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La RTI sous le Rhdp: nouveaux dirigeants, mêmes pratiques



La RTI sous le Rhdp: nouveaux dirigeants, mêmes pratiques
Après plus de 50 ans d’indépendance, la Côte d’Ivoire a vraiment besoin d’une télévision qui rassemble. un vrai medium qui prend en compte les desiderata d’une population en proie à l’information vraie et utile. La télévision ivoirienne est, depuis cinquante ans, caractérisée par l’exaltation de la pensée unique. Une télévision à but propagandiste faisant ombrage à l’émergence de débats contradictoires. Le chef y est vénéré, sublimé même à travers des dithyrambes que lui adressent ses ministres, quand bien même l’objet de leur adresse ne le concerne nullement pas. Dès lors, le medium (pourtant public) s’est spécialisé dans la transmission des modes de pensées stéréotypées. Celle-ci entraîne conséquemment une frange de la population, analphabète ou même intellectuelle dans un conformisme chronique. Cela dit, elle n’apporte pas grand-chose à la formation de la citoyenneté, moins encore à la participation de celle-ci à la chose publique. Fort de ce constat, notre télévision nationale développe des voies associatives de la pensée unique. Car à chaque régime présidentiel son nouveau Dg de la Radio Diffusion Télévision Ivoirienne(R.T.I). Sous feu Houphouët-Boigny, Issa Sangaré Yeresso a, en tant que Dga, propulsé davantage positivement l’image du «vieux» à travers la magie des ondes. Le but recherché, montrer aux yeux de l’opinion nationale et internationale, les traits de caractère débonnaire et de grand visionnaire du premier président de la République de Côte d’Ivoire. Ses erreurs et autres actes non conformes étaient tout simplement voilés. Avec Henri Konan Bédié au pouvoir, Danielle Bony Claverie puis Ouattara Gnonzié, ont beau soigner l’image du « sphinx » de Daoukro, il n’a malheureusement pu résister à la furia de la soldatesque emmenée par feus Boka Yapi et Ibrahim Coulibaly alias IB en décembre 99. Bédié est parti et avec lui « son »Dg de la R.T.I. Après les élections « scandaleuses »de 2000 qui ont vu l’arrivée au pouvoir de Laurent Gbagbo, Georges Aboké et Brou Amessan Pierre se sont vus bombarder tour à tour Dg de la fameuse et très convoitée maison bleue par le nouvel occupant du tabouret royal du Plateau. Il a fallu quelques jours au deuxième patron cité plus haut (après le débarquement de son prédécesseur) pour qu’il démontre à la face de la nation son grand instinct de chantre du « gbagboïsme » invétéré. Tous les jeudis, c’est avec verve qu’il présentait le journal télévisé de 20 heures, non sans faire des éloges à l’actuel bagnard de la prison de La Haye, au terme de sa présentation.Aujourd’hui, il vit en exil pour travail bien fait pour l’ex président ivoirien. Avec nos dirigeants actuels, la donne est la même. Les hommes changent à la tête de la structure mais les pratiques restent hélas les mêmes. Le chef de l’Etat demeure incontestablement un dieu de l’audimat. Indubitablement, nous avons une télévision qui glisse de façon inexorable dans l’abîme. Les optimistes avaient pensé qu’avec Aka Sayé Lazare, on aurait droit à une télévision de qualité et surtout un service du public entièrement au service de tous les Ivoiriens. Surtout que l’alter égo de Brou Aka Pascal avait reçu un important lot de matériels de pointe de la part de certains partenaires de la R.T.I dans le but de booster les activités de la structure audiovisuelle. Lassés d’être servis par les mêmes choses, nombre d’Ivoiriens ne cachent pas leur indignation et leur exaspération face à cette «escroquerie » étatique. Excédée de payer régulièrement la redevance et de ne pas profiter pleinement des fruits de cette contribution collective, la population trouve comme solution palliative l’attachement au câble, avec son lot de conséquences. vuLgArIté Et ENNuI Au mENu Lorsque leurs enfants regardent une émission déplaisante, nombre de parents changent automatiquement de chaîne. Près de 70% des téléspectateurs ivoiriens jugent les émissions de divertissement ou de variétés sans intérêt. Ils trouvent que ces différentes plages ne leur « apprennent rien ». Les variétés débiles et des émissions « surannées »comme Tempo et Variétoscope ne sont pas de nature à faire vraiment la promotion de la culture ivoirienne qui perd annuellement de sa notoriété. « Ce sont les mêmes sons, les mêmes pas de danse et les mêmes animateurs sans esprit de créativité véritable que nous entendons et voyons chaque année», se plaint Yapoga Eric, agent marketing chez un opérateur de téléphonie mobile de la place. «On demande des émissions qui éduquent et font réfléchir à la fois », suggère Fofana Karim, enseignant de son état. Un intellectuel branché met en relief « la nocivité »d’un petit écran devenu « machine à décerveler »les masses. Pour ne pas subir donc les exploits d’une télévision publique aux ordres qui n’hésite pas à balancer de fausses informations (arrestation de Koné Katinan), plusieurs foyers, selon la politique de leurs moyens ont opté pour le numérique.Refusant du coup de faire de la chaîne publique la « patronne de leur vie ». Ils tournent le bouton, changent de chaîne ou renoncent à regarder le petit écran, parfois simplement en voyant la tête d’un ministre du gouvernement actuel. La connexion câblée fait de plus en plus école en Eburnie. 52 ans après les indépendances, les Ivoiriens ne sont plus passifs dans leur majorité, ils réagissent. C’est en programmant des émissions qui les responsabilisent-au lieu de les infantiliser-que la télévision pourrait retrouver leur confiance. En Côte d’Ivoire, les jeunes téléspectateurs sont du fait de la pauvreté des émissions de la chaîne publique, exposés à tous les vents et à tous les hasards des chaînes étrangères. En effet, la permanence des films pornographiques et des séries violentes sont de nature à altérer leur mentalité dans un corps si jeune. Relever le niveau des émissions de la R.T.I répondrait nécessairement aux besoins d’information, d’instruction et de divertissement du public. Même si cet ex-agent de la R.T.I tente vaille que vaille de lever quelque équivoque qui tient difficilement la route. «La critique est aisée ! Mais il est vain de faire de la télévision la seule responsable des maux dont nous souffrons». Miroir d’une société divisée à certains endroits (du fait de la grave crise postélectorale), d’une jeunesse déboussolée, le petit écran n’est malheureusement pas encore au stade de rassurer la population ivoirienne moins encore de contribuer efficacement à guérir les maux dont elle souffre. La preuve, la RTI n’a pas encore trouvé des interlocuteurs capables de venir expliquer aux Ivoiriens, ce qui va désormais changer dans ce pays avec l’obtention du Ppte. Sans doute pour pouvoir mieux aider les dirigeants à continuer à gouverner dans le flou. Et à s’enrichir sur le dos des pauvres qui demeureront pauvres jusque dans la tombe. Seule solution fatale à la pauvreté sous nos tropiques.

Omer BOTY KOFFI in L’Éléphant Déchaîné

Mardi 3 Juillet 2012
La Dépêche d'Abidjan

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