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Côte d’Ivoire – La vie au primaire d’Alassane Ouattara racontée par…Sidibé Nouhou

Sidibé Nouhou et Alassane Ouattara ont fait leurs premiers pas ensemble à l’école des blancs sur les bancs de l’école régionale de Dimbokro entre 1949 et 1950. Depuis, les deux hommes se sont perdu de vue. Même si les souvenirs de cette époque sont très vagues dans son esprit, il en a gardé des faits marquants.


Côte d’Ivoire – La vie au primaire d’Alassane Ouattara racontée par…Sidibé Nouhou
Vous prétendez avoir été le camarade de classe de Ouattara aux Cp1 et Cp2. Pouvez-vous mieux expliquer ?

Je suis Sidibé Nouhou, instituteur à la retraite. Je suis le fils de Sidibé Belko, instituteur également, décédé le 2 octobre 2009 à Agboville. Chaque fois que je m’y rendais, de son vivant, mon père ne cessait de me répéter qu’Alassane Ouattara est mon ami d’enfance. Il insistait pour dire que ce monsieur était mon ami d’enfance à Dimbokro, pour que je cherche à le rencontrer. Effectivement, nous avons fait ensemble le Cp1 et en 1949, on s’est retrouvés tous les deux au Cp2, dans la classe de mon père. Après la guerre du Rda à Dimbokro, mon père a été muté à Jacqueville en guise de sanction. C’est ainsi que nous nous sommes séparés. Je me rappelle qu’Alassane, d’autres camarades et moi partions nous baigner dans le N’Zi. J’étais tout petit dans le groupe. Alassane est plus âgé que moi de sept mois. Je suis né le 22 juillet 1942 et lui le 1er janvier. Quand mon père est décédé, il a été décoré à titre posthume parce qu’il est le pionnier du Rdr à Agboville. C’est à son domicile que se déroulaient toutes les réunions du Rdr à Agboville. Et même aujourd’hui, ça continue.

Quels souvenirs gardez-vous de votre enfance avec Alassane ?

Nous étions tout petits. Les souvenirs sont vagues. Mais, ce que je ne peux pas oublier, c’est que chaque fois que je partais chez eux à la maison, sa maman nous donnait à manger. Nous étions quatre ou cinq, dont Alassane, qui mangions dans la même assiette et on ‘‘groupait’’la nourriture.

Alassane groupait-il aussi sur la nourriture ?

Bien sûr ! On était enfant et chacun voulait toujours avoir la grosse part. Donc on luttait l’assiette, on se bagarrait autour du plat.

Etait-il turbulent ou sage ?


Alassane était très calme, mais il parlait. Il était parmi les meilleurs. Au Cp1, on était nombreux mais lui, il figurait parmi les meilleurs. Au Cp2, il était notre premier de classe. Et même quand parmi nous on faisait palabre, c’est lui qui intervenait calmement pour mettre de l’ordre.

Vous dites qu’il n’était ni turbulent ni violent, qu’il était sage. Est-ce parce qu’il est président que vous le dites?

Non pas du tout! Réellement, il était de tempérament calme.

Votre père qui était votre maître au Cp2 vous frappait-il ?

Moi, particulièrement il me frappait. Tu sais quand tu es dans la classe de ton père, il est plus sévère envers toi. Ouattara, lui, était calme,il travaillait bien et il était parmi les meilleurs élèves. Mais souvent mon père le châtiait, le mettait à genoux. Mais c’est surtout notre maîtresse de Cp1, je ne me rappelle plus son nom qui nous a beaucoup fatigués. Quand on ne savait ni lire ni écrire, elle nous envoyait à midi chez elle à la maison. Personne ne rentrait chez ses parents. Vous restez chez elle pendant qu’elle fait sa sieste. Et quand elle se réveille, vous retournez à l’école avec elle sans avoir mangé. Notre classe était une grande paillotte.

Alassane Ouattara faisait-il partie des élèves qu’elle punissait chez elle ?

Tout le monde sans exception. On est au Cp1. On n’a pas fait de jardin. On se familiarisait avec l’école. Donc c’était difficile de savoir lire et compter. On était donc tous punis.

Avez-vous retrouvé la trace d’autres amis du Cp1 et Cp2 ?

Il y a également Momo Touré. Il est vivant et c’est un grand militant du Pdci à Abidjan. Il était au ministère du Tourisme à l’époque. Il est aussi à la retraite. Il y a Ezan Léon, mais plusieurs d’entre nous sont malheureusement décédés.

Avez-vous des photos de cette époque ?

C’était un luxe d’avoir des photos. Et je ne crois pas qu’Alassane lui-même ait des photos de 49 ou 50.

Vous prétendez être l’ami de classe du président Ouattara. Cela suppose que vous le connaissez très bien et aussi ses parents. Où étiez-vous lorsque le débat sur sa nationalité faisait rage en Côte d’Ivoire ?

A la période où le débat sur sa nationalité faisait rage, il était beaucoup risqué de prendre ouvertement position. Je vous dis que le papa d’Alassane est instituteur et c’est un Ivoirien. A l’époque, nous avions formé un petit groupe pour pouvoir témoigner. Mais, que voulez-vous ? La voix du pauvre instituteur à la retraite que je suis ne pouvait pas porter jusqu’à Abidjan. A l’époque, quel média allait accorder du crédit à mon témoignage? C’est pourquoi je n’avais pas réagi. La dernière fois à la réunion à la mairie où vous m’avez aperçu, quand j’ai dit que j’étais le camarade de classe du président, beaucoup n’ont pas cru. Imaginez-vous à l’époque de ce débat sur la nationalité d’Alassane Ouattara où les passions étaient déchaînées.

Alassane est devenu un brillant économiste, Premier ministre et aujourd’hui président de la République. Quel est votre parcours ?


Je vous ai dit que je suis instituteur, j’ai pris ma retraite en juillet 1993. J’ai commencé ma carrière le 1er octobre 1960 à Assikoi, le village du soldat Boka Yapi. Ensuite, j’ai été successivement affecté à Mutcho, près d’Agboville, à Dimbokro à l’Epp Est 1. De là, j’ai été balancé à Grouminakro, près de Yamoussoukro. J’ai aussi servi à Assounvié qui est le village d’Auguste Denise, puis à Konankokorêkro, celui de Kouassi Lenoir. De là, je suis venu à Toumodi ville en 1975. J’ai enseigné dans plusieurs écoles de la ville avant de prendre ma retraite en juillet 1993 à l’Epp Santé.

Mais est-ce que vous avez entrepris, vous-même, des démarches pour rencontrer Alassane Ouattara ?

Bien sûr, mais sans succès. Mais cette fois à Toumodi, c’est la dernière chance. Je souhaite sincèrement le revoir.

Le président vient chez vous, si vous le rencontrez, qu’allez-vous lui dire ?


Mon vœu, c’est de rencontrer Alassane parce que n’importe qui n’a pas son ami d’enfance qui peut devenir président. Je ne supporterai pas qu’il vienne à Toumodi sans pouvoir le voir. Mais si cela arrive, j’ai préparé une lettre que je vais lui remettre par ses services. En tout cas, nous ses amis d’enfance, lui souhaitons beaucoup de courage et de chance dans ce qu’il est en train de faire pour le pays. Je suis en train de voir aussi avec la famille de Patrice Kouamé, parce qu’il doit déjeuner là-bas, si je peux profiter pour le voir. C’est tout mon souhait !

Par Traoré Yacouba Diarra in L’Expression
Vendredi 15 Novembre 2013
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