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«Black Movie», pleine lumière sur les pays du Sud

Axée sur l’Asie, l’Afrique et l’Amérique latine, la 21e édition du festival de cinéma «Black Movie» se tient à Genève jusqu’au 20 février. Fictions et documentaires renvoient au public une image à la fois divertissante et engagée des trois continents.



Photo :DR
Photo :DR
L’Asie, l’Afrique et l’Amérique latine se partagent l’affiche du festival de cinéma «Black Movie», créé il y a 21 ans et dirigé depuis 11 ans par Virginie Bercher, Kate Reidy et Maria Watzlawick.

Pointu, mais néanmoins plébiscité par de très nombreux spectateurs, «Black Movie» programme documentaires et fictions. Pas de palmarès pour ce festival qui préfère se contenter d’un Prix du public, laissant aux cinéphiles le plaisir de jouer les jurys et de voter pour le film qu’ils ont le plus apprécié, toutes catégories confondues.

Trois continents, donc, et environ 50 films pour les représenter, choisis parmi les 600 que le trio de directrices a visionnés. «Nous n’avons pas de section thématique cette année. L’affiche s’est plutôt construite autour de deux axes: le pays et le type de films, confie Kate Reidy. Pour ce qui est des pays, je citerai à titre d’exemple l’Inde et la Corée du Sud».

L’Inde combative, la Corée du Sud repue

Si l’Inde, pays émergent, se distingue par une série de documentaires produits avec peu de moyens et préoccupés par l’injustice faite aux femmes, le travail des enfants et la misère sociale, la Corée, en revanche, pays à la richesse confirmée, étonne avec ses longs métrages de fiction concentrés pour la plupart sur une société individualiste parce que gavée.

Quant au «type de films», Kate Reidy avoue avoir voulu «marquer pour cette édition la différence, ou plutôt l’écart, entre les documentaires de proximité, comme ceux produits par l’Inde ou encore le Congo, et les films de genre».

Entendez les films de sabre, codifiés thrillers, et dont les meilleurs tenants sont les Japonais Takashi Miike et Takeshi Kitano. De ces deux grands réalisateurs iconoclastes on pourra voir, entre autres, «13 assassins» et «Outrage», projetés en première suisse la semaine du 14 février.

«Nous offrons à notre public l’occasion de découvrir des œuvres qui ne sont pas programmées en saison, se réjouit Kate Reidy. Sur les 50 films à l’affiche cette année, aucun n’est distribué en 2011, en Suisse romande».

Et en Suisse alémanique? lui demande-t-on. «Je ne crois pas non plus, répond l’intéressée. De toute manière, au niveau national nous sommes, à ma connaissance, le seul festival qui tient une affiche non occidentale, avec comme spécificité l’Asie, l’Afrique et l’Amérique latine. Le Festival international de films de Fribourg (FIFF) ratisse plus large, et de ce fait même est moins ciblé».

La violence est au rendez-vous

Qu’il s’agisse d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique latine, la violence demeure au rendez-vous. C’est «tendance», comme on dit aujourd’hui. Pas du tout, se défend Kate Reidy: «On ne sélectionne pas la violence pour plaire. Celle-ci fait forcément partie des pays du Sud que nous programmons et dont les films sont le reflet d’un contexte social très brutal».

Violence politique dans les documentaires africains, entre autres, dont «Kafka au Congo», (projeté les 15 et 17 février) que nous avons pu visionner. Un film tragi-comique sur la corruption au Congo où magistrats, députés et hauts fonctionnaires de l’Etat actionnent à leur profit la «pompe à phynance», usant et abusant de la bonhomie de leur population. De quoi réveiller le ricanement d’un Jarry qui dans «Ubu Roi» caricatura à merveille les égarements d’un dictateur africain pansu. De quoi aussi donner quelques résonances à l’actualité.

Autre forme de violence, celle-là morale, très bien étudiée et filmée dans «The Housemaid», du Sud-Coréen Im Sang-soo, vu également. A l’affiche du festival de Cannes 2010, ce film, l’un des plus attendus de «Black Movie», sera projeté les 19 et 20 février.

Im Sang-soo réalise ici un remake de «Housemaid», mélodrame classique tourné en 1960 par son compatriote Kim Ki-young. Cinquante ans ont passé depuis. La mondialisation a fait son chemin dans les rangs d’une bourgeoisie sud-coréenne enrichie par les affaires, parvenue et insouciante, qui, pour échapper à tout scrupule, se drape dans un cynisme à l’occidentale.

Hommes et femmes en pâtissent. Les femmes surtout, obligées de ruser quand elles ont le pouvoir, ou au contraire de plier quand elles sont dans le besoin. «The Housemaid» en est l’illustration. Une jeune fille, jolie, généreuse, ouverte, très au point avec Internet, est engagée comme gouvernante et femme de ménage chez un jeune couple très riche. Son patron la séduit, l’engrosse, et la laisse entre les mains assassines de son épouse et de sa belle mère.

«En Suisse, il y a de la demande pour le cinéma des pays du Sud», constate Kate Reidy. Avant de conclure: «Conçu dans l’idée d’éclairer les esprits, ‘Black Movie’ fait salles combles. Il faut préciser que les réalisateurs d’Asie, d’Amérique latine et surtout d’Afrique restent minoritaires dans les grands festivals internationaux de cinéma».

Ghania Adamo, swissinfo.ch
Genève

Vendredi 18 Février 2011
La Dépêche d'Abidjan

Cinéma
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