«Ce jeudi 9 août 2012, aux environs de 21 h 10 minutes, je quitte le bureau, direction Yop. J'arrive à Keneya vers 21h 30, où est dressé un barrage des Frci. Contrôle d'identité. Je leur montre ma carte nationale d’identité. Ils me font descendre du taxi. «Y a quoi dans ton sac, tu es quitté où, tu vas où et tu fais quel travail ?», me demande un élément surexcité. Je lui réponds, tout en lui présentant ma carte professionnelle et en leur ouvrant mon sac. «Je suis journaliste. C'est mon sac de travail. Il contient mon ordinateur, mes téléphones».
«Ah bon tu as ordinateur, c'est qu’il y a des secrets dedans. On va t'emmener au camp pour analyser tout ça. Parce que tu dois avoir des trucs dedans. Et d'ailleurs même, pourquoi tu te promènes avec ça, où sont les papiers de l'ordi ? Tu es trop suspect», poursuit-il. Il m'intime l'ordre de m'asseoir à même le sol près d'une dizaine de jeunes qu'ils ont fait descendre des gbaka (minicar) et qu'ils ont arrêté.
«Non monsieur, je ne me mettrai pas là-bas, je veux juste que vous me disiez ce que j'ai fait», dis-je à cet élément un peu «hors d'esprit». Entretemps, je me mets à passer des coups de fil pour informer mes proches et ma rédaction (mon directeur de publication), ainsi que les organisations de de défense des journalistes.
L'élément confisque ma carte professionnelle et s'indigne de ce que je me rende à Niangon, ce qui fait de moi un vrai suspect, selon ses dires. Je m'énerve mais je garde mon calme tout de même.
Vingt minutes s’écoulent et ces éléments refusent de me «libérer». Ils tiennent coûte que coûte à me conduire dans leur «camp», selon eux. Le chauffeur du taxi qui me conduisait et qui est resté à mes côtés commence à les rabrouer en langue «dioula», leur faisant comprendre qu’ils se comportent mal.
Le «chef de poste» se décide à venir vers nous après plus de trente minutes. Le chauffeur de taxi lui relate les faits en dioula. Il se dirige vers son élément qui a mes documents, les récupère et revient vers moi. «Monsieur ? C'est vous non ? Remontez dans le taxi s’il vous plaît», dit-il avant de s'excuser. «Vraiment excusez-nous. Moi je suis un ancien militaire, eux ce sont des petits qui ont intégré le mouvement après la crise ; et donc ils sont un peu euphoriques. Je leur ai toujours dit qu'il y a des manières de demander de l'argent. C'est pas tout on fait avec la force. Vraiment excusez-nous hein. Eux ils ne connaissent pas la force des journalistes ô. Pardonnez encore hein», se confond-il en excuse. Finalement c'est vers 22 h 10 minutes que je reprends mon taxi.
Je viens de réaliser avec quelle facilité des innocents sont injustement arrêtés et conduits dans des camps militaires, pour ensuite être présentés comme des miliciens ou des faiseurs de coups d'Etat».
Frank Toti in Le Nouveau Courrier
«Ah bon tu as ordinateur, c'est qu’il y a des secrets dedans. On va t'emmener au camp pour analyser tout ça. Parce que tu dois avoir des trucs dedans. Et d'ailleurs même, pourquoi tu te promènes avec ça, où sont les papiers de l'ordi ? Tu es trop suspect», poursuit-il. Il m'intime l'ordre de m'asseoir à même le sol près d'une dizaine de jeunes qu'ils ont fait descendre des gbaka (minicar) et qu'ils ont arrêté.
«Non monsieur, je ne me mettrai pas là-bas, je veux juste que vous me disiez ce que j'ai fait», dis-je à cet élément un peu «hors d'esprit». Entretemps, je me mets à passer des coups de fil pour informer mes proches et ma rédaction (mon directeur de publication), ainsi que les organisations de de défense des journalistes.
L'élément confisque ma carte professionnelle et s'indigne de ce que je me rende à Niangon, ce qui fait de moi un vrai suspect, selon ses dires. Je m'énerve mais je garde mon calme tout de même.
Vingt minutes s’écoulent et ces éléments refusent de me «libérer». Ils tiennent coûte que coûte à me conduire dans leur «camp», selon eux. Le chauffeur du taxi qui me conduisait et qui est resté à mes côtés commence à les rabrouer en langue «dioula», leur faisant comprendre qu’ils se comportent mal.
Le «chef de poste» se décide à venir vers nous après plus de trente minutes. Le chauffeur de taxi lui relate les faits en dioula. Il se dirige vers son élément qui a mes documents, les récupère et revient vers moi. «Monsieur ? C'est vous non ? Remontez dans le taxi s’il vous plaît», dit-il avant de s'excuser. «Vraiment excusez-nous. Moi je suis un ancien militaire, eux ce sont des petits qui ont intégré le mouvement après la crise ; et donc ils sont un peu euphoriques. Je leur ai toujours dit qu'il y a des manières de demander de l'argent. C'est pas tout on fait avec la force. Vraiment excusez-nous hein. Eux ils ne connaissent pas la force des journalistes ô. Pardonnez encore hein», se confond-il en excuse. Finalement c'est vers 22 h 10 minutes que je reprends mon taxi.
Je viens de réaliser avec quelle facilité des innocents sont injustement arrêtés et conduits dans des camps militaires, pour ensuite être présentés comme des miliciens ou des faiseurs de coups d'Etat».
Frank Toti in Le Nouveau Courrier
