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Dossier France – Qui sont les militaires accusés du meurtre de Firmin Mahé en Côte d’Ivoire ?


Ils avaient tous un point commun, les quatre anciens militaires accusés du meurtre de Firmin Mahé, un bandit de grand chemin, en Côte d’Ivoire, en 2005 : ils ont tous aimé profondément l’armée, qu’ils ont quittée aujourd’hui. « Ils étaient tous promis à de brillantes carrières », a tenu à souligner d’emblée Olivier Leurent, le président de la cour d’assises de Paris devant laquelle ils comparaissent depuis mardi 27 novembre pour homicide volontaire et complicité. Leurs parcours ont été examinés lors des premières heures de l’audience. Leurs interrogatoires sur les faits auront lieu jeudi 29.

Le brigadier chef Lianrifou Ben Youssouf, chômeur de 32 ans aujourd’hui, s’est engagé début 2001 au 4e régiment de chasseurs de Gap. « J’avais tout misé sur l’armée. Ma famille comptait beaucoup sur ça. Je passe de brigadier-chef à voyou », a-t-il confié dans un sanglot à la barre de la cour d’assises de Paris, mardi 27 novembre.

Né à Mayotte d’un père inconnu dont il s’est mis en quête une fois devenu militaire, le jeune homme a suivi au début des années 1990 sa mère, un beau-père, et sept demi-frères et sœurs depuis l’île de la Réunion jusqu’à Marseille où il est arrivé à 14 ans. Deux petits frères se sont engagés dans l’armée derrière lui, l’un à Carpiagne, l’autre à Clermont-Ferrand. L’image d’un oncle maternel, brigadier-chef avant eux, a dû compter.

Lui avait passé un CAP de carrosserie suivi d’un BEP. Mais quand sa petite amie est tombée enceinte, il s’est dit « l’armée, ce sera un emploi sûr. C’était pour subvenir aux besoins de ma copine et de ma mère ». Le première-classe Ben Youssouf a vite gravi les échelons, devenant pilote de blindé en six mois, brigadier en 2004, et même chef en 2006, après le meurtre de Mahé pour lequel il comparait pour le délit d’omission de prévenir un crime ; le sous-officier était le pilote du blindé à l’arrière duquel ses camarades ont achevé Firmin Mahé.

Il a servi au Kosovo, en Afghanistan, en Côte d’Ivoire deux fois. Au retour de la première opération extérieure, il avait mûri, le garçon des quartiers nord de Marseille avait changé. « J’avais un soldat, s’est réjoui son capitaine, comme tout le monde aimerait en avoir tous les jours. » Il a été décoré. Ses bulletins de notation étaient élogieux : « sûr », « débrouillard », « consciencieux ». Il avait acheté une maison avec sa compagne, pour ses trois enfants. Mais après la Côte d’Ivoire il n’est plus parti en opération extérieure, la solde sans les primes n’y a plus suffi et la famille s’est trouve surendettée. Le couple s’est séparé.

Un camarade entendu dans l’enquête judiciaire sur le meurtre de Mahé a témoigné : « Je connais la vie militaire et je sais que les principaux responsables ne seront pas touchés, il n’a pas pu faire ça sans ordre, de par son comportement de tous les jours. » Ce n’est officiellement pas l’affaire Mahé qui l’a fait exclure de l’armée mais une banale altercation au régiment en 2009. Il aime le football et encadre bénévolement des jeunes sans emploi. « J’aimerais bien retourner chez moi à Mayotte. Je m’étais beaucoup investi dans l’armée. J’ai envie de voir autre chose. »

Le brigadier-chef Johannes Schnier, 35 ans, a passé son enfance dans le Nord, à Quiévrechain. Un garçon « calme et sage » selon sa mère, agent d’entretien. Son père, un agent de maîtrise dans la sidérurgie, était « strict » mais, dit- il, « pour les valeurs ». Il a choisi l’armée après son service militaire. Trois tentatives pour passer le bac, une année de fac de sociologie à Lille : finalement, a indiqué son beau-frère ambulancier au cours de l’enquête judiciaire, « il se sentait bien dans l’armée. Il ne parlait pas du travail, mais plus des gens qu’il rencontrait « . L’armée l’a attiré car « c’est l’esprit de camaraderie », a-t-il répondu devant la cour d’assises de Paris mardi. « Le sport me plaisait. Et aussi le fait de partir en mission. » Accusé d’avoir tenu Firmin Mahé dans le blindé pendant que l’adjudant chef Guy Raugel lui mettait un sac en plastique sur la tête, le brigadier a eu un « sentiment de trahison ».

Ses rapports d’évaluation étaient excellents, il a été décoré. « Un petit gradé enjoué et jovial », dit une notation de 2003. « Un moteur essentiel pour le peloton, un exemple pour ses camarades », lit-on dans celle de 2005, à la veille du départ en Côte d’Ivoire. « Il a sa place parmi les meilleurs », ont encore noté les chefs après l’affaire, en 2006. Au président de la cour d’assises qui lui demandait d’expliquer ces éloges même après sa détention provisoire pour complicité de crime, il a répondu : « J’ai toujours fait mon travail de militaire. Je n’ai pas changé dans mon comportement. »

L’adjudant-chef Guy Raugel, 48 ans, coupe militaire et allure sportive, est un sous-officier meneur de terrain charismatique et loyal : « Il est carré, ce qui veut tout dire pour un militaire », a résumé un de ses amis. Lui a grandi dans la région de Perpignan avec ses deux frères, élevés par une mère courage qui était le pilier de la maison. Il a senti la vocation militaire « tout petit », arrêté l’école en classe de première, adoré les scouts d’Europe et les pompiers volontaires. « Je me sentais mieux dehors. » Un terrain familial ? Le grand-père maternel fut capitaine dans un régiment du train, l’oncle était parti « pour l’Indo » à 18 ans, le père s’était engagé en 1943.

L’adjudant-chef a rencontré sa femme, militaire elle aussi, en Allemagne, au 1er régiment de cuirassiers. Ils ont eu deux enfants : l’aînée s’apprête à entrer dans la police ; le cadet, lui, va s’engager dans l’armée.

Dans l’armée, il a, de l’avis de tous, trouvé son harmonie. Il comparaît pour homicide volontaire, pour avoir été celui qui a étouffé le coupeur de route Firmin Mahé sous un sac plastique sur ordre de la hiérarchie. Comme ses camarades du 4e régiment de chasseurs de Gap, lui aussi aligne les rapports de notation élogieux, les opérations extérieures, les décorations. En décembre 2005, alors qu’il est en détention provisoire pour le meurtre, son colonel écrit : « Il a donné entière satisfaction. Il est animé du meilleur esprit. C’est un sous-officier qu’on apprécie tout particulièrement d’avoir sous ses ordres. »

Dans son job, Raugel était « au top », il faisait l’unanimité, ont dit des camarades. Comme les autres militaires accusés devant la cour d’assises de Paris, il n’a pas fait l’objet de sanction disciplinaire.

L’adjudant-chef Raugel a livré à la cour d’assises la clé pour comprendre l’attitude de l’armée : « Je n’ai pas été sanctionné, c’est un choix des chefs. Ce qui a fait de nous des mauvais soldats, ce n’est pas d’avoir rempli notre mission, c’est juste que cette affaire soit sortie. On n’est pas dans le monde civil. Dans le monde militaire, ça ne marche pas pareil. Si on ne m’a pas sanctionné, c’est que j’étais pas un mauvais soldat. » Fin 2010, il a demandé sa retraite de l’armée. Il a depuis travaillé comme livreur. Il attend le verdict pour la suite.

Le colonel Eric Burgaud, 50 ans, est un catholique fervent, un homme d’honneur, un officier de vocation, « juste et droit », selon sa sœur jumelle.

Ses parents – mère au foyer, père cadre supérieur dans l’industrie – se sont installés en banlieue ouest de Paris à Marly-le-Roi. Une « famille très famille », heureuse, a noté le président de la cour d’assises de Paris Olivier Leurent, mardi 27 novembre, face à l’ancien chef de corps du 13e bataillon de chasseurs alpins de Chambéry.

Il fut un jeune très sportif – tennis, voile, ski –, a suivi une scolarité dans un collège privé de Saint-Germain-en-Laye, avant d’entrer à Saint-Cyr en 1982. Il dit s’être marié « très tard », à 35 ans, avec Florence, rencontrée lors d’un pèlerinage. « Ma famille, c’est mon petit trésor », a-t-il confié, droit dans son costume sombre de civil lors de cette première journée d’audience. Sa mère a témoigné au cours de l’enquête, qui a conduit à renvoyer son fils devant la justice pour complicité du meurtre de Firmin Mahé en Côte d’Ivoire en 2005 : « Mon père, mon oncle, mon grand-père, mon arrière grand-père, tous ont été militaires, les trois derniers étant généraux », a-t-elle souligné. Eric soldat, Pascale, sa sœur, médecin, Benoît, le cadet, attaché parlementaire : selon elle, ses trois enfants ont choisi des « métiers à vocation ».

L’ancien colonel a choisi les armes pour « le sens du service ». Son idéal. Selon son ami Axel, directeur général de société, « il avait un engagement énorme parce que l’armée c’était son rêve. Il avait le souci de l’exemplarité pour ne pas décevoir ses chefs, et être sûr de rester dans l’honneur pour accomplir sa mission ». Une amie a confié au juge d’instruction : « Si ses principes et son devoir étaient en conflit, il ferait son devoir avant tout. » Pour son frère, il est « un puriste. Il va au bout de ses idéaux. Il cherche toujours à se comporter avec noblesse et droiture. Dans la famille, nous avons tous été très touchés que sa moralité ait pu être mise en doute ».

Après les faits, ont-ils tous témoigné lors de l’enquête, il fut « brisé ». Le colonel a servi au Liban, au Tchad, au Kosovo, en Côte d’Ivoire. Décoré. Félicité, lui aussi. Son dossier militaire était remarquable : « un officier d’exception ». Après l’affaire Mahé, la hiérarchie lui a proposé des postes en état-major. « J’ai quitté l’armée en 1988… euh… en 2008, parce que le ressort était cassé. On m’avait dit que je n’aurais plus de postes à responsabilité, que des placards dorés, ça ne m’intéressait pas. J’avais servi à la direction du personnel, je connaissais les règles du jeu. » Il est aujourd’hui cadre dans une entreprise.

Nathalie Guibert in Le Monde



Dossier France – Qui sont les militaires accusés du meurtre de Firmin Mahé en Côte d’Ivoire ?
Affaire Mahé Entretien avec l’ex-adjudant-chef Guy Raugel: « À ce moment-là, la fin justifiait les moyens »

Désormais retraité de l’armée, Guy Raugel attend de s’expliquer devant la cour d’Assises:

L’ex-adjudant-chef Guy Raugel comparaît aujourd’hui à Paris devant le tribunal des armées pour le meurtre de Firmin Mahé, un bandit ivoirien selon les militaires français. Guy Raugel est l’homme qui a mis fin aux jours de Mahé en l’étouffant avec un sac plastique lors d’un transfert en véhicule blindé. Aujourd’hui à la retraite, il s’explique.

Quand avez-vous rejoint le 4e régiment de chasseurs ?

En 2000 ou 2001.

Quelles autres Opex aviez-vous faites avant la Côte d’Ivoire ?

J’ai une bonne expérience de l’outre-mer et et de l’afrique en particulier. L’Afrique je l’ai au fond de mes tripes et je fais quelques raids humanitaires.

Etait-ce votre 1re mission en Côte d’Ivoire ?

C’était ma première mission.

Quelle était votre mission en Côte d’Ivoire ?

C’était d’être en appui des forces de l’Onuci, pré-positionnées dans un no man’s land, appelée une zone de confiance entre les forces rebelles et les forces pro-Gbagbo. On était en appui du contingent de l’ONU qui était là pour faire face aux exactions. Mais le problème, c’est que ce contingent était bangladais : des anglophones musulmans dans un secteur francophone chrétien. Vous voyez le malaise qu’il y avait. Comme ce contingent n’était pas à même de remplir sa mission, on s’est retrouvé tout de suite en 1er rideau. On était Français, plus réactifs, les gens se sentaient plus en confiance avec nous. On a eu affaire aux miliciens de Gbagbo – les Jeunes patriotes – venus dans la zone pour la déstabiliser. Je commandais un peloton de reconnaissance sur véhicules blindés légers, qui intervenait sur la moitié d’un département français.

Qu’est-ce qu’un coupeur de route ?

Ce sont des bandits de grand chemin qui violent, pillent et massacrent. Je n’ai su qu’après qu’ils étaient instrumentalisés par le pouvoir pour engendrer un climat défavorable aux forces françaises.

Aviez-vous pour mission d’arrêter les coupeurs de routes ?

Non, notre mission, c’était cette force d’appui au cas où les belligérants voulaient rompre la trêve. On avait cette zone dans laquelle il ne devait pas y avoir d’hommes en armes. Mais il n’y avait pas de police, plus de maire. Plus rien ne fonctionnait. Donc, forcément, les coupeurs de route avaient beau jeu. C’était la loi du plus fort et personne pour les arrêter. Les victimes elles, ne pouvaient se tourner vers personne, sinon elles se faisaient massacrer avec leurs familles. Pour moi, c’est devenu une priorité de protéger la population. Toutes les semaines, on ramassait des femmes violées, des hommes découpés à la machette. Je ne me suis pas engagé pour faire des safaris photos. Liberté, égalité, fraternité, ça me parle. J’ai été élevé dans une famille judéo-chrétienne. Servir une cause noble, c’est pour moi quelque chose d’indispensable. J’ai été scout d’Europe, pompier, militaire. C’est vraiment une vocation. Je ne suis pas rentré dans l’armée pour tuer. Maintenant, si au besoin il faut tuer… On se retrouve mis par nos politiques dans des situations… On s’est retrouvé dans un rôle de police pour lequel on n’est pas formé. On avait ce rôle d’interposition très fou.

Qui était Mahé ?

C’était le chef de bande le plus redouté. On avait du mal à mesurer l’ampleur de ses exactions car les victimes ne pouvaient pas parler, comme il n’y avait ni police, ni gendarmerie pour les protéger. Mahé avait commis les pires exactions. Quand j’ai entendu dire que c’était un gentil plombier, un bon père de famille… Le procès fera toute la lumière sur qui était cet homme-là. Il n’y aura aucun doute sur le fait que c’était le pire criminel de l’ouest de la Côte d’Ivoire Comme il n’y aura aucun doute que l’ordre m’a été donné de remplir cette mission-là. Jusqu’ici je n’en ai pas parlé. J’étais militaire. Maintenant, je ne le suis plus. Le procès arrive. Je peux en parler sans aucune retenue.

Qu’est-ce qui s’est passé ce jour-là ?

J’avais des méthodes efficaces. Les victimes n’allaient pas nous désigner les coupeurs de route par craintes de représailles. J’avais monté un réseau d’indics qui ne se connaissaient pas pour pouvoir recouper les informations. Ponctuellement, je mettais dans mes patrouilles un indic déguisé en militaire français. Ce jour-là, dans la 1re patrouille, j’avais mis le meilleur de nos indics. Il fallait que ça cesse. Les gens allaient au champ la peur au ventre, sans aucune certitude de rentrer le soir. Les femmes allaient au marché en ayant la peur de se faire violer ou tailler à la machette. Ça, c’est la réalité. C’est quelque chose qu’ici on ne peut pas concevoir. On est dans un monde bien confortable et je vais être jugé par des gens qui vivent dans un monde bien confortable. Je vais devoir leur expliquer qu’en Côte d’Ivoire, dans le secteur où j’étais, on est dans un monde où demain ne compte pas parce qu’il faut déjà survivre aujourd’hui. Ça, c’est fondamental. Ça permet d’expliquer que des professionnels comme nous en arrivent à commettre des choses qu’on ne ferait pas normalement. A un moment, c’est le combat du bien contre le mal.

L’indic a dit au chef de patrouille, c’est Mahé. Le chef de patrouille est allé discuter avec ce criminel qui était avec sa femme et un jeune afin de l’appréhender tranquillement. Mahé qui n’était pas né de la dernière pluie, a pris la tangente à travers les marais. La patrouille a fait des sommations en tirant en l’air. Mahé a continué à courir, il avait beaucoup à perdre. Le chef de patrouille pour l’intimider a fait un tir au sol et l’a blessé. Moi, à ce moment, j’étais au poste. Je récupérais après une nuit d’intervention.

Mahé, on ne savait alors pas s’il était blessé, les comptes-rendus étaient contradictoires. Le capitaine Ricard adjoint de la compagnie cherche à retrouver Mahé. Il demande l’intervention d’un hélicoptère avec une caméra thermique. Ça lui est octroyé. Ils ne le trouvent pas. Mahé, apparemment, était sous l’eau et bien caché dans les marais. Le dispositif est levé avec un dispositif plus léger. Le soir, une patrouille tombe sur Mahé, agonisant en bord de route. Les ordres donnés par le colonel Burgaud sont de remonter le blessé sur mon poste à une quinzaine de kilomètres pour que lui soient donnés les premiers soins, avant de le remonter sur le poste du GTIA, celui du colonel Burgaud.

On m’a appelé au téléphone. Vous vous doutez bien qu’on ne pouvait pas m’envoyer l’ordre par la radio, c’était un ordre illégal. Il m’est dit : vous l’évacuez sur le PC à Man en prenant bien votre temps. Il y avait un ordre implicite derrière tout ça. J’avais besoin d’avoir un ordre clair. Comprenant à demi-mot, je demande : vous me confirmez bien que Mahé ne doit pas arriver vivant ?

Dans ces termes ?

Mais oui. Je suis un soldat, il fallait que je sois sûr de ce que j’avais compris. Il me répond : oui, vous m’avez très bien compris. Et ça s’arrête là. Quand Mahé est ramené au poste, les gens savaient toutes les saloperies qu’il avait faites. Il a fallu mettre de l’ordre là-dedans. On fait embarquer le prisonnier dans mon véhicule blindé léger. Le colonel tenait que ce soit moi qui remplisse la mission, sans doute parce qu’il savait qu’avec moi, elle serait remplie. Mon escorte ne savait pas ce qui allait se passer. Mes soldats ne le savaient pas non plus. Moi-même, je ne savais pas ce que j’allais faire. Je désigne deux soldats, Schnier et Ben Youssouf. J’aurais pu désigner d’autres dans le peloton. Mais n’importe lequel de mes soldats aurait rempli la mission de la même manière. On n’est pas des Pieds nickelés. On est des soldats professionnels.

Vos hommes étaient-ils au courant de qui allait arriver?

Je ne leur présente pas. Je leur dis on amène Mahé sous escorte à Man, Ben Youssouf tu es pilote et Schnier, tu surveilles Mahé. Juste avant de partir, j’ai un nouveau coup de fil pour me donner le scénario. Vous passez le checkpoint et attendez de passer dans le secteur nord, celui des forces rebelles. Vous simulez une tentative d’évasion, et vous lui tirez dessus. Invraisemblable.

Mahé est alors dans quel état ?

Il est inconscient.

Aurait-il pu arriver vivant à destination ?

Je ne sais pas (il le répète plusieurs fois).

Que se passe-t-il dans le blindé ?

Je donne l’ordre au convoi de s’ébranler. On part doucement, respectant les consignes données. C’était la confusion dans ma tête, je ne savais absolument pas quoi faire. Après, ça va assez vite.  A un moment donné, je vois derrière le poste du pilote ce sac plastique, un sac poubelle. Et la seule chose qui me vient à l’esprit, c’est : il est inconscient, je l’étouffe, il ne sentira rien, il meurt des suites de ses blessures et je ne veux rien à avoir à faire avec tout ça. C’est une solution qui dégage tout le monde de toute responsabilité, c’est moche, je ne me suis pas engagé pour ça, mais ça permet de régler le problème. On arrive à Man où m’attend le médecin-chef. Mon équipage décharge le prisonnier mort avec l’équipe médicale. Je vais au PC pour dire au colonel que la mission a été remplie. Je tombe sur mon capitaine commandant. Est-il au courant ? Je lui rends compte. Il est effondré. Même si ce n’était pas la solution idéale, au moins j’avais la certitude que Mahé ne ferait plus de mal à personne. Même si cette situation me dépassait complètement, le fait que ce criminel soit mis hors d’état de nuire allait protéger la population. Je suis reparti à mon poste avec mes gars. Je leur ai dit ; ce qui a été fait a été fait. La mission continue. Heureusement, je n’ai jamais eu à recevoir de tels ordres.

Ça ne vous était jamais arrivé ?

Mais non. Ça n’existe pas. Ça peut arriver pour des gens des forces spéciales. Ils m’ont dit : la légitime défense on s’en accommode. Moi, je n’ai jamais été préparé à des missions comme ça.

Vous a-t-on dit de garder cette opération secrète ?

Je ne me souviens plus. Mais certainement. Ça tombait sous le sens. On a forcément conscience que ce qui a été fait n’est pas racontable. De toute façon, on n’en est pas fier. On n’est pas fier de ça. On sait très bien qu’on est allé trop loin. Mais moi, mon désir le plus cher aurait été que ce criminel passe en procès. Mais il n’ira jamais en prison. Il est mort, mais il est libre. Et qui risque de faire de la prison ? C’est moi et mes hommes. Et j’ai fait de la prison pour ça. Et le criminel aujourd’hui c’est moi. C’est moi qui rends des comptes à la justice. Et je comprends, je suis prêt à m’expliquer pour que ça n’arrive plus.

Cet ordre, vous ne vous êtes dit à aucun moment : je ne vais pas le respecter ?

Mais on ne peut pas se dire ça ! On a une telle implication.

Vous comprenez que ça choque. Pourquoi ne pas avoir objecté que cet ordre était illégal ?

Comment on peut dire ça ? A l’armée, un ordre c’est un ordre. Ça ne se discute pas. Sur le coup, cet ordre semblait légitime. Il fallait que ça cesse, d’une manière comme d’une autre. C’était devenu le combat du bien contre le mal. Des ordres illégaux, j’en ai eu pendant quatre mois et demi, des grands et des petits. La légalité, mais c’est une valeur totalement abstraite, une valeur de mec qui a le cul sur une chaise dans le fond d’un bureau, le mec qui est au chaud. C’est facile pour une femme comme Michèle Alliot-Marie de dire : si vous avez un ordre illégal, vous m’appelez. Elle sort d’où cette bonne femme pour dire des trucs pareils ! Eh ! Oh ! Faut se réveiller. On est des hommes sur le terrain. On se pèle le cul, on a peur pour nos hommes, on prend des risques, on est prêts à se prendre une balle dans la tronche pour faire notre boulot. Et notre boulot, on le fait parce qu’on y croit, on a des convictions, on le vit avec nos tripes.

N’y avait-il pas des alternatives ?

On peut en discuter là. Mais sur le coup, quand vous avez ramassé des femmes qui ont été violées, que votre infirmière les a nettoyées, que vous avez ramassé des hommes massacrés, avec les couilles dans la bouche, les doigts coupés, achevés à coups de machette… Toute guerre est moche. Est-ce qu’il fallait le faire ? Bien sûr qu’il ne fallait pas le faire. Est-ce que je le regrette ? Bien sûr que je le regrette. Ça fait 7 ans et demi que je le regrette. Je n’ai pas eu besoin de la prison pour ça. Mais il fallait que ça cesse. Quand vous recevez un ordre comme ça sur le terrain, vous ne discutez pas. Il n’y avait pas de prison. Des criminels, j’en avais attrapé. Vous savez ce qui se passait ? On les remettait à l’ONU ou au Sifpol. Soit ils étaient remis en liberté, soit ils étaient remis aux gouvernementaux qui les remettaient en liberté. Il n’y avait pas de solution. Moi, je me suis engagé pour protéger. Cet ordre-là me disait : là, mec, ça va s’arrêter. Je voulais que ça cesse, mes hommes voulaient que ça cesse, le commandement voulait que ça cesse. Je n’ai pas fait ça pour des médailles ou des félicitations. Ils ont voulu faire un simulacre pour nous remettre des médailles ensuite, j’ai refusé, j’en avais rien à foutre. J’ai fait ça pour que ce criminel soit mis hors d’état de nuire. Je ne voulais pas me salir les mains. Mais là, je me suis sali les mains parce qu’il n’y avait pas de solutions. Et s’il n’y avait pas de solutions, c’est la faute de nos politiques qui nous mettent dans des situations comme ça. Notre secteur en Côte d’Ivoire, c’est là, où se passaient toutes les saloperies. Les forces françaises en Côte d’Ivoire, eux, ce n’était pas le même rythme que nous. Du côté des pro-gouvernements, ils étaient tous les soirs en boîte. Et ceux qui étaient au nord, ils avaient internet, allaient au foyer tous les soirs boire un coup. Moi, j’étais soit en intervention, soit en train d’attendre la prochaine intervention, avec la peur que notre poste soit attaqué. On était derrière notre petit mur pourri, on se demandait : s’ils viennent, allons-nous tirer ? On se disait qu’on allait peut-être être découpés à la machette : voilà la réalité !

J’étais fier de cette mission en Côte d’Ivoire, nous étions utiles : on protégeait la population. La population était anti-française avant qu’on arrive. Quand on est parti, ils étaient heureux. Il y a des gens qui se sont mouillés, qui ont fait une pétition quand on était en prison pour dire qu’il fallait nous libérer parce qu’on les a sauvés. Ils risquaient de se faire découper pour avoir signé cette pétition. La légalité, on ne se pose plus la question. On est dans l’urgence. C’est bien ou c’est mal, ça se pose comme ça. Et l’ordre doit toujours être exécuté, c’est comme ça. On n’est pas des petits fonctionnaires qui ont le droit de retrait. Le chef à l’Armée a tout pouvoir. On nous formate, on nous conditionne pour ne pas remettre en cause les ordres. Un supérieur, il sait quand il donne un ordre qu’il va être exécuté. Il n’y a pas à se poser la question. Ça ne peut marcher que comme ça. Le subordonné a le devoir de réaliser l’ordre donné. Le supérieur est responsable de l’ordre donné. Et là, ils sont où les chefs ? On va me parler d’éthique. Mais moi, je dis que j’ai une éthique. Si ça avait été une initiative personnelle, personne n’aurait été au courant. Et je ne serai pas allé en prison. Mes gars n’auraient pas été inquiétés. Les familles vivraient mieux et il n’y aurait aucun problème et je serai toujours sous-officier d’élite.

Mais je n‘en veux pas à mes chefs, j’ai pitié d’eux, mais aux politiques qui nous mettent dans des situations comme ça. Et c’est eux qui s’en sortent avec les honneurs.

Le général Poncet a eu un non-lieu.

Le général Poncet, je ne sais pas s’il a donné un ordre implicite. Il n’y a que le colonel Burgaud qui peut le dire. On est au pied du mur. L’armée s’en sortira grandie si le chef assume les ordres qu’il donne. J’assume la mission que j’ai remplie. Pour que ça ne se reproduise pas, ce n’est pas les chefs qu’il faut mettre en prison, c’est les po-li-ti-ques qui nous mettent dans une situation comme ça.

Vos hommes vont comparaître à vos côtés.

Ce n’est pas normal. Si quelqu’un doit rendre des comptes, c’est mes chefs en tant que donneurs d’ordres et moi en tant qu’exécutant. Mes hommes, c’est aussi mes fils. Au même titre que le colonel, c’était mon père, et on ne désobéit pas à un père. Ce lien de filiation existe vraiment. Sinon, comment demander aux gens d’aller au sacrifice suprême ?

Craignez-vous de repartir en prison ?

Bien sûr que j’ai peur de repartir en prison ! Et j’ai peur que mes soldats aillent en prison pour avoir rempli la mission qu’on nous a ordonnés de remplir. Entre eux et moi, c’est à moi d’y aller. J’ai passé sept mois de taule à la Santé avec un voisin nommé Emile Louis. Est-ce que je suis Emile Louis ? J’espère avoir payé ma dette à la société. Ce que j’ai fait, on n’aurait jamais dû avoir à le faire. Sur le terrain, on ne peut pas avoir le recul. Moi j’étais dans une situation de guerre. Pour moi, celui qui doit aller en taule, c’est le donneur d’ordres. On n’est pas dans la mafia, là ! On me demande de remplir la mission, je l’accomplis. C’est le chef qui est responsable.

Pendant un an après que Mahé a été mis hors d’état de nuire, il n’y a plus eu de victimes. Combien ont été épargnées ? Il y a quelque chose qu’on ne peut pas mesurer non plus. C’est la souffrance des familles. La famille, elle n’a pas reçu l‘ordre. Et la famille, elle trinque. La mienne, celle de mes subordonnés. Et eux, ce sont des putains de mecs bien. J’espère la clémence d’un jury populaire. Je pense qu’on a des circonstances atténuantes.

Qu’attendez-vous du procès ?

Qu’on me demande des comptes, je trouve cela normal. Les chefs devraient avoir les couilles de dire que les politiques n’ont pas le droit de nous mettre dans des situations comme ça. J’attends que la justice mette le doigt là où ça fait mal. Moi, ça me fait mal depuis sept ans et demi. Je le supporterai.

Votre histoire pose la question de l’ordre dans l’armée. Peut-on ne pas l’observer ?

Je me suis dit : l’ordre est illégal, oui, mais il est cohérent. Quand on est dedans, on n’a pas le recul nécessaire. A ce moment-là, la fin justifiait les moyens.

Et ramener Mahé vivant au colonel Burgaud ? N’était-ce pas une alternative ?

Vous raisonnez comme un journaliste. Je ne vois pas les choses comme ça. Je suis un guerrier. J’étais dans une situation de guerre sans qu’on me donne les moyens de remplir cette mission. Je ne suis pas dans votre démarche intellectuelle. On m’a appris à faire la guerre. On nous conditionne pour aller au bout de l’engagement. Quand on me donne un ordre, savoir si c’est bien ou c’est mal, je peux le mesurer. La question de la légalité, quand je suis impliqué sur le terrain, je ne sais pas faire et je ne peux pas faire. Si on nous sort du contexte : bien sûr que je vous dis, c’était la pire des conneries à faire. Mais je le dis face à vous, aujourd’hui. En situation, n’importe lequel de mes soldats aurait fait la même chose.

Avez-vous été sanctionné dans l’armée ?

Quand je suis sorti de prison, on m’a repris au même grade. On ne m’a pas donné de commandement. Et j’ai été affecté à la communication. C’est lorsque les médias ont parlé d’un renvoi devant la Cour d’Assises que le général Istarloza, chef d’état-major de l’Armée de terre a demandé la tenue d’un conseil d’enquête au sein du régiment. Et quatre membres sur cinq de ce conseil ont demandé qu’il n’y ait aucune sanction. Jje suis parti en retraite avant qu’on me sanctionne.

Comment avez-vous tenez le choc jusque-là ?

Ce qui m’a aidé, c’est ma foi. Le fait que je n’ai jamais douté de qui j’étais. Et mes hommes. Ils ne m’en ont jamais voulu de les avoir mis dans la merde. J’ai un devoir vis-à-vis d’eux : celui d’assumer.

in ledauphine.com
Jeudi 29 Novembre 2012
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