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Interview / Alassane Ouattara (Président de la République) : “Je souhaite que le contentieux de la crise soit vidée d’ici la fin de l’année”

Après la cérémonie de prise d’armes sur l’esplanade du Palais présidentiel, le Président de la République a accordé une interview radiotélévisée à la RTI. Pour cette année, le président Alassane Ouattara a préféré utiliser cette forme plus directe et dynamique pour parler aux Ivoiriens. Nous vous proposons ici l’intégralité de cette intervention.


Interview / Alassane Ouattara (Président de la République) : “Je souhaite que le contentieux de la crise soit vidée d’ici la fin de l’année”

Question : Quand vous jetez un regard rétrospectif sur les 53 ans de notre indépendance, c’est plus d’un demi-siècle, l’âge de la maturité, quelle analyse faites-vous du chemin parcouru, M. le Président?

Alassane Ouattara : Je vous remercie. Je voudrais d’abord présenter mes v?ux de bonne fête et mes meilleurs souhaits à tous nos concitoyens, à toutes les populations qui vivent sur notre territoire. Et dire que 53 ans, c’est effectivement l’âge de la maturité. Donc, à l’occasion de l’indépendance, certains d’entre nous étaient quasiment à la fin du cycle secondaire et on voulait entamer le cycle universitaire. C’était de grands moments pour tous les Africains, et aussi des moments de réjouissance, de fierté. Cinquante ans, c’est effectivement un demi-siècle. C’est donc deux générations. L’Afrique a beaucoup changé pendant cette période. La Côte d’Ivoire aussi. Il y a eu des hauts et des bas. Fort heureusement en Côte d’Ivoire, nous avons eu plus de hauts que de bas. Les dix dernières années ont été difficiles pour notre pays. Il y a eu des moments de déchirements, je dirai de destruction matérielle et morale. Mais, depuis deux ans que nous sommes aux affaires, nous avons tenté de tourner la page. Je crois que c’est important que je le dise à mes concitoyens. Pendant le passé, il y a eu de très bonnes choses, mais ces dix dernières années ont été terribles pour la Côte d’Ivoire, pour les Ivoiriens et les populations qui vivent ici. Et mon devoir en tant que Président de tous les Ivoiriens, c’est de faire en sorte que nous retrouvions la Côte d’ivoire dont nous avons hérité des pères fondateurs, notamment le président Félix Houphouët-Boigny, qui nous ont laissé un pays en paix, un pays d’hospitalité, je dirai même d’amour entre les citoyens. Nous avons eu ces 10 années difficiles, maintenant nous devons aller de l’avant. Je me réjouis donc de pouvoir souhaiter une excellente année, un joyeux anniversaire à tous nos concitoyens et dire que ce sont des vœux sincères de paix pour chacune et chacun. Je voudrais aussi dire que nous devons nous rassembler pour le futur et bien évidemment pour le présent. Nous devons faire en sorte que cet héritage que nous avons soit fortifié. De sorte que, dans quelques années, nous aussi nous laissions quelque chose à nos enfants. Donc, bonne fête.

Question : Que représente le 7 août pour vous ? Une fête nationale qui célèbre les valeurs qui fondent la nation ? Ou une fête d’indépendance pour marquer une rupture avec un temps d’indépendance ?

A.O : Je pense que la Côte d’Ivoire a quitté la dépendance, il y a bien longtemps. Pour moi, la fête nationale doit être un moment de recueillement, de réflexion, de joie et de gaieté. Un moment où nos compatriotes doivent se retrouver et dire que nous avançons. Certes, nous avons eu des difficultés, mais la page est tournée. La fête est un nouveau point de départ. Chaque année, d’ailleurs, doit être un nouveau point de départ pour tous nos concitoyens.

Q : 53 ans d’indépendance, que vaut aujourd’hui notre souveraineté, M. le Président?

A.O : Notre souveraineté est totale. Vous savez, ce sont des débats intéressants. Je peux vous dire qu’à l’Union africaine, nous avons eu ce débat entre chefs d’Etat. Ce qui est à constater à ce niveau, ce n’est pas seulement la représentativité à l’UA et aux Nations unies, mais dans toutes les décisions que nous prenons. Toutes les décisions que nous prenons, dans nos pays, sont de notre fait. Aussi bien dans le domaine économique, politique que le domaine sécuritaire. Cela doit se renforcer davantage. L’indépendance ne vaut que si l’espace est une quantité suffisante. C’est pour cela que nous devons aller au-delà de nos indépendances territoriales et penser plus loin à des unions économiques et politiques plus larges. Ceci viendra avec le temps.

Q : Depuis deux ans et demi, vous êtes le principal commandant de bord du navire ivoire. Vous avez fait des promesses pendant la campagne. A mi-parcours, quel bilan pouvez-vous dresser ?

AO : Je souhaite qu’on puisse considérer que le bilan est positif. Puisque nous avons, en tout cas, fournis tous les efforts pour que nos concitoyens retrouvent un meilleur cadre de vie. Je ne voudrais pas insister sur le passé. Nous avons trouvé un pays délabré, une administration totalement inexistante, deux armées et ainsi de suite. Sans oublier une diplomatie quasiment absente. Des difficultés avec presque tous les voisins et de nombreux pays dans le monde. Ces deux années, nous ont permis de reconstruire la Côte d’Ivoire, au plan moral, économique, de l’administration, des institutions et également dans nos relations avec les pays voisins. Deux ans ne suffisent pas évidemment pour faire tout ce que l’on a envie de faire pour son pays, la contribution que l’on veut apporter. J’ai une grande ambition pour la Côte d’Ivoire. Je pense que nous sommes un grand peuple et que nous pouvons élargir cette ambition, même au-delà de nos frontières. Je suis donc engagé à faire en sorte que le quotidien de nos concitoyens s’améliore d’année en année.

Q : Une des étapes importantes de la normalisation, M. le Président, c’est le DDR. De temps en temps, on entend que des ex-combattants manifestent leur mécontentement, et cela trouble la quiétude des populations. Quel est le point de la situation aujourd’hui sur le processus DDR?

AO : La question du DDR (Désarmement, Démobilisation et Réinsertion, ndlr) est difficile. La Côte d’Ivoire est aujourd’hui en paix, nous sommes en sécurité. Le pays est normalisé. Tous les indices internationaux le démontrent et d’ailleurs le quotidien de nos concitoyens le démontre également. Mais qu’est-ce que nous avons trouvé ? Un pays où nous avions plus de personnes en armes qui n’appartenaient ni à la police, ni à la gendarmerie, ni à l’armée nationale. A la date d’aujourd’hui, malgré tous les efforts qui ont été faits, il nous reste à démobiliser 64 777 personnes qui ont toutes des armes. La démobilisation est difficile, parce qu’il s’agit de jeunes qui n’ont fait que ça pendant des années. Elle est complexe, parce que c’est sur toute l’étendue du territoire, mais également elle est coûteuse. Mais, nous avons fait des progrès. Nous avons mis en place une autorité avec quelqu’un de très compétent, qui s’occupe de ces questions. Nous avons pu racheter plus de 5000 armes. Nous avons acheté des obus, des lance-roquettes, ainsi de suite. Nous avons pu insérer certains dans l’armée et nous continuerons. Nous avons deux années pour le faire. J’ai fait une estimation. C’est un coût global de plus de 85 milliards de FCFA. Nous allons nous-mêmes fournir à peu près 20% de cela et la communauté internationale nous aidera à financer le reste. Il faut absolument que ces jeunes gens trouvent du travail. Tous ne peuvent pas aller dans l’armée. J’espère qu’une partie ira dans l’armée, mais le plus gros lot doit être absorbé par les grands projets que nous avons en vue. C’est un domaine difficile, mais nous y travaillons. Et je suis confiant.

Q : M. le Président, vous parliez tout à l’heure de l’Armée. Et nous avons vu notre armée défiler ce matin sur l’esplanade du Palais présidentiel. Vous disiez justement à propos de cette armée que : « Mon ambition est d’offrir à notre pays une vraie armée, homogène et professionnelle, véritablement républicaine, respectueuse de tous les Ivoiriens et qui méritera en retour le respect de l’ensemble des citoyens ». Est-ce cette armée que nous avons vu parader ce matin (ndlr : hier) pour la commémoration de nos 53 ans?

AO : Oui. Nous avons bien commencé. Nous avons fait des progrès importants. Nous avons essayé de tenir compte des temps de service dans les grades. Nous avons essayé de tenir de compte des comités de promotion au sein de la police, de la gendarmerie, de l’armée. Mais, il a fallu en réalité intégrer deux armées. Ce qui n’a pas été facile. Ceci gonfle les effectifs. Nous avions une armée d’à peu près 15 000 personnes. Aujourd’hui, nous avons une armée d’à peu près 27 000 personnes. Au niveau de la gendarmerie, les choses ont très peu bougé. Nous avions une gendarmerie de 15 à 17 000 personnes ; nous sommes encore dans cette zone. Et c’est la même chose pour la police. En ce qui concerne les Forces Républicaines de Côte d’Ivoire, nous avons maintenant une colonne vertébrale dans l’armée. Nous avons un chef d’Etat-major respecté de tous, des responsables de l’armée de l’air, l’armée de terre, de la marine et ainsi de suite jusqu’aux brigades. Ensuite, nous avons des régions militaires qui sont tenues. Nous avons développé la surveillance du territoire à l’Ouest par des bataillons de sécurisation à l’Ouest et à l’Est également. Donc, la Côte d’Ivoire est protégée. Elle est en sécurité grâce à sa police et à sa gendarmerie. Mais, le travail de formation des militaires doit continuer, surtout leur donner un meilleur cadre de vie. Nous avons trouvé une armée où les soldats n’avaient pratiquement pas de tenues, de chaussures. Sur les frontières, pas de moustiquaires. Ce sont des questions que j’ai eu à régler il y a 20 ans, quand j’étais Premier ministre. Je retrouve les mêmes problèmes. Mais, je dirai que l’Armée peut me faire confiance. J’ai démontré de 90 à 93 que je pouvais améliorer la situation de l’armée. Et je ferai en sorte qu’il en soit ainsi dans le temps de mon mandat.

Q : Justement, vous êtes le Président du Conseil national de la Sécurité, qui conduit la Reforme du Secteur de la Sécurité. Où en êtes-vous avec cette reforme ?

AO : Elle est en cours. Nous l’avons examinée, il y a une semaine. C’est une reforme qui ne comprend pas seulement l’Armée, le ministère de la Défense et le Gouvernement. Mais qui comprend également tous ceux qui peuvent nous aider, les partenaires extérieurs, les bilatéraux, les Français, les Américains, l’ONU. Et nous avons maintenant un document-cadre qui a été adopté et permettra de dire dans 5 ans ou 10 ans, les effectifs que nous aurons dans notre Armée, ce que nous allons dépenser comme armement pour notre Armée. Je peux déjà dire que sur les trois ans à venir, selon ce document, c’est 1 milliard de dollars, soit 500 milliards de FCFA, que nous allons dépenser pour la police, la gendarmerie et l’armée pour les équipements. A savoir des motos, des véhicules 4x4, des chars, des avions. Nous avons donc déjà ce budget. Nous savons également l’évolution des effectifs. Combien de personnes partiront à la retraite. Combien de personnes nous allons recruter. Comment absorber une partie de ces jeunes gens qui ont fait partie des différentes armées par le passé. C’est un domaine qui demandera une assistance importante des pays amis. J’en ai parlé déjà à des bailleurs et je pense que j’aurai un soutien de la communauté internationale pour le programme et aussi la formation de nos soldats et nos militaires.

Q : Dernière question sur ce sujet, M. le Président. Au cours d’un séminaire à Grand-Bassam, les militaires avaient souhaité le retour de l’ancien nom FANCI. A quand le retour à cette dénomination ?

AO : Ce sont des questions qu’il faut débattre. Les gens se sont aussi habitués à l’appellation FRCI. C’est vrai qu’au départ, il y avait une connotation négative. Mais, je pense que ceci disparaît au fil de la professionnalisation du comportement des militaires. Ce sont des questions dont le Conseil national de Sécurité doit débattre. Je ne prends jamais ces décisions seules.

Q : M. le Président, l’actualité de ces dernières 48 heures est dominée par la libération provisoire de 14 prisonniers pro-Gbagbo. On l’a remarqué, cela intervient à la veille de la célébration de la Fête nationale, un symbole fort. Quel sens accordez-vous à cet événement ?

AO : Vous savez, cela a toujours été mon souhait. Depuis des mois, j’ai indiqué au ministère de la Justice que nous devions accélérer les procédures pour que des personnalités qui sont connues dans ce pays et qui ont des maisons et des familles, puissent être en liberté provisoire. Mais, la justice a son rythme, son calendrier, sa complexité. Les juges avaient besoin de rassembler un certain nombre de faits, avant d’arriver à cette décision. Maintenant que cette décision est prise, je m’en réjouis. J’estime que c’est une très bonne chose pour les personnes concernées et leurs familles respectives. Pour tout Ivoirien que nous sommes, je considère que ce n’est pas bon d’avoir des personnes de ce rang en prison. Mais, la crise électorale devait passer par là. Il y a eu une tentative de déstabilisation d’un régime démocratiquement élu. Maintenant, cette page est tournée. La justice continue. Je souhaite et je l’ai demandé, que tout soit mis en œuvre pour qu’on vide ce dossier d’ici la fin de l’année. J’espère que la justice va pouvoir y arriver. Fondamentalement, c’est aussi un acte d’apaisement. C’est un souhait, mais la justice a fait un travail qui rencontre mon souhait et je m’en réjouis. Je souhaite à nouveau que la justice accélère les procédures pour que nous ayons d’ici en début d’année prochaine vidé ce dossier des prisonniers de la crise postélectorale.

Q : Une page qui se tourne, vous le dites. Une autre qui s’ouvre, celle de la réconciliation. Dans votre message à la Nation en août 2011, vous disiez, à ce propos : « La Côte d’Ivoire réconciliée et rassemblée doit se construire avec tous ses fils et toutes ses filles ». En août 2012, toujours dans votre message à la Nation, vous disiez encore à propos de la réconciliation : « Je réitère ma ferme volonté de favoriser la réconciliation ». En 2013, que dites-vous ?

AO : Vous savez, je crois beaucoup au pardon et à la réconciliation. Dans une société, il y a toujours des moments difficiles. C’est la nature des êtres humains, de la capacité des uns et des autres de vivre ensemble. Nous avons traversé des moments difficiles, mais nous devons poursuivre cette réconciliation avec acharnement. Moi, j’y crois et je continuerai de dire que nous en avons besoin. Je continuerai de faire ce que je peux de ma position de Président de la République, car je suis le Président de tous les Ivoiriens. Je ne fais pas du tout de différence. Et je souhaite que cela soit bien compris. Nous avons un processus qui est en cours. J’espère qu’il arrive à son terme et permettra d’avoir un nouvel environnement où toutes les activités des uns et des autres peuvent reprendre.

Q : La réconciliation, vous l’avez confiée à la Commission Dialogue Vérité et Réconciliation qui porte ce processus. En principe, la CDVR rentrera dans une autre phase de ses activités en lançant les enquêtes et les audiences qui permettraient aux victimes de se faire entendre. Or, selon l’Ordonnance de création de cette structure, son mandat arrive à expiration dans un mois, donc en septembre. M. le Président, qu’est-ce qu’il va advenir de la suite de ce processus qui était portée par la CDVR ?

AO : Je voudrais d’abord dire que la Commission fait du bon travail. J’en ai rencontré le Président et les membres à plusieurs occasions. On ne fait pas beaucoup de publicité sur ces rencontres. C’est un travail méthodique, d’abord d’organisation, de localisation à l’intérieur ? Tout cela est fait. La Commission est maintenant en train de rédiger son rapport et ce rapport me sera déposé en septembre. Et à partir de cela, nous déciderons, ensemble d’ailleurs avec le Gouvernement, la meilleure manière de procéder. S’il faut continuer ou pas ? Je n’ai pas d’a priori, je souhaite que la Commission continue ce bon travail qu’elle fait.

Q : A côté de la Commission, on a remarqué aussi que vous avez créé le Programme National de la Cohésion sociale. Alors quelle est sa mission ? Sa création a été interprétée un peu par certains comme un aveu d’échec de la CDVR…

AO : Ah non, pas du tout. Les deux ont été créés quasiment à la même période. La Commission, c’est du court terme. Elle a fait ce que j’ai indiqué. A savoir l’organisation, la réflexion, la préparation d’un certain nombre d’actions pour le futur. Mais le Programme national de la Cohésion sociale, comme son nom l’indique, fait de la cohésion, entreprend des mesures précises pour soulager les familles des victimes, prépare le moyen et le long terme pour les familles des victimes. Ce sont, en réalité, des structures qui sont complémentaires. Donc, il n’y a pas de difficulté à avoir ces deux structures. Et d’ailleurs, le Programme national de Cohésion sociale est essentiellement financé par l’extérieur, qui donne des ressources. Parce qu’il est sensible à ce que les familles des victimes puissent avoir un minimum de confort, de possibilité d’extension et de soulagement.

Q : Ces deux structures doivent donc cohabiter ?

AO : Elles cohabitent actuellement. Ce qui est une très bonne chose. Mais, la Commission n’est pas faite pour être là sur une très longue période. Tandis que le Programme national de Cohésion sociale va durer des années et des années. Car, cela fait partie d’un programme d’ensemble de développement de la Côte d’Ivoire.

Q : M. le Président, le dialogue politique avec le FPI est au point mort. Lors de votre visite dans le District des Savanes, vous avez lancé un appel au pardon rejeté fermement par le FPI. Aujourd’hui, 14 prisonniers pro-Gbagbo sont libérés. Est-ce que vous avez bon espoir de parvenir à la réconciliation avant la fin de votre mandat ? Comment faire pour débloquer le dialogue politique ?

AO : Je pense qu’il ne faut pas confondre réconciliation et dialogue politique. La réconciliation ne concerne pas que la Commission, le Gouvernement ou le Président de la République. Elle concerne tous les Ivoiriens. Il y a une évolution positive dans ce domaine. La réconciliation concerne les chefs religieux, les chefs traditionnels, les populations vivant dans les quartiers, à Abobo, à Yopougon, à Treichville, à Bangolo, à Touba, partout. Ce que j’ai constaté à l’occasion de mes visites dans l’Ouest, dans l’Est, dans le Nord, c’est qu’il y a une véritable volonté de réconciliation chez les populations. Les Ivoiriens veulent retrouver le vivre ensemble qui a caractérisé ce pays, l’entente. Maintenant, les questions politiques doivent être réglées pour l’avenir. L’un des partis politiques n’a pas souhaité participer aux élections législatives, municipales et locales. C’est son souhait. Cela ne doit pas arrêter notre volonté de continuer le dialogue politique, de faire en sorte que pour les prochaines élections, tous les partis puissent y participer. Vous savez, la participation d’un parti à une élection en Côte d’Ivoire n’est pas obligatoire. Le vote des citoyens n’est pas obligatoire, ce n’est pas comme dans d’autres pays. Mais, dans toutes les régions de Côte d’Ivoire, il y a des députés et des maires. Donc, les Ivoiriens sont représentés au Parlement comme dans les structures locales. Bien sûr, j’aurai souhaité que tous les partis politiques puissent avoir des représentants. Même en participant aux élections, il n’est pas dit que tous les partis politiques puissent en avoir. Et d’ailleurs, puisque vous me parlez du Front Populaire Ivoirien, ce parti a des élus locaux qui se sont présentés aux élections en tant qu’indépendants. Nous savons tous qu’ils sont FPI. C’est l’expression d’un courant politique. Mon souhait, c’est que tous les grands courants politiques soient représentés surtout au plan local, compte tenu de la politique de décentralisation que nous avons engagée.

Q : M. le Président, nous allons aborder maintenant un sujet qui fait polémique. C’est la question de la nationalité et du foncier rural. Qu’est-ce qui explique cette naturalisation que d’aucuns diront massive à laquelle cette reforme veut procéder ?

AO : Il n’y a pas de naturalisation massive. Nous nous sommes mis d’accord, en tout cas tous les partis politiques représentés au Parlement par le passé, qu’il y a un certain nombre de décisions qui doivent être corrigées. Ceci a été confirmé par les Accords de Linas Marcoussis. Notre loi de la nationalité prévoyait des cas séparés pour ceux qui étaient en Côte d’Ivoire jusqu’à l’indépendance, ceux qui sont restés de l’indépendance jusqu’en 1972 et après. Voici ces trois catégories. Les personnes qui étaient là jusqu’en 1960 avaient l’option d’avoir la nationalité ivoirienne, ce qui n’a pas été porté à leur connaissance. Elles n’ont pas pu le faire, mais elles ont un droit à la nationalité. Deuxièmement, le code de la nationalité reposait sur le droit du sol, jusqu’en 1972. Donc, toutes les personnes nées en Côte d’Ivoire jusqu’en 1972, comme aux Etats-Unis, sont de nationalité ivoirienne. A partir de 1972, nous avons décidé que ce soit en même temps le droit du sol et le droit du sang. C’est-à-dire que pour être Ivoirien, il faut avoir un parent ivoirien. Ce que cette loi va faire, c’est de restituer ce qui n’a pas été fait. Ce n’est pas une nouvelle décision de ma part. C’est une décision qui a été prise par l’ensemble des partis politiques, que ce soit le PDCI, le FPI, le RDR, l’UDPCI. Tous ceux qui étaient présents à Linas Marcoussis ont reconnu qu’il y avait une lacune dans la loi sur la nationalité. Ce qui est différent de l’apatridie. Elle est simple. Des personnes peuvent être dans notre pays et n’ont pas de nationalité. Par exemple, des personnes d’origine libérienne, en raison de la guerre au Libéria, il y a 20, 25 ans, sont arrivées en Côte d’Ivoire et ont décidé d’y rester. Elles n’ont pas la nationalité libérienne et la nationalité ivoirienne. Cela est contraire au droit international. La loi sur l’apatridie leur permet de choisir. Et elles choisiront. Si elles veulent être ivoiriennes, elles le seront du fait de leur séjour de longue durée en Côte d’Ivoire. Vous savez, il y a 20 à 22 000 personnes dans ce cas. La presse me parle de 400 000 personnes, cela n’a rien à avoir du tout. Je veux donc dire que ce sont des questions importantes. Et ces questions de nationalité ont été politisées. Il faut respecter la loi. Elle est très claire dans notre pays. Est Ivoirien, toute personne née d’un parent ivoirien. On peut obtenir la nationalité de deux manières. Soit parce qu’on a un parent ivoirien soit par naturalisation, adoption et mariage. Ces questions seront réglées par l’Assemblée nationale de manière définitive. Cela a été une des causes du conflit que le pays a connu. La clarté doit être faite et qu’on comprenne qu’il n’est pas question de brader la nationalité ivoirienne. Moi, je ne l’accepterais pas. Il s’agit de régulariser des situations qui sont restées en dehors du circuit et ont créé des difficultés à certaines personnes qui résident sur notre territoire.

Q : Parlant justement de clarté, combien de personnes sont concernées par la naturalisation selon les Accords de Linas Marcoussis ?

AO : Je n’en ai pas une idée. Mais, je crois que toutes les personnes qui pourraient avoir droit à cette régularisation pourraient ne pas le faire. Certaines peuvent décider pour telle ou telle raison qu’elles ne sont pas intéressées par la nationalité ivoirienne. Quand la loi sera clarifiée et qu’on dira à ces personnes que vous avez la possibilité de régulariser votre situation qu’elles prendront cette décision. Mais, il n’est pas dit qu’elles décideront toutes de devenir Ivoiriennes.

Q : Dans une interview accordée à Jeune Afrique par l’ancien Premier ministre, aujourd’hui Président de l’Assemblée Nationale, en 2008, à l’issue des audiences foraines, il faisait savoir que 380 000 jugements supplétifs avaient été délivrés. Est-ce que ces personnes sont à prendre en compte dans le cadre de la mise en ?uvre d’une procédure de naturalisation ? Ou alors c’est d’autres types de profil ?

AO : Ces personnes qui ont été identifiées, comme ayant des parents ivoiriens, mais qui n’avaient pas de papiers, ont été pour la plupart incorporées dans la liste électorale. Et il y a eu cette question de liste blanche et de liste grise. J’espère que la prochaine Commission électorale va régler cela rapidement. Ce sont des exclusions qui n’avaient pas du tout lieu d’être. A partir du moment où toute la procédure a été respectée et que ces personnes ont été identifiées comme ayant la nationalité ivoirienne, elles auraient dû avoir leur carte d’identité. Mais, ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Il s’agit plutôt de régler les cas des personnes qui sont nées avant 1960 ou qui résidaient avant cette date et celles qui sont nées avant 1972, quand le droit du sol était en vigueur. Il faut rendre tout cela compatible et cohérent.

Q : Qu’est-ce qu’il faut mettre en place pour clarifier une vraie communication autour de tous ces chiffres ?

AO : Vous avez raison. Mais, vous savez, on ne peut pas anticiper toute ces questions. Je reçois beaucoup de demandes de naturalisation. Maintenant, j’ai mis des critères pour accepter la naturalisation de telle ou telle personne. Il faut que la personne, qui va être naturalisée, apporte quelque chose à la Côte d’Ivoire. Je fais comme les grands pays à l’image du Canada et de bien d’autres ailleurs. Il y a des critères avant de donner la naturalisation. Mais, il ne s’agit pas de cela. Il s’agit de personnes nées en Côte d’Ivoire, avant 1972 et qui de ce fait, en vertu de la loi qui existait, sont de nationalité ivoirienne. Mais, elles peuvent opter de ne pas prendre la nationalité ivoirienne. Un Français qui est né en Côte d’Ivoire en 70 a normalement droit à la nationalité. Parce que c’était le droit du sol. Mais, il peut dire qu’il est Français et qu’il n’a pas besoin de la nationalité ivoirienne.

Q : Est-ce qu’une des solutions à cette question de nationalité, M. le Président, n’est pas un accord sur la notion même d’être Ivoirien ? Pour vous, être Ivoirien c’est quoi ?

AO : La loi dit clairement qu’est Ivoirien aujourd’hui, toute personne née d’un parent ivoirien. Il n’y a pas de doute là-dessus. Pour moi, c’est cela la nationalité ivoirienne. Mais, au-delà, la nationalité c’est un papier, c’est une notion. Mais, il y a tout de même tout ce qui concerne les valeurs de la République. Je trouve qu’aimer son pays, apporter une contribution à son pays, c’est aussi fort que la nationalité. C’est pour cela que la nationalité intervient. Quand je décide de naturaliser quelqu’un, c’est parce que je considère, par les documents que j’ai vus, que cette personne est en Côte d’Ivoire depuis 20 ans et qu’elle a, par ses activités, démontré qu’elle aime la Côte d’Ivoire. Qu’elle n’a pas de problèmes avec les Ivoiriens, qu’elle contribue à l’essor de la Côte d’Ivoire. A partir de ce moment-là, je peux naturaliser cette personne. Donc, il n’y a pas besoin de faire un débat. Il y a des lois. La difficulté par le passé, c’est qu’elles n’ont pas été appliquées. Et comme le disait Agnès (NDLR : Kraidy), il faut une grande communication pour expliquer aux uns et autres, ce à quoi ils ont droit et ce à quoi, ils n’ont pas droit. Ceux qui n’ont pas droit ne seront pas éligibles à la restitution de cette nationalité.

Q : quel est le type d’Ivoiriens avec lequel vous projetez la Côte d’Ivoire émergente à l’horizon 2020 ?

AO : Moi, j’ai l’ambition d’avoir un Ivoirien qui véritablement aime son pays. Vous savez, l’amour de la patrie est essentiel. C’est ce qui ambitionne d’ailleurs. Deuxièmement, je veux aider mes compatriotes à être en bonne santé, à être bien éduqués. Je veux un Ivoirien qui a de la générosité, qui accepte les autres. Surtout, je veux des Ivoiriens qui respectent les lois de la République. C’est cela être un bon Ivoirien. Un bon Ivoirien doit respecter la loi de la République, à quelque niveau que la personne soit.

Q : : Le pendant de cette question est celui du foncier rural. Une loi a été votée à l’unanimité en 1998. Cela n’a pas suffi à régler les conflits. Aujourd’hui, l’opposition n’est pas représentée à l’Assemblée nationale. Est-ce que la réforme qui a été introduite peut être consensuelle ?

AO : Je vois qu’il y a beaucoup de confusions sur ces questions. Je vous remercie de me donner l’occasion de clarifier. La loi de 1998 est une loi consensuelle. En ce moment, même le RDR était à l’Assemblée nationale y compris le PDCI, le FPI et d’autres partis politiques. Elle a été votée et devrait être appliquée en 10 ans. Rien n’a été fait pendant dix ans. Cette loi n’a pas été appliquée en dehors de quelques dizaines de cas. Mais qu’est-ce que nous demandons avec le document que nous avons déposé à l’Assemblée nationale ? C’est tout simplement une prorogation. Le projet ne touche pas du tout à la substance de la loi de 98. Nous demandons à l’Assemblée nationale de donner dix années pour appliquer la loi de 98 qui n’a pas appliquée de 98 à 2008, qui n’a pas été renouvelée.

Q : : C’est la même loi ?

AO : C’est la même loi. Il suffit tout simplement de donner une extension. Cette fois-ci, je demanderai au gouvernement de faire appliquer la loi.

Q : : Monsieur le Président, il y a peut-être un problème de communication pour permettre aux Ivoiriens de comprendre…

ADO : Nous avons pris des mesures très fortes par rapport aux bois de vêne pour protéger d’abord l’environnement. Il faut aussi rationaliser la question de la terre. Cela doit être basé sur la loi de 98. Maintenant, que nous avons la capacité d’avoir un système plus organisé, nous allons mieux faire. Vous savez, pour avoir son titre foncier, il y a de cela deux mois, il y avait neuf étapes à franchir. Il y avait cinq ou six ministères à contacter. Nous avons maintenant rationnalisé tout ça. A compter de maintenant, il n’y a que deux étapes à franchir. Les seuls ministères concernés pour obtenir son titre foncier sont le ministère de la Construction et le ministère des Finances. Tout cela sera sur Internet. Vous avez un terrain, cela est enregistré sur Internet. Personne d’autre ne pourra aller revendre ce terrain et créer des difficultés dans le futur. Donc nous devons faire les choses très claires. La désorganisation a créé beaucoup de désagréments sur ces questions. Je pense qu’il faut régler les questions de terrain. Le rôle d’un Président de la République, ce n’est pas tout simplement de s’asseoir dans son fauteuil, de rester au pouvoir. Moi, je me suis fait élire pour apporter ma contribution en réglant les problèmes de mon pays. Qu’avons-nous entendu ces dix et quinze dernières années ? Tout le monde sait l’origine des problèmes de la Côte d’Ivoire. C’est celui de la nationalité et du foncier. Il faut expliquer qu’il n’y a pas de problème. C’est tout simplement parce que la loi n’a pas été appliquée. Je veux maintenant qu’elle soit appliquée. Le problème du foncier est très simple. C’est parce que la loi est venue à expiration. Elle n’a pas été prorogée. Nous allons nous donner dix autres années pour appliquer la loi. Si tout le monde se conforme à la loi et si la loi est appliquée, nous aurons moins de problèmes.

Q : : Sans rentrer dans les détails, nous savons que le taux de croissance a atteint les deux chiffres. Mais pour l’Ivoirien normal, que signifie ce taux de croissance quand il ne ressent pas ça dans son quotidien?

AO : En venant, j’ai pris quelques chiffres. Je ne veux pas ennuyer mes concitoyens en leur donnant des chiffres. La Côte d’Ivoire de 2000 à 2010 a connu un taux de croissance moyen d’à peu près de 2 %. Sur dix ans, nous avons connu 20 % de croissance. En 2011, avec la crise, nous avons chuté de 5 %. Ce qui veut dire que de 2000 à 2011, la réalité de l’augmentation de la richesse n’a été que de 15 %. En une seule année, en 2012, nous avons fait presque 10 %. Donc nous avons rattrapé les 2/3 de la chute qui a caractérisé la période de 2000 à 2011. Cette année, si nous faisons à nouveau 10 % de croissance, nous allons effacer les effets de cette période de destruction de la richesse nationale. Voilà en termes simples ce qui signifie la croissance forte. Cette croissance forte va se manifester par la construction des écoles, des centres de santé, des routes, des hôpitaux, par également, le pouvoir d’achat des populations. Grâce à cette évolution cette année, l’année prochaine, j’envisage de demander au gouvernement de procéder à une augmentation générale de salaire. Je ne sais pas dans quelle proportion cela se fera. Parce que maintenant nous avons la capacité. Avant nous n’avons que des déficits. L’année prochaine, les salaires de la Fonction publique vont connaître une augmentation. Nous allons discuter avec le secteur privé pour aussi une augmentation du SMIG. Au-delà, il faut affronter le prix des denrées alimentaires. Les gens se plaignent du pouvoir d’achat. Ce que je comprends.

Q : : C’est la réalité, Monsieur le Président.

AO : C’est la réalité. On se plaint parce qu’on souffre. Je suis d’accord, pour vous comme pour moi, qui avons un peu de moyens pour acheter ce dont nous avons besoin. Mais la difficulté, c’est que si les prix restent à leur niveau et que les salaires ne bougent pas, il y a un problème. Mais si déjà les salaires augmentent un peu, cela aura un effet. Ce qui sera encore plus important, c’est de faire deux choses. L’une des choses importantes en dehors de l’augmentation du pouvoir d’achat, c’est le contrôle des prix. Pas contrôler les prix physiquement, mais il s’agit de voir comment augmenter la production pour que les prix baissent. Si les prix par exemple du riz et de la viande, de l’igname, de la banane plantain baissent, c’est déjà un plus pour la population.. Troisième chose pour améliorer la situation de l’Ivoirien moyen, c’est l’emploi. Si dans une famille de quatre enfants, il n’y a que la maman ou le papa qui travaille et que les autres ne travaillent pas, il y a problème. A partir du moment où en plus du papa qui travaille, la maman pourra avoir un microcrédit pour faire du commerce par exemple et qu’un des enfants obtient du travail, automatiquement, vous verrez que la rémunération familiale va augmenter. Le pouvoir d’achat de la famille en tant que telle va augmenter. C’est à cela que nous allons nous consacrer dans les mois à venir. C’est une question d’économie. Nous allons y faire face. Parce qu’il n’y avait pas eu de croissance, il n’y avait eu d’investissements. Maintenant, nous aurons de la croissance, nous aurons l’augmentation des salaires. Nous allons avoir une meilleure appréciation des prix. Surtout, nous allons créer des emplois.

Q : : on va reparler de l’emploi tout à l’heure. C’est un volet très important. Monsieur le Président, parlons un peu des conditions de vie. Aujourd’hui, la communauté internationale salue les efforts, les résultats des chantiers. Le troisième pont avance bien. Vous avez inauguré le pipeline à Yamoussoukro. Ceux d’entre les populations qui disent qu’elles ne ressentent rien, qu’est-ce que vous leur dites ? Vous leur dites d’attendre un peu. Jusqu’à quand doivent-elles attendre ?

AO : Je ne dis pas ce que je fais. Mais j’ai des jeunes gens que j’ai envoyés dans certains quartiers à Abobo, à Treichville, à Yopougon pendant le mois de carême pour distribuer de la nourriture.

Q : : Entendez-vous cette souffrance des populations ?

AO : Pas que j’entends. Mais je la vois. Je sais qu’il y a même de la misère dans certains quartiers. Pas seulement mais dans les villages. Il faut qu’on arrive à instituer un système pour aider les familles les plus défavorisées. Pas plus tard qu’avant-hier, j’ai eu une séance de travail avec un expert brésilien pour voir qu’est-ce que nous pouvons faire de spécifique pour les familles les plus pauvres. Le Brésil a bien réussi à le faire. Je m’inspire de cela. Moi, je cherche des solutions. Je veux qu’on arrive à soulager les populations les plus défavorisées. Pour le reste de la population, la croissance va aider à régler leurs problèmes. Si dans une famille, il y a une personne de plus qui a un emploi, cela va régler le problème de la classe moyenne et de la classe jusqu’en dessous de la moyenne. Mais pour les plus pauvres, il faut qu’on fasse quelque chose. Nous y travaillons et nous allons le faire.

Q : : Monsieur le Président, vous parlez de croissance et qui dit croissance parle d’économie. Ce qui suppose le respect des règles en la matière. On remarque cependant dans l’octroi des marchés avec la part belle au gré à gré…

AO : Nous avons gagné trente points. Vous avez cité tout ce qui a été fait. Vous n’avez pas dit que pendant des années, rien n’avait été fait. Et que le pays était caractérisé par la gabegie, par la corruption, par les détournements de fonds dans le secteur café cacao, etc. Aujourd’hui, nous avons mis en place, des structures. Mais ces structures mettent du temps à fonctionner. D’ores et déjà, j’ai mis fin aux fonctions de certains DAAF. J’ai démis certaines personnes de leur fonction en raison des questions de mauvaise gouvernance. Moi je suis pour la bonne gouvernance. Pour qu’il y ait de la bonne gouvernance, il faut avoir des structures solides. C’est pour cela que j’ai autorisé qu’on mette en place une autorité de la bonne gouvernance. Le texte a été déjà adopté par le conseil des ministres. Nous allons le déposer dans les prochains jours sur la table des députés. J’espère que d’ici la fin de l’année, nous aurons une autorité de la bonne gouvernance qui aura le pouvoir réel, le pouvoir d’intervenir sur le plan pénal. Il n’est pas normal que des gens détournent l’argent de l’Etat pour n’écoper comme sanction que la perte de leur poste. Il faut qu’il aille en prison après cela. Tout le monde connaît ma rigueur sur cette question. Je n’ai aucun état d’âme sur ce problème. Nous allons le régler. Pour les régler, nous avons besoin de la contribution de tous y compris des citoyens, y compris des hommes d’affaires qui seront amenés à porter à l’attention des autorités, les cas de chantage à l’occasion de la mise en place d’une structure. Je demande aux hommes d’affaires de m’écrire pour me poser leur problème. Quand c’est le cas, je prends mon téléphone pour le régler avec le ministre ou la direction compétente. Maintenant, nous avons la question des appels d’offres. Nous faisons des appels d’offres. Il y a des situations pour lesquelles, moi je suis conscient que l’appel d’offre n’est pas nécessaire. Parce que j’ai besoin d’aller vite. J’ai trouvé des procédures très lourdes. J’ai d’ailleurs décidé de rattacher à la présidence, l’autorité chargée des marchés publics pour que nous puissions décider. C’était devenu une administration. C’était trop compliqué. Les dossiers allaient revenaient dans tous les sens. Maintenant, je donne un délai pour régler ces problèmes. Je ne veux pas m’enfermer dans des appels d’offres sur tout ce que je fais. En France, aux Etats Unis, ce n’est pas le cas. Pourquoi voulez-vous qu’on nous impose ce qui ne se fait pas ailleurs. Si je suis confiant qu’un domaine est essentiel et qu’il urge et que j’ai un opérateur de qualité reconnu internationalement, j’ai le droit de faire en sorte que ce projet démarre rapidement. Deuxièmement, nous avons des financements de certains partenaires qui disent nos financements sont liés. Je prends le cas de la Chine qui me dit on donne un milliard de dollar pour construire le barrage de Soubré, mais il faut une entreprise chinoise pour la construire. Si j’attendais de faire un appel d’offre pour le barrage de Soubré, j’attendrais encore vingt ans. J’ai donc décidé de donner ce projet à la Chine. Parce que la Chine a la technologie nécessaire. Elle a la compétence nécessaire et surtout elle apporte les financements. Pour ce qui est la réhabilitation de certains CHU qui ont été construits par des entreprises françaises, il y a vingt ans, je ne vois pas d’inconvénients à leur attribuer le marché de la réhabilitation si elles en manifestent le désir. A partir du moment où nous avons la possibilité de contrôler les coûts, il n’y a pas de problème. Vous savez, quand on construit un hôpital, on sait combien il faut investir par lit, quand on construit un hôtel, on sait combien il faut investir par chambre. Ce n’est pas compliqué. On a le volume de l’investissement. Je confie ces marchés aux entreprises qui peuvent me permettre d’aller vite. Parce que j’ai l’intention de régler les problèmes des Ivoiriens. J’ai indiqué dans mon slogan que je voulais apporter des solutions à mes concitoyens. Les solutions, c’est d’avoir le courage de prendre certaines décisions, et de contrôler la mise en œuvre de ces décisions dans la transparence et dans la bonne gouvernance.

Q : : Donc, la passation des marchés de gré à gré devient presque la norme ?

ADO : Pas du tout. Nous avons de nombreux cas d’appel d’offres. Tous les jours, j’ai des appels d’offres qui sont réglés normalement dans les ministères sans notre intervention. Mais s’il y a de gros projets pour lesquels je considère qu’il faut aller vite et que j’ai des entreprises fiables, je ne vois pas de raison de faire un appel d’offres. Je prends un cas, celui du tramway à Abidjan. Il y avait deux entreprises : une Française et une Coréenne. J’ai fait un appel d’offre restreint. Je n’ai pas voulu perdre le temps. Les deux entreprises sont des sociétés bien connues. Elles ont participé à l’appel d’offres. Au finish, ces deux entreprises ont décidé de s’associer pour réaliser l’œuvre. C’est une question d’opportunité. Nous ne devons pas avoir de complexe. Je considère que ma carrière a été bâtie sur ma crédibilité, ma bonne gouvernance. Je n’hésiterais pas à prendre des décisions qui sont dans l’intérêt de l’Etat, si c’est urgent et cela nous permet de réaliser les objectifs que nous nous sommes fixés.

Q : : Vous vous êtes proposé de régler les problèmes des Ivoiriens. Parlons maintenant de la santé. La santé coûte très cher. L’opération soins gratuits n’a pas eu le succès escompté. Vous avez promis de créer une couverture médicale universelle. Où en êtes-vous ?

ADO : Vous savez, nous avons d’abord après la crise postélectorale, durant les 18 mois écoulés jusqu’en fin d’année 2012, début 2013, dépensé près de 50 milliards sur la gratuité des soins. Elle était totale au début, ensuite ciblée, les enfants d’un jour à 5 ans ou la femme enceinte jusqu’à l’accouchement. Cela a coûté de l’argent. Nous l’avons fait et je pense que ça marche bien. Nous avons restructuré la pharmacie de la Santé publique. Bientôt, nous n’aurons plus de problème d’approvisionnement en médicaments. J’ai inauguré il n’y a pas longtemps l’hôpital de Gagnoa. Nous sommes en train de réhabiliter beaucoup d’hôpitaux. Nous allons d’ici à la fin de l’année finir de réhabiliter les CHU. Nous investissons lourdement dans la santé. J’ai dit que 2013 est l’année de la santé. Au-delà, j’ai l’ambition de faire cette couverture médicale universelle. Cela demande des études très précises qui sont en cours et qui sont très avancées. Le Premier ministre m’a dit que d’ici la fin de l’année, le gouvernement pourra l’examiner. Je ne veux pas mettre un système en place qui ne sera pas financé. S’il n’est pas financé après un an, ce sera catastrophique. Quand nous mettrons en place ce système, vers le début de l’année prochaine, vous verrez que la couverture médicale sera large et totale pour tous nos concitoyens. Je reviens encore aux problèmes des plus défavorisés. Il y aura une fenêtre spéciale pour les plus défavorisés. Il faut qu’on les aide à scolariser leurs enfants, à se soigner, à avoir même de la nourriture comme au Brésil. On pourra leur donner le ticket qui leur permettra d’avoir des sacs de riz. Ça c’est un dossier à part que nous sommes en train de traiter.

Q : : Parlant de l’emploi jeune, le candidat Alassane Ouattara avait promis un million d’emploi aux jeunes en 5 ans. A mi-parcours de votre mandat, vous devriez être à 500 000 emplois de créés, est ce que le compte est bon ?

AO : Je n’ai pas créé 500.000 emplois.

Q : : 500.000 emplois à raison 200.000 par an, juste de la comptabilité.

AO : Moi, je suis transparent. J’ai hérité d’un pays totalement effondré. En 2011, il n’y a pas eu du tout de création d’emplois. Bien au contraire, il y a eu de petites choses. 2012, cela a commencé. 2013 : nous allons au-delà de 100.000 emplois et ainsi de suite. Je pense que d’ici 2015, j’atteindrai l’objectif de 200.000 emplois par an. Maintenant, est-ce qu’il y aura un bon spectaculaire en 2014 et en 2015 pour me permettre de dire que j’ai atteint le million d’emplois. Je n’en suis pas sûr. Ce qui est sûr, c’est que la vitesse de croisière d’avoir 200.000 emplois par an, nous allons l’atteindre en 2015. Ce qui veut dire qu’au-delà, cela continuera.

Q : : Le chômage des jeunes est une réalité, ils sont nombreux les jeunes diplômés ivoiriens qui sont à la recherche d’un emploi. Comment faire pour leur donner l’espoir ?

ADO : Ce n’est pas seulement l’espoir qu’il faut leur donner, il faut leur donner du travail. Le ministère de la Jeunesse a fait toute une série de proposition qui sera publique bientôt. Au-delà de cela, nous avons besoin de faire l’adéquation entre la formation et les besoins des entreprises. Nous constatons qu’il y a des entreprises qui viennent et qui proposent de milliers d’emplois. Mais le problème qui se pose est que les jeunes gens n’ont pas la formation requise. Il n’y a pas que cette adéquation, il faut maintenant trouver des formations de courte durée pour permettre l’absorption de ces jeunes.

Q : : Vous avez annoncé la création de nouvelles universités.

ADO : Ces universités seront plus adaptées aux possibilités d’investissements. Cela a été notre problème. Tout le monde est allé dans une filière : le droit ou la santé. Maintenant, quand les entreprises viennent dans d’autres domaines, informatique, télécommunication, nouvelles technologies, il n’y a pas suffisamment de personnes. Maintenant, l’adaptation que nous voulons faire, permettra l’absorption rapide des jeunes. Le ministre de la Jeunesse compte proposer des systèmes de micro-entreprises gérées par les jeunes eux-mêmes. Nous avons acquis des expériences dans d’autres pays. Ces expériences peuvent être appliquées en Côte d’Ivoire. A chaque instant, nous devons nous dire que nous avons un héritage lourd, des jeunes qui n’ont pas eu d’emploi pendant dix ans, qui n’ont pas eu de formation ou qui ont une formation au rabais. Il faut réadapter tout cela. Il faut réadapter tout cela avant de leur trouver du travail. Cette période doit être considérée comme une période d’adaptation et de formation.

Q : : Est-ce que l’étape du million d’emplois sera atteinte en 2015 ?

AO : Je connais mes compatriotes. Les gens le savent. En Côte d’Ivoire, nous ne savons pas tricher. Mes compa triotes voient les progrès que nous avons réalisés. Les choses avancent. Si en 2015, j’arrive à faire les 200.000 emplois, ceci veut dire qu’au delà je ferai encore plus. Les 200.000 seront un minimum pour l’avenir. Ce qu’il faut que l’on note, c’est de se dire que nous pouvons y arriver. Que nous avons la capacité de faire mieux. Que nous avons complètement couvert le faussé qui était le nôtre pendant la période 2000 – 2011 et qu’enfin nous sommes sur le terre-plein. Chaque chose que nous faisons maintenant doit nous donner de la hauteur. Alors qu’avant, nous étions dans un bas-fond et on tombait chaque fois dans le trou.

Q : : En marge de la célébration de l’indépendance, des valeurs ont été célébrées. Quel sens accordez-vous à cette célébration ?

AO : La difficulté que je n’arrête pas de répéter est que quand on prend des engagements, on le fait sur la base d’une situation normale. Moi, j’ai trouvé une situation anormale que je dois corriger. J’ai presque tout corrigé. La situation aujourd’hui est normalisée. C’est à partir de maintenant que les engagements que j’ai pris seront visibles. Et les 200.000 emplois, nous allons les réaliser. Puisque nous avons normalisé la situation. Nous avons des entreprises, des investissements dans beaucoup de domaines, nous avons la confiance de l’extérieur. Non seulement du public mais également du privé. L’excellence est importante. Quand j’ai vu tous ces jeunes hier et encore aujourd’hui, à l’occasion du défilé, moi, j’étais émerveillé de voir les notes qu’ils ont eues à obtenir au BEPC ou le BAC. C’est extraordinaire. Quand j’ai vu ce policier qui est toujours posté au carrefour du ministère de l’Intérieur qui fait le salut normal comme un policier doit le faire. Un policier touche combien ? 200.000 maximums par mois. Grâce à ce prix de l’excellence, il a eu dix millions. Tous ceux qui ont obtenu ce prix, ça leur fait des années de salaire. Cela va les motiver. Nous devons dire à nos compatriotes que s’ils se distinguent, la nation le leur rendra. Cela permettra au lauréat, sa famille, au pays d’aller plus vite.

Q : : Une dernière question avant de parler diplomatie. Vous voulez faire de la Côte d’Ivoire, vous l’avez dit, un pays émergent à l’orée 2020. Vous avez déjà annoncé votre décision de briguer un deuxième mandat en 2015. Serez-vous le candidat du RHDP ?

AO : D’abord, qu’est-ce que cela veut dire un pays émergent en 2020 ? Nous avons actuellement une richesse nationale d’un PIB d’à peu près 25 milliards de dollars. Mon ambition, c’est qu’en 2020, nous soyons à 50 milliards de dollars. Aujourd’hui, la rémunération moyenne d’un Ivoirien est à peu près de 1000 dollars par an, c’est-à-dire 500 000 FCFA. Mon ambition, c’est qu’à partir de 2020, un Ivoirien ait une rémunération moyenne d’un million FCFA. Voici un peu les repères. Que la pauvreté aujourd’hui qui frappe un Ivoirien sur deux, qu’en 2020, ce soit moins d’un Ivoirien sur 10, et ainsi de suite. Que le taux de mortalité baisse et que la longévité augmente. Que nous n’ayons plus de coupures d’électricité, que nous ayons de l’eau potable sur l’ensemble de territoire, ainsi de suite. Donc, ce sont des choses concrètes, quand on parle de l’émergence. Maintenant, pour la politique, j’ai indiqué pourquoi je voulais être candidat. J’ai annoncé cela, parce que je préfère la transparence. D’ailleurs, mon mandat ne sera pas de 5 ans, mais plutôt 4 ans et quelques mois, compte tenu du temps que j’ai perdu avec la crise postélectorale. Selon la Constitution, il faut faire les élections en octobre 2015. Et en le faisant, je n’aurai fait que quatre années et cela ne me suffit pas. C’est pour cela que j’ai indiqué d’ores et déjà que je souhaite faire un deuxième mandat. Une coalition m’a mis au pouvoir. Je remercie d’ailleurs cette coalition dont les membres sont au gouvernement. Et le gouvernement fait du bon travail. Je souhaite que cette coalition tienne. Mais, cela est l’affaire de chaque parti politique qui décidera s’il souhaite me soutenir ou pas.

Q : Nous avons posé la question à dessein, parce que votre grand allié le PDCI est agité par un remous. Anaky Kobena, on ne sait plus s’il est dans le RHDP. Est-ce que vous êtes serein ? Pensez-vous que cette coalition sera unie derrière vous?

AO : Ce que je souhaite, c’est qu’il y ait le maximum d’Ivoiriens qui me soutiennent pour 2015. Qu’on fasse le bilan de ce que j’aurais fait, après quatre années d’exercice du pouvoir. L’on verra peut-être que ce serait bon de me donner la chance de poursuivre et d’aller plus vite.

Q : M. le Président, pour revenir à ce pays dont vous rêvez pour l’horizon 2020. Un pays émergent se bâtit aussi sur une société égalitaire avec des hommes et des femmes ayant les mêmes droits, les mêmes devoirs et les mêmes chances. Vous savez que beaucoup de choses sont en train d’être faites en ce moment pour justement permettre aux femmes ivoiriennes de conquérir les droits auxquels elles ont déjà droit. On parle même d’un projet de loi sur le quota. A 53 ans, M. le Président, la Côte d’Ivoire n’aurait-elle pas plutôt besoin d’une loi sur la parité pour être en conformité avec sa Constitution et ses engagements internationaux ?

AO : Je suis d’accord avec vous.

Q : Ben, faites-le, M. le Président ?

AO : Je suis là depuis deux ans sur 53. Donc, ne me demandez pas d’être comptable de ce qui n’a pas été fait depuis 50 ans.

Q : Mais, qu’est-ce que vous en faites, M. le Président ?

AO : Nous devons avancer. Nous ne devons pas nous dire pourquoi on n’a pas fait cela il y a 50 ans, 20 ans ou 10 ans. Cela n’a pas été fait, c’est dommage. Maintenant, nous devons tenter de le faire. La procédure pour le faire, tout le monde connaît ma volonté. Dès que je suis arrivé, j’ai demandé pourquoi il n’y avait pas de femme, quand j’ai eu cette équipe qui doit faire toute cette mission. Il faut qu’on arrive à donner une plus grande place et un plus grand rôle aux femmes, partout. Pas seulement dans l’administration, dans les ministères ou le gouvernement, mais également dans les institutions, notamment au Parlement. C’est une volonté qui va au-delà de celle du Président de la République. Le gouvernement fera des propositions à l’Assemblée nationale et je souhaite qu’elle puisse nous suivre dans ce domaine.

Q : Et avec un engagement fort de la part du Chef de l’Etat ?

AO : Mon engagement est connu. Ce que j’ai fait jusqu’à présent par rapport à la place des femmes dans mon gou vernement, mon parti montre qu’il y a, même si ce n’est pas à 50 %, une bonne évolution. Et cette évolution doit se poursuivre. Je pense que c’est dommage que cette évolution n’ait pas été plus rapide. Moi, j’ai cette opportunité. Donnez-moi l’occasion en 2015.

Q : Cela devient du chantage, M. le Président… (Rires).
Nous allons consacrer les 5 dernières minutes de cette émission à la diplomatie. On a vu l’élection présidentielle au Mali. Le 1er tour, en tout cas, s’est très bien passé. Vous vous êtes, en qualité de Président de la Cedeao, investi dans le règlement du conflit. Considérez-vous cela comme une victoire de la diplomatie ivoirienne ? Son retour au premier plan ?

A O : C’est d’abord la victoire des Maliens. Je pense qu’ils se sont ressaisis et ont eu le soutien de la CEDEAO, de la communauté internationale. Ces élections n’étaient pas évidentes. Je suis particulièrement heureux qu’elles se soient déroulées dans la paix. Maintenant, le second tour a lieu dimanche prochain. Je souhaite que les Maliens fassent un choix qui leur permette de sortir définitivement de cette crise et surtout d’unifier le Mali. Mais, à mon humble avis, j’ai eu à le dire aux différents candidats, c’est que le prochain Président malien sera à nouveau un Président de transition. Il faudrait que la personne qui sera élue travaille avec tout le monde, y compris le Nord du Mali, qui avait rompu à un moment donné. Le Mali a besoin d’abord de restaurer son unité, la confiance entre les Maliens et bien sûr cela s’accompagne dans la gestion économique nécessaire pour améliorer le quotidien des Maliens. Je connais les deux candidats qui sont au deuxième round et j’ai confiance que l’un comme l’autre aidera grandement son pays.

Q : Parlant de diplomatie, monsieur le président, vous avez fait le tour du monde, il ne vous reste qu’à visiter l’Australie.

AO : C’est pour cela qu’on m’appelle Magellan.

Q :: Maintenant que vous le savez, c’est parfait. Alors, quelle est aujourd’hui la place de la Côte d’Ivoire sur la scène internationale ?
AO : Vous savez, il y a un diplomate qui m’a indiqué une expression qui est vraiment intéressante. Il me dit, maintenant, la Côte d’Ivoire est sur la carte du monde. C’est quand même important. Il m’a dit, avant, votre pays n’existait pas. Ces nombreux voyages qui sont quand même épuisant pour moi, m’ont aidé à faire connaître notre pays. Quand on a fait le point, je me suis rendu compte qu’il n’y a pas eu de président qui se soit rendu à la Maison Blanche depuis pratiquement un demi siècle. Israël est un pays ami, il n’y avait pas eu de président ivoirien qui ait visité Israël depuis un demi-siècle. Quand je suis allé en Arabie Saoudite, au Qatar, aucun président ivoirien n’avait visité ce pays. Et je pourrais continuer. Quand j’ai été reçu par la chancelière allemande Angela Merkel, c’était quasiment la première fois depuis quarante ans qu’un Chancelier ou une chancelière reçoit un président ivoirien. Je pourrais continuer. Ce sont donc, des voyages qui étaient importants. D’abord, c’est une reconnaissance du rôle, de la place de la Côte d’Ivoire. C’est aussi un encouragement à faire en sorte que nous ayons un rôle de leadership plus accru. Beaucoup considèrent que la Côte d’Ivoire a un rôle régional qui n’était pas assumé et que maintenant nous assumons. C’est vrai que la présidence de la CEDEAO nous aide en cela mais au-delà, la Côte d’Ivoire, c’est une terre d’hospitalité. Nous avons 20 à 25 % des populations des pays voisins. Et la réalité, le gouvernement était en froid avec tous ses voisins ressortissants de populations vivant ici. Il fallait restaurer la confiance entre la Côte d’Ivoire et les autres pays d’abord de la sous-région, assumer le rôle de leadership qui est le nôtre sur le continent africain, enfin mettre la Côte d’Ivoire sur la carte du monde. J’ai contribué un peu à cela. Cela m’a demandé beaucoup de voyages, mais il y a eu une contrepartie positive pour le pays avec toutes ces visites des personnalités de telle ou telle région, de tel ou tel pays ici. Les visites d’Etat du Roi du Maroc, du président du Nigéria, du président du Liban. Tout cela, ce sont des premières littéralement. Le retour de la BAD également montre que la sécurité est maintenant là. Mais au-delà, nous devons aussi nous dire que nous avons une responsabilité en tant que Côte d’Ivoire. Nous sommes dans des unions comme l’union du Fleuve Mano, la CEDEAO, l’UEMOA. Nous devons être plus ouverts. Je crois que l’Ivoirien est généreux. La Côte d’Ivoire est une terre hospitalière. Nous devons, à chaque instant, surtout, aujourd’hui, jour du 53ème anniversaire de l’Indépendance, reprendre l’Hymne national, le relire et voir dans les refrains, ce que les pères fondateurs nous ont dit. Ils ont dit que la Côte d’Ivoire est une terre d’hospitalité et que nous devons être un pays modèle. Et que nous devons faire en sorte d’être un modèle pour l’humanité. C’est donc cela que je voudrais souhaiter à mes compatriotes en leur disant bonne fête. Bonne fête de l’Indépendance.
Je vous remercie.


Récueillis par Y. Sangaré
Jean-Claude Coulibaly
Cissé Anzoumana
Thiery Latt
Coulibaly Zoumana
In Le Patriote
Vendredi 9 Août 2013
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La Dépêche d'Abidjan



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