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Dr Boga Sako, président de la FIDHOP met en garde : ‘’ LA CPI VA METTRE LE FEU EN CÔTE D’IVOIRE ’’

Bouillant défenseur des Droits de l’homme, Dr Boga Sako n’est pas un inconnu en Côte d’Ivoire. A la faveur de l’imbroglio électoral de novembre 2011, il s’est jeté dans l’arène pour expliquer de son point de vue, les tenants et les aboutissants de cette crise. Si ses sorties ont plu aux partisans de Laurent Gbagbo, elles ont provoqué le courroux des pro Ouattara. Entré dans la clandestinité depuis quelques mois, Boga Sako a accepté de donner sa première grande interview à votre hebdomadaire TRAIT D’UNION. Comme à son habitude, le défenseur des Droits de l’homme n’y va pas de main morte. Son franc-parler, il le met encore en exergue sur tous les sujets qui dominent l’actualité.


Dr Boga Sako, président de la FIDHOP met en garde :  ‘’ LA CPI VA METTRE LE FEU EN CÔTE D’IVOIRE ’’
Bonjour Président Boga où êtes-vous en ce moment et pourquoi on n’a plus revu votre silhouette à Abidjan ?


Bonjour, chers amis. Laissez-moi commencer par vous féliciter et vous encourager dans votre aventure de créer ce nouveau journal. Je présume que votre fraicheur apportera un sang nouveau et une dose supplémentaire de crédibilité et d’objectivité dans ce milieu en Côte d’Ivoire ; c’est ce que je vous souhaite. Je vis ! Dieu merci ! Tous ceux qui me voulaient mort ou qui le pensaient doivent déchanter ; car ils sont et ils seront toujours vaincus. Comme chacun de nous est en mission par le Divin sur cette terre, ma mission n’est pas encore achevée ; celle de dénoncer les injustices et de défendre les Droits de l’Homme. Je suis quelque part dans le monde ; mais je suis aussi en Côte d’Ivoire, puisque je surveille chaque jour les Droits de l’Homme dans notre pays. Après de nombreuses menaces sérieuses de mort contre ma personne, j’ai dû partir, pour sauver ma vie. J’ai donc obtenu un visa d’un pays européen et j’ai pris l’avion. Mais deux semaines avant mon départ, j’ai même assisté à la mi-mai, sur invitation du cabinet du Président Alassane OUATTARA, à la cérémonie solennelle de lancement des Journées de deuil national, au palais présidentiel.

Défenseur des Droits de l’Homme, l’on n’a pas forcement compris votre intrusion dans les débats politiques après les résultats du second tour, très polémiques ?

Je ne vais pas refaire de cours sur les Droits de l’Homme. Retenez simplement deux choses. La première, c’est que les Droits de l’Homme sont une matière plus politique que juridique. Il s’agit d’amener les gouvernants et tous ceux qui détiennent une parcelle de pouvoir, à l’exercer en privilégiant les droits des personnes : la vie et le bien-être des populations doivent être les priorités de toutes politiques. La deuxième raison, c’est que durant mes quinze ans de militantisme pour les Droits de l’Homme – je précise que j’ai commencé cette expérience passionnante en 1994, avec la LIDHO où j’ai milité pendant dix ans, en tant que président de la section de Bouaké – j’ai pu observer en Côte d’Ivoire, mais aussi dans plusieurs pays africains, que la question des Droits de l’Homme, leur protection et leur respect, est très liée à la vie sociopolitique du pays. Ainsi, lorsque le milieu politique se porte bien, c’est-à-dire, lorsque la démocratie est respectée, que la bonne gouvernance est appliquée, les Droits de l’Homme se trouvent respectés. Mais chaque fois que le pays connaît des crises politiques, tous les Droits de l’Homme sont en danger ; ils sont méprisés ou violés. Donc le lien entre la vie politique et les Droits de l’Homme est indéniable. C’est la raison pour laquelle j’ai créé en janvier 2008, avec des camarades, la Fondation Ivoirienne pour les Droits de l’Homme et la vie Politique (la FIDHOP). Dans le débat sur la crise postélectorale, j’étais condamné en quelque sorte à prendre position, puisque je suis l’un des principaux acteurs de la société civile ivoirienne qui ait élevé la voix, pour que cette présidentielle ait finalement lieu. Nous nous sommes battus pour que la date soit connue avant le 7 août 2010, souvenez-vous, et pour que cette date soit respectée. Ce que nous avons réussi. Malheureusement, nous n’avons pas réussi à ramener la paix dans le pays avec cette élection, or tel était le but initial. Cette guerre qui s’en est suivie, avec plusieurs milliers de morts, de disparus et de blessés à vie doit être vue comme un échec collectif des élites. Celui de la classe politique, mais aussi celui de la société civile. Et personnellement, j’en suis triste. Parce que je me dis, en tant qu’intellectuels ou cadres de notre pays, notre rôle à nous tous, est de nous mettre au service de notre communauté, chacun à son niveau, pour son épanouissement ; et non de l’assassiner. J’ai crié sur des chaines de télés et de radios, en Côte d’Ivoire et dans le monde, afin que l’on épargne à notre pays cette guerre ; mais nous n’étions pas nombreux à le faire. J’ai même porté plainte contre la CEDEAO, pour éviter l’ECOMOG. Mais hélas, les FRCI étaient déjà en route. Le résultat est là. C’est dommage !

Avec du recul, comment analysez vous les deux arrêts rendus par Yao N’Dré sur le ou les vainqueurs de la présidentielle de Novembre ?

Ce qui se passe dans notre pays est un cas de jurisprudence que les juristes du monde entier devront méditer sérieusement. De mon point de vue, c’est le deuxième arrêt du Conseil Constitutionnel, celui du 4 mai 2011, qui pose véritablement problème. Il m’apparait totalement en contradiction avec la Loi fondamentale ivoirienne, la Constitution, à plusieurs niveaux. D’abord, si vous le lisez bien et que vous le comparez à celui du 3 décembre 2010, vous remarquerez qu’il invoque et endosse des recommandations de la CEDEAO et de l’UA pour proclamer M. Alassane OUATTARA Président de la République de Côte d’Ivoire. Cependant, il ne dit nulle part que celui-ci est le vrai vainqueur de l’élection. Pourtant, dans la première décision, il a clairement dit que c’est M. GBAGBO qui était le vainqueur. Donc, M. OUATTARA serait-il Président sans avoir gagné l’élection présidentielle ? Les Ivoiriens, qui se sont mobilisés et ont massivement voté, ont le droit de connaître le vrai résultat. Il y a donc ici un goût d’inachevé et d’amertume pour la démocratie. Ensuite, selon l’Article 98 de la Constitution, les décisions du Conseil Constitutionnel sont sans aucun recours. C’est pareil qu’en France, avec l’Article 63 de la Constitution française. D’où vient alors qu’on recoure à des décisions de la CEDEAO ou de l’UA pour changer une décision capitale d’une institution d’un Etat souverain ? On a l’impression que le Conseil Constitutionnel a subi des pressions ; mais seuls les membres nous diront la vérité un jour. Selon moi, le seul recours démocratique acceptable aurait dû être un troisième tour du scrutin, afin que le peuple tranche ; car c’est le peuple seul qui donne le pouvoir en démocratie. L’option de la communauté internationale d’intervenir militairement est une grave erreur. Et M. Nicolas SARKOZY devrait personnellement en répondre un jour. Enfin, dans notre pays, lorsqu’un candidat est proclamé vainqueur de l’élection présidentielle et qu’il a prêté serment régulièrement, comme c’est le cas pour M. GBAGBO, le mandat qu’il doit exercer dure cinq ans. C’est l’Article 35 de la Constitution. Or, le Président Laurent GBAGBO n’est resté au pouvoir que pendant quatre mois. Que fait-on ? Au total, il faut plutôt se demander si notre pays est encore un Etat de droit. Parce que si ce sont les plus forts militairement qui doivent régner, alors nous aurons dit adieu à l’Etat de droit en Côte d’Ivoire !

Quelles sont alors selon vous les parts de responsabilité de la CEI et du conseil constitutionnel dans la crise post-électorale ?

Vous me faites répéter ce que j’ai toujours soutenu. La CEI dans sa composition actuelle est un nid à crabes. La classe politique y transpose ses combats politiques ou de personnes. Je persiste et je signe : après la présidentielle, la CEI doit être dissoute ; car, c’est parce qu’elle a failli qu’elle a permis au Conseil Constitutionnel de violer l’Article 64 du code électoral. Je suis donc choqué que le président de la CEI ait été félicité, alors qu’il n’a pas eu le courage de donner les résultats du scrutin dans le strict respect de la loi. Contrairement à M. Honoré GUIE qui l’avait pourtant réussi en octobre 2000, malgré les menaces des putschistes de l’époque. De même, je reste interdit devant le changement opéré à la tête du Conseil Constitutionnel, en violation flagrante de la Constitution. Je dis attention : le fait d’avoir gagné la guerre ne doit pas conduire le nouveau régime à fouler aux pieds la Constitution de notre pays. A moins de nous dire qu’il s’agit bel et bien d’un coup d’Etat et donc que la Constitution n’existe plus.

Les associations de défense des Droits de l’Homme en Côte d’Ivoire sont –elles vraiment crédibles ? Vous êtes taxé de pro-Gbagbo quand d’autres seraient à la solde du nouveau pouvoir …

Ecoutez, je ne saurais vous répondre pour les autres, mais pour ce qui me concerne, je vais être très clair et direct avec vous. Je milite pour les Droits de l’Homme, non pas pour faire plaisir à qui que soit, mais avant tout parce que je suis un Chrétien qui a reçu son baptême catholique en 1988. Je hais l’injustice et les abus. J’ai le cœur qui saigne depuis septembre 2002, lorsque des frères ivoiriens se sont rebellés contre la République : ils ont tué, violé, volé et pillé certains d’entre nous ; ils ont interrompu la marche de notre pays. J’ai toujours condamné leurs actes ; lisez mon livre qui est sorti à l’Harmattan en 2007 : « Les Droits de l’Homme à l’épreuve, le cas de la crise ivoirienne du 19 septembre 2002. » Mais personne dans la communauté internationale n’a voulu les condamner, ni les juger. A Linas Marcoussis, on a plutôt imposé à la Côte d’Ivoire de les amnistier. Pour moi, ce n’est pas une affaire de M. Laurent GBAGBO ; c’est un problème de la Côte d’Ivoire et de ses filles et fils. C’est un problème de justice et d’équité. Et moi, je refuse de me censurer par peur d’être taxé de pro-Gbagbo. Je dénoncerai et je condamnerai toujours ceux qui font la politique avec la violence, avec les armes, au détriment des populations qu’on tue, qu’on viole et qu’on pille. Et j’ajoute que lorsque M. GBAGBO était au pouvoir, je le critiquais très souvent : souvenez-vous des déchets toxiques ou du scandale au Ministère de l’Intérieur, quand je demandais à feu M. Désiré TAGRO de démissionner. A ces occasions-là, des personnalités et des amis du RHDP me félicitaient. Mais il suffit aujourd’hui que l’on critique un tant soit peu le pouvoir actuel, vous êtes traqué et interpellé ou même tué. Si bien que la peur et la terreur envahissent le pays et les populations. Drôle de démocratie ! Que les gens pensent ce qu’ils veulent ; moi, j’agis par ma foi et mes convictions.

Toujours sur les Droits de l’homme, à la commission des droits de l’Homme présidée par Victorine Wodié, vous n’êtes plus le bienvenu…

On n’est pas membre d’une institution de la République pour le plaisir ou non des autres membres. Je suis membre de la CNDHCI, en qualité d’expert en Droits de l’Homme, depuis le 23 juillet 2007, pour une durée de cinq ans non renouvelable, comme tous les autres membres, conformément à un décret signé par le Président de la République. Aussi n’ai-je jamais pris position pour le compte de cette structure, ni au nom de son président, mais plutôt au nom de ma fondation, la FIDHOP. Ce qui est bien conforme au texte qui crée la CNDHCI. Je suis et je demeure un homme libre, un intellectuel de surcroit, qui revendique sa liberté de penser, d’opinion et d’expression et qui n’entend point consulter qui que ce soit avant de prendre position sur un sujet donné. Si tel était le cas, j’aurais refusé de rentrer dans cette institution. Ce serait un scandale mondial qu’une Commission des Droits de l’Homme viole les droits de ses membres. Si cela arrivait, faites-moi confiance, je sais où j’irai me plaindre ou porter plainte.

Un processus de réconciliation est engagé avec la commission que dirige Charles Konan Banny. Est –il la personne indiquée ? Si oui peut-il réussir ?

Je vous réponds tout net. Ce n’est pas la personne indiquée ; mais plutôt la personne imposée par celui qui l’a nommée. Même si on ne devient pas président d’une Commission de réconciliation après un concours, néanmoins on tient compte de beaucoup de paramètres avant de nommer les membres, si on veut vraiment réconcilier et rapprocher des entités profondément antagonistes, comme nos deux blocs politiques RHDP et LMP. Or, la personnalité nommée à la tête de la Commission est un politicien qui appartient à un camp ; déjà cela fausse tout et peut même compromettre le résultat final. M. BANNY n’est donc pas la personne indiquée. Même la nomination symbolique du jeune frère Didier DROGBA dans cette commission n’effacera pas cette lacune. Mais devant le défi commun de la réconciliation nationale, avons-nous le choix ? Si nous aimons vraiment notre pays et que nous souhaitons tous qu’il franchisse cette étape meurtrière, alors nous devons transcender tous ces détails, pour aller au fond des débats. C’est le conseil que je donne à mes compatriotes.

Personnellement, comment concevez-vous cette réconciliation ?

Sincèrement, qui faut-il réconcilier en Côte d’Ivoire ? J’observe que depuis la mort du Président Félix Houphouët BOIGNY, cela fait une bonne vingtaine d’années que les leaders politiques se battent et entrainent le pays dans leur folie meurtrière. Tout se passe donc principalement entre MM. BEDIE, GBAGBO et OUATTARA. Une fois que ces trois personnalités auront mesuré les conséquences désastreuses de leurs antagonismes et qu’elles se mettront d’accord pour faire leur mea-culpa et demander pardon à la nation, les populations leur pardonneront, j’en suis convaincu. Or, alors qu’ils sont collectivement responsables de nos malheurs, certains veulent faire payer à un seul, M. Laurent GBAGBO et les siens. C’est ahurissant ! C’est comme si les rebelles par exemple, qui ont tué, violé et volé ou pillé, étaient innocents et que des serviteurs loyaux de l’Etat, tel que le Professeur Aké N’GBO, étaient coupables. Pour moi, si on doit se réconcilier forcément par la justice, alors eux tous doivent être jugés ; mais pas seulement M. Laurent GBAGBO et les siens. Par contre, si on doit se réconcilier par le dialogue vrai, et c’est mon souhait, alors commençons par libérer M. GBAGBO et tous les prisonniers politiques, les journalistes etc. Sinon, déférer M. Laurent GBAGBO seul devant la CPI, ce serait mettre gravement à mal la réconciliation nationale et la paix dans le pays ! Il ne s’agit pas d’être prophète, ni devin pour le comprendre ; je suis lucide et réaliste.

Le procureur de la Cpi Louis Ocampo est attendu en Côte d’Ivoire pour enquêter sur les violences post électorale. Croyez vous que la Cpi va inculper Laurent Gbagbo ?

Le problème ne doit pas être ramené au Président Laurent GBAGBO. C’est un sérieux problème de crédibilité de la justice mondiale. Personnellement, je n’ai aucune confiance en la Cour pénale internationale. Je lui reproche, surtout au procureur OCAMPO, son manque d’objectivité et son parti pris indiscutable dans la crise ivoirienne. Son impartialité, si elle n’est pas relevée par les juges de la Cour, va discréditer définitivement cette institution internationale. Déjà dans mon livre, en 2007, je demandais que justice soit faites dans les graves violations des Droits de l’Homme consécutives à la tentative de coup d’Etat qui s’est muée en rébellion armée. Vu que notre pays n’a pas ratifié le texte sur la CPI, le Président de la République Laurent GBAGBO a écrit à la Cour pour l’autoriser à venir enquêter. Rien n’a été fait. Après les événements de novembre 2004, où l’armée française a détruit nos avions de combat et tué des citoyens ivoiriens sur l’esplanade de l’Hôtel Ivoire, la CPI a encore été invitée à enquêter. Elle n’a pas bougé. Tout cela, parce que c’était M. GBAGBO qui les appelait. Aujourd’hui, dès que le Président OUATTARA leur a écrit en mai dernier, le procureur et les juges sont en branle ! D’ailleurs, souvenez-vous, M. OCAMPO fait partie des acteurs de la communauté internationale qui ont ouvertement menacé le Président GBAGBO de quitter le pouvoir, sinon il serait poursuivi pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité, etc. C’est que tout était déjà planifié ! Sinon un juge ne menace pas, il n’influence personne, puisqu’il est juge pour tous. Et il sait que la Côte d’Ivoire n’ayant pas ratifié le texte, il ne pouvait agir, surtout que la Côte d’Ivoire a une institution judiciaire qui fonctionne encore.

Le ministre Coulibaly Gnenema (ministre ivoirien des droits de l’homme) a dit que le transfert de Laurent Gbagbo à la Cpi faciliterait la réconciliation. Êtes-vous de cet avis ?


Sauf le respect à tout Ministre de mon pays, je ne commente pas les propos de personnalités qui refusent de faire preuve de lucidité et de réalisme. M. Laurent GBAGBO n’est pas le seul mis en cause. Et ce n’est pas la CPI qui réconciliera les Ivoiriens ; bien au contraire ! Je suis très sceptique et même inquiet pour l’avenir, parce que je ne voudrais pas que les agissements discriminatoires et partiaux de la CPI achèvent de mettre le feu à notre pays et au sein des populations qui ont tant souffert.

Pour vous quelle orientation devrait avoir la Cpi dans ses enquêtes ?

Si cette Cour condamnait véritablement tous les auteurs et coupables de tous les crimes commis dans notre pays depuis septembre 2002 jusqu’à aujourd’hui, parce que ce sont les mêmes acteurs qui ne font que s’échanger les rôles, alors je dirais BRAVO ! En cela, je soutien avec force la pression que Amnesty international ne cesse de mettre sur les nouvelles autorités ivoiriennes et sur la CPI. Ce qui suppose que la CPI, puisqu’elle a été invitée par M. OUATTARA lui-même, qu’elle travaille librement et en toute impartialité et qu’elle inculpe tous les coupables, de tous les bords. Alors les populations soutiendront le transfert de tous les coupables.

Est-ce que les puissances occidentales ne pourraient pas influencer les enquêtes ?

Le Président Alassane OUATTARA et son gouvernement devraient comprendre qu’ils se sont précipité dans un chemin qui peut être fatal pour la Côte d’Ivoire tout entière ; mais pas seulement pour M. Laurent GBAGBO et les siens. Ils verront que les Blancs continuent de se foutre des Africains, qu’ils utilisent certains d’entre nous pour atteindre leurs sales besognes. Parce que de grosses surprises nous attendent à la CPI. A quoi servira donc la Commission de réconciliation, si des leaders politiques sont condamnés et enfermés à la prison de la CPI ?

Fixées au 11décembre 2011, les législatives offrent-elles plus de garanties au plan sécuritaire et au niveau de la crédibilité que les présidentielles qui ont débouché sur un désastre ?

Dans l’état actuel des choses, les législatives annoncées précipitamment seront doublement catastrophiques pour la démocratie dans notre pays. Soit le RHDP et les Forces nouvelles se feront plébiscitées, après avoir bien terrorisé les candidats et électeurs de LMP. Soit, le Président OUATTARA réussira à convaincre les leaders de LMP, afin qu’ils participent à cette élection. Mais ce n’est qu’une façon de légitimer simplement son pouvoir, puisque, de toutes les façons, dans les conditions actuelles, la future Assemblée nationale sera unicolore. Je ne donne même pas dix députés aux rares candidats LMP. Par contre, si on veut vraiment faire de la démocratie participative, qu’on libère d’abord tous les prisonniers politiques, car beaucoup parmi eux sont des candidats potentiels ; ce qui encouragerait les exilés à revenir. Ensuite, qu’on reconfigure la CEI. Ce serait très bien pour le régime actuel, qui pourra alors gouverner dans la paix, pour le bonheur des populations. Dans le cas contraire, ils se feront tous élire au RHDP, ainsi que les Forces nouvelles ; mais une bonne partie des Ivoiriens ne se reconnaîtront pas en eux.

Avec les nouvelles autorités, quels sont vos contacts ? Si le chef de l’Etat vous fait appel, quelle sera votre réponse ?


Je ne vous dirai pas mes contacts, mais sachez qu’il en existe. Si hier, je n’ai pas travaillé avec M. Laurent GBAGBO, et Dieu seul sait que les occasions n’ont pas manqué, ce n’est pas avec M. Alassane OUATTARA que je le ferai aujourd’hui, surtout au vu des conditions tragiques dans lesquelles il a accédé au palais. Gentiment et très respectueusement, je remercierai le Président pour l’honneur, mais je lui demanderai plutôt des garanties sécuritaires, qui puissent me permettre, ainsi qu’à tous les acteurs libres de la société civile, de lui faire des critiques objectives et constructives pour notre pays, en tant que militant des Droits de l’Homme ; c’est tout !

Quel regard sur les 100jours de Ouattara et les Frci ?

On peut esquisser une analyse sous deux angles. Au plan international, on remarque que la communauté internationale se réjouit et se félicite de l’arrivée de M. Alassane OUATTARA au pouvoir, peu importe la manière. On lui déroule partout les tapis rouges, ce qui peut paraître flatteur pour les Ivoiriens, mais le pays ne ressent pas encore les retombées concrètes de ce soutien international. Nous espérons que bientôt la Côte d’Ivoire sera admise enfin au PPTE ; peut-être qu’en ce moment-là, les populations en profiteront. Sinon, tout n’est que théories pour l’instant. Au plan national, ce qui me frappe tout de suite durant ces 100jours, c’est seulement au niveau social, avec la salubrité de la ville d’Abidjan. Mais cette salubrité se fait au détriment des Droits de l’Homme. On casse les petits commerces, sans recasement ni dédommagement des commerçants ; on licencie abusivement, sans payer de droits ; des petits ouvriers balayeurs des rues ne sont pas payés ; des villes du Nord connaissent des délestages intempestifs et injustifiés de l’électricité … Mais le plus sombre du tableau, et vous pouvez le lire dans les rapports d’Amnesty international ou de la Division des Droits de l’Homme de l’ONUCI, ce sont les exécutions sommaires et extrajudiciaires commises dans le pays par des personnes en armes décrites comme des FRCI, les assassinats, les enlèvements, etc. ; ainsi que les arrestations arbitraires, sur fond de règlements de compte et de chasse aux sorcières. Ce qui explique les fuites de nombreux cadres et intellectuels du pays et pas seulement des militants et sympathisants de LMP. Tout cela confirme le recul de l’Etat de droit ; avec une justice des vainqueurs contre les vaincus. C’est triste pour la Côte d’Ivoire !

Avec tout ce que la Côte d’Ivoire a connu, regrettez-vous d’avoir soutenu Laurent Gbagbo ? Si c’était à refaire, que feriez-vous ?

Je ne suis pas un partisan politique, ni un fanatique du culte de la personnalité pour soutenir un individu. Je défends les institutions républicaines et ceux qui les incarnent dans les normes. Le Président de la République est une institution républicaine. Tenez, si le 03 décembre 2010, c’est M. Alassane OUATTARA qui avait été déclaré vainqueur de l’élection et qui avait régulièrement prêté serment devant le Conseil Constitutionnel, j’aurais fait exactement ce que j’ai fait. N’oublions pas que les hommes passent, le pays et ses institutions demeurent. Si nous voulons en Afrique une vraie démocratie, commençons par respecter nos Constitutions et nos institutions, ainsi que les personnalités qui les incarnent.

Que faire pour ne plus retomber dans cette crise ?

Je dirais deux choses. Il faut mettre l’Homme au dessus de tout et être sincère dans les engagements que nous prenons devant la nation. En effet, tant que nous n’aurons pas une haute idée de l’être humain, en tant que créature de Dieu, nous continuerons de nous massacrer les uns les autres, comme des animaux. Demain, Dieu demandera à chacun de nous des comptes. On a tous le droit d’avoir des convictions ou des ambitions politiques. Mais lorsque la politique doit nous conduire à tuer notre semblable, nous devons y renoncer. Une fois que les politiciens ivoiriens auront intégré cette valeur, ils règleront tous leurs différends politiques pacifiquement ; puisqu’en réalité ils sont mus par le même objectif final qui est d’offrir le bonheur aux populations qu’ils aspirent à gouverner. Le reste, c’est d’avoir l’humilité d’apprendre les principes de la démocratie et de la bonne gouvernance et de les appliquer pour atteindre l’objectif fixé. En Afrique, tous nos dirigeants se disent démocrates ; pourtant ils veulent s’éterniser au pouvoir, ou bien ils veulent accéder au pouvoir par tous les moyens, y compris par les armes. Pendant ce temps, les populations souffrent, alors que nos pays sont riches. C’est vraiment triste !

A quand votre retour au pays ?

Quand Dieu le voudra. C’est à lui qu’appartiennent ma vie et ma sécurité.

In Traitdunionci.info
Dimanche 16 Octobre 2011
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