouvelle armée, YAH Roger a répondu ceci : «vous avez vendu vos forets aux étrangers et sous l’ère Gbagbo vous leur avez dépossédé de toutes ces terres là, je suis là pour rétablir la justice dans le domaine du foncier rural». Nous avons été surpris par cette attitude, car dans cette partie de la région, il n’y a jamais ce genre de conflits.
Ainsi les convocations ont commencé à pleuvoir (25000F) par convocation. Le malheur des propriétaires terriens a ainsi démarré. (Ci-joint une photocopie de ces convocations). Depuis ce temps Lt YAH Roger ne compose plus avec les populations autochtones, ni avec la chefferie. Lorsqu’il s’adresse à un autochtone, c’est pour lui présenter une sanction.
Il ne puisait ses décisions que dans la communauté allogène burkinabé. On pourrait même dire que c’est Prosper (le Président des jeunes burkinabé) qui est le nouveau chef du village. C’est lui qui décidait tout. la chefferie était mise à l’écart. Pour quelles raisons? Seuls les deux le savent.
Nous lui avons fait des remarques sur cette situation étrange. Malheureusement, aucun changement. Il a aussi érigé un barrage à l’entrée de ZIRIGLO, en face du cimetière du village. Et à ce barrage, chaque jour de façon inopinée, des rafales et des tirs de calibres 12 perturbaient la population et surtout les élèves, car la seule école primaire du village est située à 20m du barrage. A ces barrages, les piétons, les cyclistes, les motocyclistes, les rares automobilistes étaient rackettés.
- les piétons 500 F CFA, les cyclistes 1000 f CFA, Les motocyclistes payent 2 000 f CFA
- Un camion KIA vide paye 25 000 F CFA et chargé 50 000 F CFA.
- Les boutiques et les autres commerçants ne sont pas épargnés.
- Des couvre-feux intempestifs étaient décrétés au bon vouloir du Lieutenant.
Nous doutions que sa hiérarchie soit informée de ses agissements. Nous avons décidé de les porter à la connaissance des autorités administratives, municipales et militaires. Toutes ces autorités ont demandé le départ du LT YAH Roger de Ziriglo-Nigré en vain. Même les nombreuses convocations du Sous-Préfet n’ont pas déplacé le LT YAH Roger.
Délits forestier : YAH Roger a engagé des chasseurs pour tuer toutes les espèces protégées du parc national de TAI, patrimoine mondial.
Une nuit où tout le village dormait, YAH Roger a envoyé ces éléments me chercher et j’ai été soumis à un interrogatoire serré. En fait le LT YAH Roger me demandait ma cache d’armes. Je lui ai répondu qu’il pouvait se renseigner auprès de mes parents si je pouvais manipuler un calibre 12. J’ai renchéri en lui rappelant que j’étais un membre du RHDP au pouvoir, et donc pour qui devrais-je prendre les armes.
Le jour suivant YAH Roger a fait abattre tous les arbres, de notre cimetière, brisant les tombes de nos parents et nos ancêtres. Quand nous lui avons demandé les raisons de cette profanation de sépultures, il a répondu qu’il préparait son champ de combat, et qu’une attaque était imminente. Après cela YAH Roger a quitté le village pour une destination inconnue. Une marche a été organisée, le 10 septembre 2011, par la population de la Sous-Préfecture de TAI pour dénoncer le comportement du Sieur YAH Roger. Cette dénonciation a été faite par Abou Coulibaly, représentant RDR de Ziriglo et moi-même. Depuis lors, et d’après les informations qui nous parvenaient, ABOU et moi étions dans le collimateur du LT YAH Roger.
C’est alors que des amis et certaines autorités m’ont conseillé de quitter momentanément le village, et que YAH Roger a promis « me faire la peau et après moi, celle de Abou Coulibaly ». J’ai alors décidé de quitter le village pour me rendre à Abidjan afin de rendre compte à nos élus.
Lt YAH Roger est revenu de son voyage le mercredi 13 septembre 2011. Et il n’a pas su que j’avais quitté le village. Les témoignages sur les événements de la nuit du jeudi15 au vendredi16 septembre 2011 au matin.
Les faits sont racontés par des rescapés autochtones Oubi et des témoins oculaires allogènes qui ont préféré garder l’anonymat et sont prêts à témoigner devant les autorités compétentes.
Madame KOUYA K. A : ‘’très tard dans la nuit du jeudi 15 au 16 septembre 2011, nous avons entendu des coups fusils. Au départ, personne n’a pris ces tirs au sérieux, car chaque jour Lt YAH Roger et ses éléments tiraient. C’était leur habitude.
Et comme ce dernier venait d’un voyage, et qu’il y avait aussi un mariage, l’on a pensé à des manifestations de joie. Mais à un moment donné la persistance de ces tirs nous ont inquiétés. Peu de temps après on a entendu une alerte en Dioula qui disait <sortez et fuyez le village est attaqué. Ceux (allogènes, autochtones) qui ont compris cette alerte se sont sauvés très tôt. Mais ceux qui n’ont pas compris sont restés endormis. A un moment donné, nous avons vu beaucoup d’allogènes armés de calibres 12, frapper à toutes les portes des autochtones. Ceux qui sortaient étaient systématiquement exécutés ou égorgés. C’est le cas de Toclan Pahoui Natacha (20 ans) à qui on demandait de dire où se trouve son père <Toclan Gnahoué Jean dit Diégo>, auquel cas on l’a tuerait. Son père était en voyage sur Abidjan. Elle a été égorgée. Ses deux enfants : un bébé de 06 mois a été égorgé, celui âgé d’à peine 05 ans n’a pas échappé. Leurs corps ont été jetés sous l’apatam de Diego.
Un autre jeune qui habitait chez Diego a été tué et le corps jeté dans la cuisine de Diego. La Petite soeur de la femme du chef du village qui tentait de s’échapper, a été égorgée. Et pourtant, elle portait une grossesse de 09 mois. La femme du chef du village Dourou Sro Marie, qui alertée par les cris de détresse de sa petite soeur, venait à son secours a été égorgée.
TERE Blo Donatien, étudiant en Histoire, à l’université de Cocody Abidjan, qui avait échappé aux exactions, a été trouvé plus tard égorgé dans le campement de son père.
Tohé G Célestin, qui avait réussi à fuir dès les premières alertes, et qui revenait plus tard dans l’après midi au village pour savoir ce qui s’est réellement passé, à l’entrée du village, il a été pourchassé, rattrapé et égorgé.
Les victimes ont connu des morts atroces. Tous les autochtones Oubi ayant été chassés de leurs villages, et interdits d’accès par la bande à Prosper (Ziriglo), la bande à Ouedraogo Drissa (Nigré), les victimes ont été enterrées dans des fosses communes par ces derniers.
Dans les villages de Ziriglo, Sioblo Oula et Nigré, il y a eu de nombreux dégâts matériels: Toutes les maisons des autochtones oubi, ont été pillées et incendiées.

Les auteurs

Nous précisons que ces actes ignobles ont été perpétrés dans la journée. C’est le matin à partir de 6 h00 que Prosper (Président des jeunes burkinabés de Ziriglo), Mr Ousmane Tingueri, Adjoint au chef burkinabé et Mr Koulandjourê et leur bande, ont détruit toutes les maisons, tué plus de 13 Oubi. C e qui est plus criminel, c’est qu’il a eu exécution de femme enceinte et des enfants. A Nigré ce sont Drissa (président des jeunes Burkinabé, Zagré Jean Baptiste, SAYORE dit le GROS et leur bande.
A Sioblo Oula, Ce sont: Guiguende Mady dit mady Général (Chef intérimaire des Burkinabé, ILLi Seydou (Président des jeunes Burkinabé), Touré Wagninan dit Souleymane (devenu chef Dozo depuis le mois d’août 2011), Kabré Brahima dit Nadjala, Sanou Arouna.
Après les événements.
Prosper et sa troupe ont envoyé des dozos et certaines personnes recrutées à Man et les ont habillés dans les treillis militaires dans les villages de Diero Oula, Port Gentil, Sioblo Oula, Ziriglo et Nigré. Ils paient chaque élément à 25 000 F CFA par mois.

Pour quelles raisons les ont-ils recrutés?

Aujourd’hui, ils ont confisqué toutes nos plantations de cacao et hévéas qu’ils exploitent pour le compte du lieutenant Yah Roger. Aujourd’hui tous ces auteurs vivent en toute impunité dans nos villages. Avant de terminer je voudrais après les récents agissements des allogènes m’interroger.
Au moment où des événements graves surviennent en pleine nuit et que toutes les populations (Autochtones et Allogènes) n’ont pas fini de s’interroger sur les auteurs, pourquoi une communauté s’en prend à une autre au point de vouloir les exterminer tous? Et pourtant, il y a peu de temps nous vivions en parfaite harmonie. C’est pourquoi nous souhaitons que la lumière soit faite pour condamner ces actes.
Pour ce faire, nous sollicitons l’aide des autorités administratives, judiciaires, des organisations internationales des Droits de l’Homme, des organisations humanitaires, afin qu’elles oeuvrent pour ramener la paix dans ces villages et dans tout le canton Oubi.

Toclan G. Jean
Secrétaire du Chef du Village de Ziriglo

————————————
Liste des victimes assassinées

- Huit (08) personnes assassinées dans la nuit dont nous n’avons pas encore la liste complète.
Les victimes assassinées après l’attaque au petit matin
A ziriglo
- Abou COULIBALY, Responsable RDR de Ziriglo
- TOCLAN Pahoui Natacha, Fille TOCLAN Gnahoué Jean
- Bébé TOCLAN Pahoui agé de 06 mois
- Enfant TOCLAN Pahoui agé d’à peine 05 ans
- DOUROU SRO Marie, la femme du chef du village
- NOANE Bamoux Larissa, la nièce de la femme du chef du village qui portait une grossesse de 09 mois.
- TOHE G. Célestin.
- TERE Blo Donatien, étudiant en Histoire université de Cocody
- TCHOMON KOUKOU Charles
A NIGRE (le village voisin)
Dans ce village, les exactions ont débuté vers 10H du matin
- DJAHI Julien, exécuté par Junior (élément de YAH Roger) sur la côte de Nigré
- DJAHI Bérenger, exécuté par Junior (élément de YAH Roger) sur la côte de Nigré
-DJAHI Kouloh Marcel (découvert assassiné vers Ziriglo)
-DJAHI Aristide (découvert assassiné vers Ziriglo)
-KOUYA Landry, qui souffrait d’une démence, a été découvert assassiné devant sa porte.
DEGATS MATERIELS
Toutes les maisons des autochtones OUBI ont été détruites dans les villages de ZIRIGLO, SIOBLO OULA , et NIGRE
LISTE DES VICTIMES ASSASSINEES
- Huit (08) personnes assassinées dans la nuit dont nous n’avons pas encore la liste complète.
DEGATS MATERIELS
Toutes les maisons des autochtones OUBI ont été détruites dans les villages de ZIRIGLO, SIOBLO OULA , et NIGRE
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Les témoignages bouleversants des survivants
Depuis plusieurs mois, les populations de la région de Taï, sont victimes d’attaques meurtrières. Qui ont débuté avec les attaques des villages de Ziriglo et Nigré ayant causé la morts de plusieurs personnes et la quasi destruction de tous les biens des autochtones.
Plusieurs autres attaques ont été perpétrées dans la région. La dernière en date est celle qui a entrainé la mort de 8 casques bleus et de civils ivoiriens. Dans deux rapports détaillés, les populations villageoises de la région expliquent l’origine de ces attaques meurtrières gratuites contre les autochtones Oubi et accusent ouvertement les éléments Frci et allogènes burkinabè dans la région.
Dans deux rapports détaillés, avec un bilan exhaustif, sur les attaques survenus les 15 et 16 septembre dernier dans les villages de Ziriglo et Nigré, respectivement rédigés par Toclan Gnahoué Jean, SG du chef du village de Ziriglo et SG de section PDCI des villages de Ziriglo et Sioblo-Oula (pour l’attaque de Ziriglo) et Djagi Benoit, chef du village de Nigré (pour l’attaque de Nigré). Selon eux, une copie de ces rapports a été envoyée au préfet de Guiglo dont dépend Taï, au sous-préfet de Taï, aux autorités municipales et militaires. Un martyre qui semble loin d’être terminé pour les autochtones Oubi.
Le Chef Frci réclamait 800000 Fcfa par mois Celui qui se présentait comme étant le chef des Frci de Ziriglo et Nigré, un certain Lieutenant Yah Roger réclamait la bagatelle somme de 800000 Fcfa et 16 sacs de riz par mois. Une chose irréalisable pour les villageois qui ont négocié et obtenu de payer au «Commandant» la somme de 280000 Fcfa et 8 sacs de riz par mois. Ce dernier puise ses «recrues » exclusivement au sein de la communauté d’allogènes, pour terroriser les populations autochtones. A chacun de ses barrages les villageois étaient copieusement rançonnés, des piétons aux camions Kia en passant par les cyclistes et motocyclistes.
Les autochtones racontent comment ils sont dépossédés de leurs terres au profit des allogènes burkinabè, devenus les véritables maitres de la région. Jusqu’à l’attaque des 15 et 16 septembre dernier, menée avec une extrême cruauté.
Des femmes enceintes, des enfants égorgés… au total, selon le SG du chef du village de Ziriglo, c’est près d’une vingtaine de personnes qui ont été exécutées. Et il porte un doigt accusateur contre les éléments Frci du chef Yah Roger et les allogènes burkinabè. Les autochtones s’interrogent encore sur les motivations d’un tel projet d’ethnocide Oubi, alors qu’ils ont offert gîtes et couverts à leurs hôtes. C’est une situation désespérante que vivent les populations autochtones de la région, dont la plupart continue d’être dépossédés de leurs terres et autres biens.

F. Toti in Le Nouveau Courrier
Jeudi 19 Juillet 2012
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