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Amadou Touré, habitant du quartier Précaire Gobelet depuis 1974 : « C’est Gopleu qui est devenu Gobelet »


Amadou Touré, habitant du quartier Précaire Gobelet depuis 1974 : « C’est Gopleu qui est devenu Gobelet »
Arrivé à Cocody (Abidjan) en février 1969, Amadou Touré vit au quartier précaire dénommé Gobelet depuis quarante ans. Il a été témoin de la transformation de Gopleu (un campement qui a été créé, selon lui, par un vieux Yacouba) en Gobelet. au sous-quartier Bougouni où il est propriétaire d’une maison de fortune de deux pièces, amadou a fondé une famille. L’aîné de ses enfants a aujourd’hui 19 ans. Il explique pourquoi il est resté jusque-là à Gobelet.
Notre Voie : Pourquoi restez-vous à Gobelet alors que c’est un quartier précaire?
Amadou Touré : A l’ origine, Gobelet n’était pas un quartier précaire. C’est une situation qui remonte aux années 1980. Vous convenez avec moi, que nul ne peut décider comme ça de vivre dans un quartier précaire. Nous n’avons pas le choix.
N.V. : Pourquoi n’avez-Vous pas le choix ?
A.T. : Nous n’avons pas les moyens pour vivre décemment. La plupart des gens qui habitent ici sont des démunis. Je veux dire que nous n’arrivons pas à joindre les deux bouts. Bien sûr, il y en a qui travaillent. Mais ce sont des emplois qui ne sont pas viables. Et puis, nous n’avons pas commencé à habiter dans les bas-fonds. Nous vivions en hauteur. C’est le sous-préfet de Bingerville d’alors, M. Koronan, qui nous a conseillé de descendre vers les bas-fonds. Il nous a rassurés que nous y resterions pour longtemps parce qu’aucune entreprise d’envergure ne serait engagée de sitôt.
N.V. : Si Gobelet n’était pas un quartier précaire, comment se présentait-il alors?
A.T. : Gobelet était un gros village. A l’actuel emplacement de l’école de gendarmerie, se trouvaient Akékoi, Ahoukoi, Agbékoi et Gopleu. Gopleu dont la déformation a donné, aujourd’hui, Gobelet. Tous ces villages ont été délocalisés plus tard sur de nouveaux sites. Si vous arrivez, aujourd’hui, à Abobo, précisément à Abobo-baoulé, vous verrez les pancartes indiquant ces villages. Il y a des témoignages qui soutiennent que Gobelet également a été délocalisé. Mais, nous n’avons pas pu le vérifier. Quand le sous-préfet a demandé de partir vers les bas-fonds, j’étais l’un des premiers à m’exécuter. Toute la zone de Gobelet était la broussaille. Il y avait des champs de cacaoyers, de caféiers et de palmiers.
N.V. : A quand remonte la descente des populations dans les bas-fonds ?
A.T. : Les populations sont arrivées dans les bas-fonds à partir de 1974. Et si mes souvenirs sont bons, c’est véritablement en 1980 que Gobelet a commencé à être peuplé.
N.V. : De Gopleu, le village, on est passé à Gobelet, un quartier précaire. Comment tout cela s’est-il passé?
A.T. : Le qualificatif de précaire, nous l’acceptons difficilement. Ce qui est précaire est appelé à disparaître. Or nous, nous ne souhaitons pas disparaître. Si on doit même nous déloger d’ici, je l’ai dit devant le maire, il faut qu’on nous trouve un site de recasement. Que ce soit des autochtones ou des allogènes, ce sont des vies qui méritent d’être traitées avec délicatesse. On nous parle d’accidents qui surviennent. Mais on oublie souvent de relever que ce sont des situations qui arrivent partout. On l’a vu, par exemple, en Indonésie. Au lieu de chercher à nous déloger, qu’on vienne nous aider à aménager notre quartier pour que l’eau circule sans faire de dégâts. Maintenant, si l’on tient à nous déguerpir, qu’on nous trouve un autre site de recasement. Nous ne demandons pas forcément des logements. Parce que même les logements sociaux dont on parle aujourd’hui, je ne suis pas sûr que les habitants de Gobelet puissent se les offrir. Si c’est 5 millions fcfa comme on le fait croire, les gens de Gobelet ne sont pas à mesure de s’en procurer.
N.V. : Vous dites que Vous n’avez pas les moyens. Mais, ici à Gobelet, il y a des gens qui ont, par exemple, des postes téléviseurs de luxe et qui ont même un abonnement Canal horizon. Comment s’offrent-il tout cela?
A.T. : Tout cela est arrivé au fil du temps. Au début, ce n’était pas le cas. Peut-être que le bonhomme n’avait même pas le poste transistor. Et puis, qu’est-ce qui prouve que ce n’est pas un ami, un parent ou une connaissance quelconque qui a offert cela ? Tout compte fait, c’est une apparence trompeuse. Ce n’est pas parce qu’il possède des biens censés être pour les gens d’un certain niveau qu’on dira automatiquement qu’il est nanti lui aussi. Certains, ici, travaillent chez des patrons qui sont bien et qui leur offrent cela.
N.V. : Concrètement, combien vous faut-il pour quitter Gobelet ?
A.T. : Si on demande un montant, j’avancerais 5 millions fcfa. Et là, je partirais d’Abidjan pour rentrer directement au village.
N.V. : Ce n’est pas tout à fait cela. On voudrait savoir ce qu’il vous faut pour aller louer une maison hors de Gobelet.
A.T. : Ca dépendra du prix de la maison qu’on fera louer. Je ne sais pas si ça va coûter 25.000 fcfa ou plus.
N.V. : Dans les communes comme Abobo et Yopougon, il y a des maisons de 25.000 fcfa le mois et même moins sur des sites sécurisés. Pourquoi n’allez-vous pas prendre une maison là-bas ?
A.T. : Je ne connais pas ces quartiers. Mais, même à 25.000 fcfa le mois, il y a des gens, ici, qui ne peuvent pas payer.
N.V. : Et vous?
A.T. : Moi, personnellement, je ne suis pas sûr de pouvoir payer. Un jour ou l’autre, on me videra. Parce qu’ici, nous avons des gens qui louent des maisons à 10.000 fcfa. Ils n’arrivent pas payer. Et puis, quand vous parlez d’Abobo et Yopougon, ce n’est pas évident. Il y a des gens qui travaillent, ici, à Cocody, pour des salaires dérisoires. S’ils doivent aller rester à Yopougon pour venir au travail, vous voyez que ça pose problème! Vous aurez compliqué leur situation. Si on demande de quitter ici, je préfère rentrer chez moi, à Dimbokro.
N.V. : Pourquoi n’allez-vous pas, par exemple, à Abobo ?
A.T. : Abobo ne me plaît pas. Il y a trop de récidivistes là-bas. C’est un quartier de banditisme caractérisé. Ici, nous vivons en paix.
N.V. : Vous êtes- vous orienté vers des parents pour qu’ils vous aident à quitter le quartier ?
A.T. : J’ai des parents à Abidjan qui savent que j’habite à Gobelet. Mais personne n’a daigné lever le petit doigt pour m’aider. Je suis poète autodidacte. J’ai fait des émissions à la télé, à plusieurs reprises, au cours desquelles j’ai lancé des appels à l’aide pour éditer mes manuscrits. Jusque-là, il n’y a eu aucune réaction. De quelle solidarité parlezvous?
N.V. : En dehors du manque d’argent, quels problèmes vous retiennent à Gobelet ?
A.T. : Pour certains, il peut y avoir d’autres raisons. Mais moi, c’est par manque de moyens financiers que je suis ici. Si après mon émission, on m’avait appelé pour me venir en aide, peut-être que je ne serais plus ici.
N.V. : On pourrait vous reprocher de n’avoir pas cherché à trouver du boulot toutes ces années pour améliorer votre situation financière…
A.T. : Je suis tapissier. Mais le travail ne marche plus. Je suis installé au niveau du Lycée technique. Mais les clients viennent au compte. Il m’arrive souvent de songer à changer de métier.
N.V. : Mais entre-temps vous restez là, vous Vous exposez à de gros risques voire à la mort…
A.T. : Personne ne peut aller se jeter dans les bras de la mort. Ce sont des accidents qui arrivent. Ça arrive partout. A Cocody ici, il y a eu des immeubles qui se sont écroulés !
N.V. : Les risques sont plus grands à Gobelet…
A.T. : Personne ne peut échapper à la mort. Vous avez beau fuir, mais elle finit par vous rattraper. Personne ne peur aller s’installer dans un endroit où il sait qu’il va mourir. Même ceux qui sont dans les quartiers huppés rencontrent des accidents dans lesquels ils trouvent la mort. C’est le destin et personne n’échappe à son destin. Alors quand on brandit le risque d’accident, je dis que c’est un prétexte pour pouvoir nous nuire.
N.V. : Durant la saison des pluies comme c’est le cas actuellement, il y a quand même des victimes à Gobelet …
A.T. : Au risque de me répéter, les inondations ont tué des gens dans plusieurs communes d’Abidjan. Ici, sur la route d’Anono, une jeune fille qui se rendait au marché a été emportée par les eaux. Là encore, ce n’est pas dans une maison. C’est dans la rue qu’elle a été tuée par les eaux. Regardez la situation de l’Indénié. Malgré tous les investissements, on voit bien que le problème demeure. Les risques sont partout. Ce ne sont pas seulement les quartiers précaires qui sont menacés par les inondations.
N.V. : Pendant toutes ces années, vous est-il arrivé d’être pris de remords et de vouloir tout abandonner pour rentrer au village comme pour vous le dites maintenant ?
A.T. : Je n’y ai jamais pensé.
N.V. : Pourquoi ?
A.T. : Parce que je me sens bien ici. J’ai mon toit. Je ne loue pas de maison. Je vis avec ma petite famille. Je dis merci à dieu. Même si je décidais de partir d’ici, qui pourrait m’aider ?
N.V. : Vous vous sentez donc en sécurité ici ?
A.T. : Moi, personnellement, je ne me sens pas en danger. Contrairement à ce qui est dit, chacun, ici, a payé son terrain parce qu’ici c’était les terres des Attié. En quittant, ils ont laissé leurs plantations au chef manoeuvre qui se chargeait de vendre les terrains. On comptait les pieds de cacaoyers et de caféiers et on faisait un prix. Nous ne nous sommes donc pas installés de façon anarchique comme on le fait croire.
N.V. : Que dites-vous de l’environnement insalubre les écoulements d’eau ici et là, les odeurs…?
A.T. : Ca nous dit beaucoup, mais personne n’a le choix!
N.V. : Que répondez-vous à ceux qui disent que Vous restez ici parce que vous avez fait l’option de la facilité?
A.T. : Ceux-là sont des aigris, des égoïstes, des fanfarons. Ils disent que nous aimons la facilité. Mais personne n’aime la complication. Nous ne sommes pas des paresseux. Tout le monde ici travaille. Ceux qui parlent ainsi n’ont rien à dire en réalité. Sinon qu’ils viennent nous faire des propositions alléchantes et ils verront.
N.V. : Comment avez-vous vécu toutes ces décennies?
A.T. : Je peux dire que ça s’est bien passé parce que je ne suis pas tombé gravement malade. Cela en dépit de tout ce que vous avez souligné. Je vais au travail, je reviens.
N.V. : Voulez-vous dire qu’à Gobelet, la vie est la même qu’à Cocody, Marcory et les autres communes du District d’Abidjan ?
A.T. : Je veux dire seulement que nous vivons bien ici. Que ceux qui vivent en hauteur vivent leur vie et qu’ils nous laissent tranquilles. Maintenant, s’ils veulent nous aider, l’exemple de Biabou est là. En Afrique du Sud, on a vu Nelson Mandela construire des maisons pour les démunis. Pourquoi l’Etat de Côte d’Ivoire ne ferait-il pas la même chose ?
N.V. : Vous avez tendance à confier votre sort au gouvernement. En tant que citoyens, vous êtes aussi responsables!
A.T. : Bien sûr que nous sommes responsables. Mais cela ne dédouane pas l’Etat de ses obligations. Il est appelé à créer les conditions pour que nous puissions vivre décemment.
N.V. : Comment réagissiez-vous chaque fois aux menaces de déguerpissement du quartier?
A.T. : On est inquiets, énervés, frustrés et indignés.
N.V. : Pourquoi ?
A.T. : On a le sentiment qu’on nous empêche de vivre notre vie.
N.V. : Pourtant le gouvernement dit vouloir agir pour votre bien-être …
A.T. : Je dis que c’est une très mauvaise façon de nous aider. Si on veut nous aider qu’on nous trouve un site comme les gens de Washington (autre quartier précaire, ndlr) qui ont été délocalisés à Biabou.
N.V. : 40 ans de vie à Gobelet. N’avez-vous pas développé une forte affection pour ce quartier précaire ?
A.T. : Gobelet est comme ma famille. Sous le parti unique, j’étais délégué politique du PDCI-RDA. Les gens nous appelaient «quartier». Nous, nous avons milité pour un statut de village. Gobelet n’est donc pas un quartier. Mais un village. J’aime bien mon quartier. C’est ici que j’ai eu mes enfants et fondé une famille. Peut-être que si j’étais ailleurs, ça n’aurait pas été le cas.
N.V. : Pensez-vous partir d’ici un jour ?
A.T. : Si ce jour béni arrivait…
N.V. : pourquoi vous parlez de jour béni ?
A.T. : Puisque vous insistez. vous trouvez que c’est le départ d’ici qui nous arrange (rires). Vous trouvez même que nous nous mettons la corde au cou en restons là. Si, comme je le dis, quelqu’un vient défaire ce noeud en nous trouvant un site de recasement, nous dirons merci à dieu.

Interview réalisée par
César ebrokié
Source: Notre Voie
Lundi 28 Juillet 2014
Lu 781 fois
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