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INTEGRAL - L'interview de Nicolas Sarkozy après sa garde à vue : "Il y a eu une volonté de m’humilier"


INTEGRAL - L'interview de Nicolas Sarkozy après sa garde à vue : "Il y a eu une volonté de m’humilier"
Gilles Bouleau : Bonsoir Monsieur le Président

Nicolas Sarkozy : Bonsoir

Jean-Pierre Elkabbach : Bonsoir monsieur le président, bonsoir Nicolas Sarkozy

GB : Depuis plus de deux ans, vous avez quitté l’Elysée et vous n’avez accordé aucune interview. Pourquoi avoir accepté de répondre ce soir aux questions de TF1 et d’Europe 1 ?

Parce que j’ai estimé que la situation était suffisamment grave pour que je dise aux Français ce qu’il en était de l’instrumentalisation politique d’une partie de la justice aujourd’hui.
Dans notre pays, qui est le pays des droits de l’Homme et de l’Etat de droit, il y a des choses qui sont en train d’être organisées et les Français doivent les connaître et, en leur conscience et en toute liberté, doivent juger de ce qu’il en est. Et je veux dire cette vérité.
Et puis il y a une deuxième raison… c’est que tout est fait pour donner de moi, l’image qui n’est pas conforme à la vérité. Je veux dire à ceux qui nous écoutent et qui nous regardent que je n’ai jamais trahi leur confiance… que jamais je n’ai commis un acte contraire au principe républicain ou à l’Etat de droit.
Il était venu le temps pour moi de m’expliquer, de prendre la parole et la nuit dernière, qui me fut réservée, m’a convaincu de la nécessité de le faire ici et maintenant.

JPE : Comment vous réagissez auprincipe et à la longueur de la garde à vue. Elle a été exceptionnelle : 15-16 heures avec les policiers. Vous étiez sans avocat. Quelle est votre réaction ?

C’est très simple : je suis profondément choqué de ce qui s’est passé. Je ne demande aucun privilège. Et si j’ai commis des fautes, j’en assumerai toutes les conséquences. Je ne suis pas un homme qui fuit ses responsabilités. Mais enfin, j’en appelle à la conscience de chacun, de chacun de nos compatriotes : est-il normal que je sois écouté dans mes conversations les plus intimes depuis le mois de septembre de l’année dernière ?

GB : dans le cadre d’une procédure judiciaire…

Que je sois écouté, que les conversations qui sont les miennes, avec mon avocat, soient écoutées et diffusées en violation de tout secret de l’instruction par des journalistes, des médias.
Est-il normal que je sois placé en garde à vue pendant 15 heures sous la surveillance, d’ailleurs, de policiers qui ont remarquablement fait leur travail, à qui, bien sûr, je n’ai rien à reprocher. Mais ne pouvait-on pas me convoquer pour que je réponde aux questions des juges ? Devais-je absolument avoir rendez-vous avec les deux dames qui m’ont donné rendez-vous à deux heures du matin cette nuit, après 14 heures d’interrogatoire par les policiers ?

JPE : Donc il faut bien expliquer aux Français qu’il y a eu d’abord les 16 heures avec les policiers, et à partir d’une heure, deux heures du matin, pendant deux heures, une interrogation par deux juges…

(Nicolas Sarkozy coupe Jean-Pierre Elkabbach) Il y a eu une volonté de m’humilier en me convoquant sur le statut de la garde à vue qui n’est pas un statut normal. Monsieur Cahuzac, le ministre du Budget de monsieur Hollande, qui était en charge de la lutte contre la fraude fiscale et à qui on a découvert un compte en Suisse, n’a pas fait une seconde de garde à vue.
Je ne le suis… (il se reprend) je ne lui souhaite pas, mais je considère qu’il est anormal que moi, qui ai un casier judiciaire vierge, depuis le temps qu’on cherche des comptes dans tous les pays que j’aurais détenus et qu’on en n’a jamais trouvé, et pour cause… Est-il normal d’être traité comme ça ? Devais-je absolument être emmené sous la conduite de cinq policiers, dans un véhicule de police, pour rencontrer ces deux magistrates à deux heures du matin ? Ne pouvaient-elles pas me convoquer ?

JPE : Est-ce que vous pensez que les chefs d’accusation contre vous étaient déjà anticipés ? Qu’elles avaient décidé avant de vous voir ?

Écoutez, ces chefs d’accusations sont grotesques. Et je vais vous en donner la preuve : lorsque je suis arrivé après quatorze heures d’interrogatoire par les policiers, je ne connaissais pas le dossier. J’ai accepté de répondre à toutes les questions, scrupuleusement. Ça a donné 45 pages au procès verbal qui était à la disposition des juges. Je me suis assis dans le fauteuil en face à ces deux dames, juges d’instruction…Elles m’ont signifié, sans même me poser une question, trois motifs de mise en examen, avant même d’avoir répondu à quoi que ce soit.
Est-il normal par ailleurs qu’on choisisse pour instruire une affaire, où mon nom est cité, et j’y reviendrai, un magistrat qui appartient au syndicat de la magistrature ?
GB : comme un tiers des magistrats… comme un tiers des magistrats qui appartiennent au syndicat de la magistrature… Un autre tiers appartient à un syndicat orienté à droite… mais cela ne la disqualifie pas a priori…

Je ne pense pas que 68 millions de justiciables aient reçu la lettre que j’ai reçu le 2 mai 2012, à la veille de l’élection présidentielle, du même syndicat de la magistrature. Je vous en lis un bref extrait. Le syndicat de la magistrature, sous la voix de son président m’écrit : "qui plus que vous monsieur Sarkozy aura davantage violé la séparation des pouvoirs, dégradé la loi, travesti la réalité judiciaire, dénigré le travail des professionnels de la justice ? En réalité, poursuit le syndicat de la magistrature, tout au long de votre double quinquennat, vous n’avez cessé d’affaiblir l’autorité judiciaire et d’attiser la haine de la Justice, du moins êtes-vous parvenu à diffuser la votre". Et conclusion, "nous avons décidé", dit le syndicat de la magistrature… (coupé par Gilles Bouleau)

GB : c’est vous-même qui les aviez traités de petits pois… Vous les aviez traités de petits pois en disant "ils sont quantité négligeable".

JPE : Là on assiste à la revanche des petits pois…

La revanche, lorsqu’on est magistrat et que l’on doit instruire à charge et à décharge, c’est la violation d’un principe du droit fondamental. Tout justiciable a le droit à un juge impartial. Je demande à ceux qui nous écoutent ou nous regardent : qui aimerait, pour avoir à trancher un différent entre lui et la Justice, en face de lui un magistrat dont l’obsession politique est de détruire la personne contre qui il doit instruire à charge et décharge ? (coupé par Jean-Pierre Elkabbach)

JPE : Ce soir est-ce que vous demandez, est-ce que vous réclamez de nouvelles juges, moins militantes selon vous ?

GB : …le dessaisissement de cette femme juge ou de sa consœur, madame Simon ?

Pardon de le dire, mais il est tout à fait invraisemblable qu’il se soit trouvé des magistrats pour nommer, pour s’occuper d’une affaire où mon nom est cité, un magistrat appartenant au Syndicat de la magistrature quand on connait son engagement.

GB : Ceux qui vous ont mis sur écoute, ce ne sont pas ces deux femmes juges. Ce sont d’autres juges qui n’appartiennent pas au Syndicat de la magistrature.

S’agissant de ma mise sur écoute, les Français doivent la comprendre. J’ai été mis sur écoute en septembre 2013, pour des faits supposés d’argent versé par monsieur Kadhafi … absurdes… en 2007, qu’espérait-on recevoir de ces écoutes ? Que monsieur Kadhafi, d’où il est, me téléphonât ?

JPE : Vous n’avez pas répondu, est-ce que vous voulez que de nouveaux juges … (coupé par Nicolas Sarkozy)

Je vais bien sûr répondre. Est-il normal, alors qu’il n’y a aucun indice grave et concordant contre moi… vous pensez-bien monsieur Bouleau que si on avait trouvé un compte ou un virement de monsieur Kadhafi, vous en auriez été informé avant moi. Est-il normal qu’on poursuive les écoutes, sur l’ancien chef de l’État, qui pourra demain avoir des responsabilités d’opposition ?
Je vous pose une question à mon tour, avant de répondre à la votre : imaginez qu’à l’époque où je fus président de République, monsieur François Hollande ait fait l’objet des mêmes écoutes ? Vous imaginez le scandale ? Est-ce que c’est parce que c’est moi que tout doit être permis, autorisé ?
Le bâtonnier des avocats de Paris, et les avocats, sont révulsés à l’idée que l’on puisse écouter les conversations entre mon avocat et moi, un peu comme si on écoutait les conversations entre chaque Français et son médecin, par la sécurité sociale…

JPE : A plusieurs reprises, vous avez dit : "on a nommé, on a décidé, on a choisi tel ou tel juge…" Est-ce que le président Hollande et son gouvernement, dans les affaires judiciaires qui vous concernent, sont des spectateurs ou des acteurs ?

Il y a une instrumentalisation de la justice, les choses sont claires. Madame Taubira, garde des Sceaux, sur le plateau de monsieur Bouleau, a été convaincue de mensonge lorsqu’elle a dit : "je n’ai jamais eu connaissance des écoutes des conversations de monsieur Sarkozy". Vous avez prouvé qu’elle avait menti. Vous savez comme moi que monsieur Valls a menti lorsqu’il était ministre de l’Intérieur. D’ailleurs, je suis très étonné. Ce matin même, monsieur Valls dit : "les faits qui sont reprochés à Nicolas Sarkozy sont très graves". Mais qu’en sait-il ?

GB : Vous pensez qu’il connait le dossier ?


A moi de poser la question ! Qu’en sait-il ? A-t-il eu les juges au téléphone ? Lui a-t-on fait un rapport ? Il aurait dû dire "les faits supposés, reprochés à monsieur Sarkozy". Monsieur Sapin, ministre des Finances, a déclaré dans une interview récente, stupéfiante de sincérité : "Sarkozy, mais on va s’en occuper ! " Quant à monsieur Hollande, ses collaborateurs se sont livrés à une exploitation éhontée de mes archives, en violation de toutes les règles républicaines, qui ont été consultées sans que l’on m’en demande l’autorisation, distribuées à toute personne qui les voulait. Le directeur des services informatiques de l’Elysée a été licencié au motif – a-t-il dit – qu’il refusait d’examiner le disque dur de mon ordinateur.

GB : Demandez-vous le désistement de ces deux magistrates, ou pas ?

J’aurai l’occasion de prendre un certain nombre d’initiatives. Parce que voyez-vous, envers et contre tout, je crois dans l’honnêteté et l’impartialité des magistrats dans notre pays.

JPE : Mais pas celles là ?

Ne confondons pas une minorité militante et les magistrats. J’aurai l’occasion de faire valoir mes droits en la matière. Je ne demande aucun avantage particulier.

JPE : On dit : "il ne veut pas être traité comme un citoyen normal". Êtes-vous traité comme un justiciable normal ?

Avez-vous vu quelqu’un dire ça ? Cela n’a pas de sens monsieur Elkabbach. Je ne demande aucun droit particulier. Je ne veux aucun avantage, mais je vous rappelle que j’ai été interrogé dans le cadre de l’affaire dite Bettencourt, qui a été serinée pendant deux ans, et notamment au moment de la présidentielle, aux oreilles des Français. J’ai eu un non-lieu. J’ai été lavé de toute accusation. Savez-vous que j’ai accepté, et enduré, 22 heures d’interrogatoire. Dans l’affaire dite Karachi, dix ans d’enquête menée par monsieur Van Ruymbecke, aboutissent au fait que mon nom, et tout ce que j’aurais pu faire, est complètement reconnu comme totalement étranger. Qui en parle ? Je ne suis pas un justiciable au-dessus des lois, mais je ne suis pas décidé à accepter être en dessous de la loi.

GB : Dans ces écoutes, on entend clairement votre avocat, Me Herzog, être en contact avec un haut magistrat de la cour de Cassation. Vous le saviez, ne vous êtes-vous pas dit : "on a franchi la ligne jaune, ce que je fais relève du droit pénal" ?

Si je comprends bien, dans notre pays aujourd’hui, sous le mandat de monsieur Hollande, être magistrat et de gauche, c’est un élément parfaitement démocratique. Être comme monsieur Azibert, un haut magistrat de la cour de Cassation, partageant les idées politiques de la droite, c’est le premier indice de la corruption.

GB : Mais il ne parlait pas de dîners en ville, il parlait de votre dossier monsieur le président !

C’est scandaleux ! Parlons du fond du dossier. Monsieur Azibert était candidat à un poste à Monaco. Il ne l’a pas eu. Mon avocat, Thierry Herzog, m’a demandé si je pouvais me renseigner pour faire une démarche auprès de Monaco. Je n’ai pas fait cette démarche, c’est dans le dossier, c’est prouvé. Le palais de Monaco a indiqué qu’il n’y a eu aucune démarche en faveur de monsieur Azibert. Et par ailleurs, il existe une écoute - qui elle n’a pas fuité dans la presse, on se demande bien pourquoi… - où je dis à Thierry Herzog : "non, je ne ferai pas l’intervention". Et enfin, la décision de la cour de Cassation, que j’attendais positive, fût négative. Résumons le dossier sur le fond : monsieur Azibert n’a rien obtenu, je n’ai pas fait de démarche et j’ai été débouté par la cour de Cassation. Où est le trafic d’influence ? Où est la corruption ? Qui a corrompu, et pour quel objet ? C’est scandaleux, et d’ailleurs ces motifs ont été retenus dans le seul souci de la continuation d’humilier, de m’impressionner, de m’empêcher, de me diffamer.

JPE : Vous demandez leur nullité ?

Bien sûr, je ne demande pas leur confirmation.

JPE : Vous prenez les Français à témoin. Voulez-vous passer pour une victime d’un système qui ne fonctionne pas en matière de justice, et même politique ?

Je suis seul, avec le soutien – fort heureusement et je les en remercie ce soir – de millions de gens qui ont voté – ou pas – pour moi et qui sont scandalisés de ce qui s’est passé. Que puis-je faire, si ce n’est prendre les Français à témoin ? Je vous le dis bien dans les yeux : je n’ai rien à me reprocher ! Vous m’entendez ? Rien !

JPE : Ni là ni dans d’autres affaires ?

Ni là ni dans d’autres affaires. Cela fait 35 ans que je fais de la politique. Jamais aucun responsable politique n’a été autant examiné par des magistrats, des policiers. Aujourd’hui, il y a peut être une vingtaine de magistrats qui s’occupent de moi, des dizaines de policiers, et je suis écouté dans tous mes téléphones depuis plusieurs mois. On ne trouve rien. On ne trouvera rien.

JPE : Est-ce qu’on ne trouvera rien dans l’affaire Bygmalion ?


Je vais vous répondre. Je prends les Français à témoin parce que quand on n’a rien à se reprocher, quand on a son innocence et la certitude de son innocence, on n’a pas peur de s’expliquer. Cette campagne a été vérifiée dans tous les sens, avec un soin qui n’avait rien d’amical, par la commission des comptes de campagne et par le Conseil constitutionnel. Les Français doivent savoir que lorsque le Conseil constitutionnel, pendant plusieurs mois, a examiné les comptes de ma campagne, quand mon équipe de campagne a oublié d’inscrire le plateau-repas d’un chauffeur d’une des voitures, il l’a réintroduit. Ils ont conclu que nous avions dépassé, sur un budget de 21 millions, de 400.000 euros. En vertu de quoi, pour la première fois dans l’histoire de la République, alors que j’avais rassemblé sur mon nom près de 19 millions d’électeurs, nous n’avons pas eu un centime de remboursement !
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Vendredi 4 Juillet 2014
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1.Posté par Akossia Pierre le 05/07/2014 16:43 | Alerter
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Comme disent les ivoiriens, même si tu es humilié " y a quoi ? " Tu as mis tout un pays dans la violence surdimensionnée, tu es qui pour faire cela ?

Ton malheur est notre joie, monsieur Sarkozy !

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