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En conférence de presse à Korhogo, hier Alassane Ouattara : « Je n’ai aucune raison de vouloir prendre contact avec Gbagbo » « Je souhaite qu’il y ait un maximum de liberté provisoire »

Alassane Ouattara a répondu aux questions de la presse. A l’issue de sa visite d’Etat dans le District des savanes, le chef de l’Etat a animé une conférence de presse, lundi 8 juillet 2013, à la résidence présidentielle de Korhogo. Nous vous proposons de grands extraits de ces échanges.


En conférence de presse à Korhogo, hier Alassane Ouattara : « Je n’ai aucune raison de vouloir prendre contact avec Gbagbo » « Je souhaite qu’il y ait un maximum de liberté provisoire »
Lance Touré (Le Nouveau Réveil) : Monsieur le président, lors de votre meeting de clôture, en vous adressant aux membres du gouvernement, vous avez dit qu’on ne change pas une équipe qui gagne. Est-ce que cela voudrait dire qu’il n’y aura pas de remaniement comme l’annonce la rumeur ?
Deuxièmement, vous vous portez candidat à votre propre succession. Vous l’avez annoncé au cours de cette visite dans les Savanes. Quand on sait que vous êtes membre d’une alliance qui est le Rhdp, souhaiteriez-vous que vos alliés vous soutiennent dès le premier tour ou que vous alliez à ces élections en rangs dispersés au premier tour et au second tour, aller en rangs serrés comme ce fut le cas aux dernières élections présidentielles à la suite desquelles vous avez accédé à la magistrature suprême ?


Alassane Ouattara : Je vous remercie. C’est évident qu’on ne change pas une équipe qui gagne. Cela veut dire ce que ça veut dire. Je n’ai pas besoin de faire d’autres ajouts. L’équipe fait du bon travail. Donc, il n’y a pas nécessité de changer d’équipe.

Par rapport à ma candidature, j’ai expliqué les circonstances puisque nous avons malheureusement perdu une année littéralement avec la crise post-électorale. J’avais proposé à mes concitoyens un programme sur cinq (5) que j’espérais avoir bien amorcé ou quasiment terminé. Je me rends compte que la situation est fortement détériorée et que j’ai besoin de plus de temps. Donc, c’était tout à fait logique que j’annonce que je briguerai un second mandat. Ceci étant, bien évidemment, il appartiendra à chaque parti de prendre la décision qui lui convient. Je n’ai pas de commentaire à faire sur cela. J’espère que mon parti d’origine me soutiendra pour ma candidature.

Abel Doualy (Fraternité Matin) : Vous appelez les populations au pardon et à la réconciliation, mais les populations rétorquent que la réconciliation doit plus se faire au niveau des politiques car les populations le sont déjà. Qu’en pensez-vous ?

A.O : Je pense que ce n’est pas totalement faux. Je pense que nous avons tous des parents dans les différents quartiers d’Abidjan et que fondamentalement, les populations ont retrouvé la normalité de vivre ensemble dans les cours communes. Les enfants vont à l’école ensemble. Les femmes sont au marché ensemble et quand il y a un problème, tout le monde se regroupe autour de la famille éplorée. Il n’y a pas de grandes difficultés. Il y en a toujours parce qu’il y a des personnes qui prennent plus de temps que d’autres.

Dans les régions c’est encore mieux. Moi, j’ai fait l’ouest, le nord-est et maintenant le nord. Il est clair qu’il n’y a pas de tensions. Les tensions sont tombées. Il n’y a pas de problème majeur, mais les politiques ont une orientation à donner à leur base. C’est pour cela que je lance cet appel de Korhogo parce que chaque parti politique doit s’engager dans ce processus. Certains l’ont fait, le Pdci et le Rdr ainsi que le Rhdp, ensuite de nombreux partis dans l’opposition sont en dialogue politique avec le Premier ministre et le gouvernement. Et je demande que tout le monde s’associe à ce processus. Ce n’est pas seulement l’affaire des politiques, mais l’affaire de tous les citoyens. Mais je peux vous dire également qu’il y a d’autres composantes que l’on oublie souvent. Ce sont les guides religieux et chef traditionnels qui également sont engagés à fond dans ce processus.

Alors, il ne faut pas que nous les politiques, on se fasse marginaliser (…). Je souhaite que pour les élections à venir, à partir de 2015, tout le monde y participe pour que la démocratie soit totale dans notre pays. Parce que au sortir du processus électoral, on peut dire qu’on n’est pas totalement engagé dans la démocratie. Je veux que la Cote d'Ivoire redevienne une démocratie moderne et modèle.

Lacina Ouattara (Le Patriote) : Vous ne cessez d’appeler le Front populaire ivoirien à prendre sa place dans le train de la paix et de la réconciliation nationale. Cependant, il ne répond toujours pas à vos appels. N’avez-vous pas l’impression au finish de prêcher dans le dessert ?


A.O : Je ne le pense pas. En matière de réconciliation, de rassemblement, il faut être toujours très positif. Moi, je suis de tempérament positif. Je pense qu’il y a du chemin. Il y a des choses qui se font. Imaginez-vous, le nombre de refugiés était au-delà de 300 000, il y a deux ans. Aujourd’hui, on a moins de 60 ou 70 mille. Donc, cela veut dire que cet appel que nous lançons partout où nous allons a commencé à être entendu. Il y a des personnalités, y compris des militaires, qui rentrent tous les jours de pays voisins, de l’Afrique. Je pense qu’il faut continuer et que le processus se déroule bien. Mais je souhaite que ça se déroule encore plus rapidement. C’est pour cela que je lance cet appel.

Saly Silué Konaté (Radio Côte d’Ivoire) : Abidjan a connu sa deuxième nuit dans le noir la semaine dernière. Lorsqu’on sait que la Côte d’Ivoire exporte plus ou moins de l’électricité vers les pays voisins, on se demande quel est problème ?


A.O : La question a été expliquée. Vous savez, nos installations sont vieilles. Il n’y a pas eu d’entretien durant des années, le système de transport de l’électricité demande à être rénové, réadapté. Et comme dans un moteur, il y a un grain de sable qui fait que tout s’arrête. Nous sommes confiants parce que nous avons commencé à rénover, à restructurer tout le circuit de distribution. Il y aura encore des pannes de ce genre. Ce n’est pas la dernière parce qu’il faudra encore une année pour finir. Nous avons un prêt important du gouvernement chinois, près de 400 millions de dollar pour la remise en état des lignes de distribution. Ce n’est pas une question de quantité de production de l’électricité. C’est un problème de circulation, si je puis m’exprimer ainsi, de la distribution. Il suffit qu’il y ait un problème dans le circuit de transport pour que tout puisse se gripper. Mais vous noterez quand même que nous avons augmenté la capacité de production, ces deux dernières années. Nous avons augmenté de près de 50%, je crois. Agreco vient d’ajouter 200 Mgw, il y a à peine deux semaines. Et nous continuerons jusqu’au barrage de Soubré. Il y a suffisamment d’électricité pour que nous puissions en vendre aux pays voisins. Il faut distinguer la question de la production de celle de la distribution. Nous y travaillons et je suis confiant que tout cela va continuer de se renforcer au cours des prochains mois.

Kra Bernard (L’Expression) : Monsieur le président, vous venez de boucler votre visite d’Etat dans le district des savanes, la plus longue d’ailleurs. Tout au long de votre périple, vous avez réitéré votre volonté de vous présenter à votre succession en 2015. Vous avez également appelé les populations à vous accorder leurs suffrages en 2015. Monsieur le président, est ce que le candidat Alassane Ouattara n’est pas en campagne avant l’heure, surtout que cela intervient dans le cadre d’une visite d’Etat ?

Avant le début de cette tournée, il y a la question de la légalisation du mariage homosexuel qui a défrayé la chronique après l’appui de la France à hauteur de 30 millions aux minorités sexuelles. Sur la question, des pays de la sous région ont déjà donné leur position. Monsieur le président, quelle est la position de la Côte d’Ivoire sur la légalisation du mariage homosexuel ?



A.O : Si vous estimez que c’est une campagne avant l’heure, tant mieux. Moi, j’ai pris des engagements auprès des populations. Je vais faire le point sur cet engagement, leur dire ce que j’ai fait et leur demander si cela leur convient ou voir s’il faut changer d’orientation, améliorer dans tel secteur que dans tel autre etc. Je continuerai de le faire, pas seulement dans le District des savanes, mais partout. Je vais vous faire remarquer que je n’ai pas besoin de faire campagne dans le District des savanes. Si je veux faire campagne, j’irai dans d’autres régions, pas ici. Ceci étant, le président de la République doit être proche des populations. Je ne suis pas de cette race de président moderne qui s’asseoit au palais pour recevoir les autres présidents comme si on était un roi ou un empereur. On peut le faire de temps en temps pour les questions essentielles, tel que je l’ai fait avec les ressortissants de l’Ouest. Mais j’irai chaque fois au contact des populations. Si vous l’avez remarqué, même à Abidjan, je ne reçois pas des groupes de populations des régions. Je veux aller dans toutes les régions. Je veux voir ce qui se fait sur le terrain. Je veux m’assurer que ce qui se fait est conforme aux engagements pris, que les ministres continuent d’être au travail et que le travail est bien fait.

Sur la question de la campagne avant l’heure, je voudrais dire qu’il y a des dispositions réglementaires pour la campagne. Ceux qui veulent être candidats, même veulent être en campagne à partir d’aujourd’hui, je trouve que c’est une bonne chose pour aller dire aux Ivoiriens ce qu’ils veulent faire. Ce serait d’ailleurs très bien. Dans des pays comme les Etats-Unis, la campagne dure tout le temps. Je ne me laisse pas émouvoir par ces règles que nous avons copiées. Je souhaite d’ailleurs qu’à l’avenir, nos pays s’approprient la manière de gérer nos propres Etats plutôt que de faire des copier-coller de tel ou tel pays tel que nous le faisons actuellement. Nous avons besoin d’être proches de nos populations. Nous sommes des pays en voie de développement où les pays sont pauvres et nous devons apprêter le réconfort et le soutien à nos populations.

Sur la deuxième question, je n’ai pas de commentaire particulier à faire. Nous avons des lois en Côte d’Ivoire, nous avons des traditions. La France fait ce qui est conforme à sa tradition, les Etats Unis aussi. La Côte d’Ivoire a ses propres traditions.

Sylla Arouna (Soir Info) : Monsieur le président, pendant l’étape de Tengrela vous avez promis de renforcer le budget du Ppu (Programme présidentiel d’urgence, Ndlr). Un Ppu qui construit des écoles, qui ouvre et réhabilite des voies, qui électrifie des localités…Que feront alors les Conseils régionaux, les Conseils municipaux qui viennent d’être d’installés et les Districts qui le seront prochainement?

A.O : Vous avez bien raison. Le Ppu et les Conseils régionaux travailleront ensemble. Il faudra une bonne coordination. Et, je vous signale aussi que nous aurons des Districts. Nous avons l’intention de regrouper les régions en District. Je pense que dans les savanes, nous avons trois régions qui constituent le District des savanes : le Poro, le Tchologo et la Bagoué. Donc, il y aura un gouverneur de District qui sera l’émanation du pouvoir exécutif. Tous ces ensembles doivent être bien coordonnés y compris les Directions régionales des ministères. Donc, on a un travail en cours de restructuration de l’administration pour qu’il n’y ait pas de perte de ressources humaines ou de ressources financières tout au long du processus. Nous sommes conscients de cette situation. Et vous avez bien raison de le noter. Le Ppu continuera et pourra continuer de régler les urgences, mais en coordination avec le gouverneur de District, les Conseils régionaux et bien évidemment, les préfets, sous- préfets. C’est sur toute la ligne que les choses doivent se faire. (…).

Lassina Sermé (APA News): Monsieur le Président, quel est le bilan que vous dressez des activités de la Cdvr, à trois mois de la date d'expiration du mandat de cette Institution?

A.O: La Cdvr fait un travail apprécié et appréciable par tous. Le rapport doit être rendu en septembre. Et à ce moment là, nous verrons les recommandations qui sont faites et quelles sont les décisions que nous devrons prendre.

(…).

Fabrice Tété (Le Temps) : Monsieur le président, on a suivi votre appel au dialogue lancé au Fpi. Mais, ce parti dit également qu’il est disposé à dialoguer avec vous sous certaines conditions, que vous posiez des actes forts, notamment la libération de quelques prisonniers politiques. Quel est votre commentaire ?

Est-ce que vous qui avez qualifié le Fpi, de parti courageux, aurez-vous le courage un jour de passer un coup de fil à votre frère Laurent ou d’aller le voir à La Haye ?

A.O : Je vous remercie. D’abord, je ne suis pas d’accord avec le terme de prisonniers politiques. Nous n’avons pas de prisonniers politiques en Côte d’ivoire. Nous n’avons pas de prisonniers pour délits de presse (…). Nous avons certes des prisonniers qui sont en attente de jugement et qui appartiennent quelquefois à des partis politiques.

(Deuxièmement). Ce n’est pas la même chose. Et je voudrais préciser une chose : vous savez, la crise postélectorale, il faut l’analyser sous l’angle de la légalité. Des élections ont eu lieu et il y a eu un certain nombre de difficultés. L’ancien président a souhaité attendre la décision de l’Union africaine. L’Union africaine a pris une décision le 11 mars 2011 et malgré cela, l’ancien président n’a pas dissout le gouvernement qui était en place. Donc toutes les instances internationales ont confirmé la décision de l’Union africaine. Parce que sa décision est au-dessus de la décision d’un Conseil constitutionnel national, si nous croyons à nos Institutions africaines et internationales. Maintenant, toute cette période du 11 mars au 11 avril 2011, les personnes qui sont restées au gouvernement ou qui ont posé des actes pendant cette période, ont violé les lois et la constitution ivoirienne et les engagements pris par la Côte d’Ivoire dans son appartenance à l’Union africaine. Donc, ce sont ces personnes qui, du fait de leurs actes, sont pour beaucoup en prison. C’est très important de le dire. Ils ont violé la loi et quand on viole la loi, normalement, on est traduit devant un tribunal. Maintenant, les libertés ont été données pour des personnes en attente de jugement.

Le gouvernement et notamment le ministre de la Justice ont considéré que certains cas pouvaient faire l’objet de liberté provisoire et ont saisi le procureur. Le procureur a fait ce qu’il avait à faire. Et un certain nombre de personnes sont en liberté provisoire. Pour ma part, je souhaite que ce processus continue parce que les faits étant liés, étant complexes, la justice estime dans certains cas où la liberté provisoire aurait été possible. Les évènements que nous avons vécus, notamment en août de l’année dernière, impliquaient certaines des personnes qui sont en prison et dès lors, la liberté provisoire n’était pas possible. Pour ma part, je souhaite qu’il y ait un maximum de liberté provisoire parce que cela contribue à l’apaisement. Mais si certaines personnes qui sont en attente de jugement continuent de poser des actes contre les Institutions et contre la sûreté de l’Etat, il va sans dire que ces personnes réduisent du coup leur chance d’obtenir la liberté provisoire.

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Mardi 9 Juillet 2013
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