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Il y a 1 an, la France recolonisait la Côte d’Ivoire: D’un simple contentieux électoral à une guerre dévastatrice


La grave crise post-électorale qu’a connue la Côte d’Ivoire a ceci de paradoxal qu’il s’agit à l’origine d’un simple contentieux électoral, comme on en a connu dans beaucoup de pays au monde, qui s’est transformé en une guerre par la seule volonté de la France qui ambitionnait de recoloniser le pays.
11 avril 2011-11 avril 2012. Cela fait exactement un 1 an que la Côte d’Ivoire est redevenue une colonie française dans les faits. Même si, sur le papier, elle est indépendante depuis 1960. Et si l’on demandait de résumer le drame ivoirien en quelques mots, l’on dirait : d’un simple contentieux électoral à une guerre de la France contre la Côte d’Ivoire. Car il s’agit bel et bien d’un simple contentieux électoral qui aurait pu être réglé pacifiquement si tout le monde avait la volonté de le régler pacifiquement. Plusieurs autres situations du même genre ont été réglées sans trop de dommages. Mais, les dirigeants français, qui étaient en première ligne, avaient un autre agenda, à savoir ramener définitivement la Côte d’Ivoire dans le pré-carré français dont elle semblait s’écarter sous l’impulsion de Laurent Gbagbo.
En effet, après plusieurs reports dus à la partition du pays, la France, se servant abusivement de l’Onu, contraint le président Gbagbo à organiser l’élection présidentielle en 2010. Et pourtant la partie nord du pays était toujours sous l’emprise d’une rébellion armée, principal soutien d’Alassane Dramane Ouattara. Le premier tour de cette élection a lieu le 31 octobre 2010 avec 14 candidats, dont trois principaux : le président Laurent Gbagbo, lui-même candidat à sa propre succession, Alassane Dramane Ouattara, candidat du Rassemblement des Républicains (Rdr) et de la rébellion, et Henri Konan Bédié, candidat pour le compte du Pdci. Le président Gbagbo arrive en tête à l’issue du premier tour avec plus de 38% des voix. Il est suivi par Alassane Dramane Ouattara avec un peu plus de 34%. Henri Konan Bédié vient en troisième position avec 25%.
Le deuxième tour oppose bien évidemment le président Gbagbo à Ouattara le 28 novembre 2010. C’est alors que les rebelles vont brutalement entrer dans la danse. Les partisans de Gbagbo dans le nord sont chassés des bureaux de vote. Pourchassés, ils sont empêchés de suivre le déroulement du vote dans la moitié nord du pays. Il y a eu des blessés graves. Le terrain ainsi déblayé, les partisans de M. Ouattara vont procéder au bourrage des urnes sous le regard des observateurs internationaux dont certains sont même molestés pour avoir voulu assister au comptage des voix dans les bureaux de vote. Le jeu électoral est alors dévoyé par la rébellion dans cette partie de la Côte d’Ivoire. Résultat : Ouattara a obtenu la quasi-totalité des voix dans le nord du pays. Le président Gbagbo n’a même pas eu droit au tiers des voix qu’il avait pourtant obtenu dans cette même zone.

Les rebelles faussent le jeu électoral

Mais, malgré cette fraude à grande échelle et à visage découvert, les premiers résultats qui tombent sur le bureau de la Commission électorale indépendante (Cei) donnent Laurent Gbagbo largement en tête. Cette fraude, faut-il le rappeler, a été largement dénoncée par l’ensemble des observateurs internationaux, en dehors de ceux de l’Union européenne. Au nombre de ces rapports, celui des observateurs commis par l’Union africaine conduits par l’ancien Premier ministre togolais Joseph Kokou Kofigoh. Ce rapport indiquait clairement que le jeu électoral avait été totalement faussé dans le nord du pays et qu’il importait que les institutions en charge des élections en tiennent compte. A mesure que la Cei annonçait les résultats qui tombaient sur son bureau, l’écart se creusait entre le président Gbagbo et Ouattara. C’est alors que la panique gagne le Rhdp, la coalition qui soutenait le candidat du Rdr et de la rébellion. Cette coalition met alors en branle sa machine de fraude au sein de la Cei sous la houlette de Bamba Yacouba, porte-parole de ladite institution.
Alors que le règlement intérieur de la Cei exige que les résultats qui tombent sur le bureau doivent être consolidés par l’ensemble des commissaires avant d’être rendus publics sur les antennes de la télévision nationale, le sieur Bamba Yacouba va s’évertuer à publier des résultats à l’insu des autres commissaires. Bien évidemment, ces résultats sont manipulés au profit de Ouattara. Interpellé la première fois par ses collègues, Bamba Yacouba se confond en excuses et jure de ne plus recommencer. L’on croyait alors qu’il s’était assagi. Que non ! Le lendemain, il reprend sa basse manœuvre.

Youssouf Bakayoko met le feu et se met à l’abri en France

Mais, au moment où il s’apprêtait à diffuser d’autres résultats frauduleux non consolidés par l’ensemble des commissaires, il est pris la main dans le sac par deux de ses collègues : Damana Pickas et Tokpa Veh. Ces derniers l’en empêchent et lui arrachent devant les cameras la copie des résultats frauduleux qu’il voulait diffuser. Nous sommes alors le mardi 30 novembre 2010, avant dernier jour du délai constitutionnel imparti à la Cei pour proclamer les résultats provisoires. En effet la Constitution indique donne trois jours francs à la Cei pour donner les résultats provisoires. Faute de quoi elle transmet le dossier au Conseil constitutionnel, juge de l’élection présidentielle. C’est à cette institution seule que revient le droit de donner les résultats définitifs après examen des éventuelles réclamations des candidats.
Le mercredi 1er décembre 2010, à 23h 45, le président de la Cei, Youssouf Bakayoko, apparaît sur les écrans de la télévision nationale. Il donne quatre informations majeures : il annonce que l’incident provoqué la veille par le sieur Bamba Yacouba est clos ; que les travaux de la Cei vont reprendre. Que son institution était incapable de proclamer les résultats provisoires parce qu’elle n’avait pas encore achevé le regroupement des résultats venant de l’intérieur du pays et de l’étranger. Enfin, et surtout, M. Bakayoko déclare avec fermeté «n’avoir donné aucun résultat à qui que ce soit». Nous étions alors à 15 min du délai constitutionnel accordé à la Cei pour donner les résultats provisoires. Jusqu’à minuit, évidemment, le Cei n’a pu proclamer de résultats provisoires. Les regards des Ivoiriens étaient dès lors tournés vers le Conseil constitutionnel qui était désormais la seule institution habilitée à donner les résultats.
Le jeudi 2 décembre 2010, alors que son institution est forclose et que les Ivoiriens regardent désormais du côté du Conseil, le président de la Cei est aperçu, à 17 h, au quartier général du candidat Ouattara situé à l’hôtel du Golf, et, devant les médias étrangers, il va proclamer les résultats donnant Alassane Ouattara vainqueur. Après son forfait, Youssouf Bakayoko disparaît comme par enchantement. On apprendra quelques heures après qu’il a embarqué le même soir sur un avion en direction de Paris, la capitale française. Curieuse attitude tout de même du président de la Cei.
Evidemment, de tels résultats forcément frauduleux ne pouvaient être pris au sérieux par les populations ivoiriennes pour diverses raisons. D’abord au niveau de la forme. Les conditions dans lesquelles ces résultats ont été annoncés portent en elles-mêmes les germes de leur rejet. D’une part, le règlement intérieur de la Cei indique que les résultats provisoires sont annoncés par le président de la Cei en présence de l’ensemble des commissaires qui l’entourent. Ceci montre que ces résultats ne souffrent d’aucune contestation au sein même de la Cei. D’autre part, ces résultats sont annoncés exclusivement au siège de la Cei et devant la télévision nationale. Car la question de l’élection touche fondamentalement la souveraineté du pays.
Dans le cas d’espèce, Youssouf Bakayoko a annoncé ses résultats seul, à l’insu des autres commissaires qui, eux, l’attendaient au siège de leur institution. Mais ce n’est pas tout ! Youssouf Bakayoko a annoncé ses résultats dans le Qg d’un candidat, notamment Alassane Damane Ouattara. C’est un fait inédit dans le monde. Et ceci est inacceptable du point de vue de l’éthique et de la morale.
C’est donc tout naturellement que les Ivoiriens ne sont pas intéressés par de tels résultats dénués de toute crédibilité. Ils ont donc attendu tranquillement que le Conseil constitutionnel, qui s’était déjà autosaisi du dossier conformément à la Constitution, proclame les seuls vrais résultats. Lesquels donnaient Laurent Gbagbo vainqueur avec plus de 51%. Ainsi naquit le contentieux électoral par la seule faute du président de la Cei.
Les jours qui suivirent, Laurent Gbagbo prêtait serment devant le Conseil constitutionnel au palais présidentiel pendant que Alassane Ouattara prêtait simultanément serment à l’hôtel du Golf. La Côte d’Ivoire se retrouvait alors avec deux présidents de fait.
Mais plutôt que d’opter pour un règlement pacifique du contentieux, une certaine communauté internationale, conditionnée par la France, opta pour la guerre. Et quand bien même Laurent Gbagbo proposa le recomptage des voix par un comité international, il fut tourné en bourrique. Le comité mis en place par l’Union africaine s’est finalement contenté d’avaliser la position de la France portée par la Cedeao et qui consistait à dire que Ouattara devait être reconnu comme vainqueur du scrutin du 28 novembre 2010. C’est donc dans cette ambiance surchauffée et de méfiance totale que les rebelles, qui n’avaient jamais désarmé, lancent leur offensive appuyée par les forces françaises et des Nations unies à la fin de mars 2011.

Boga Sivori in Notre Voie
bogasivo@yahoo.fr


Jeudi 12 Avril 2012
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