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Alpha Blondy à Tiburce Koffi : "Le bain de sang est inévitable (…). La guerre est là, et il va nous falloir la faire "

Rencontrer et échanger avec Alpha Blondy, est presque un privilège pour un journaliste, même si l’on ne compte plus le nombre d’interviews de qualité que cet artiste extraordinaire a accordées à la presse, tout au long de sa riche carrière. Pour moi, le (re) voir à Paris était d’abord un devoir, sinon d’ami, au moins, de ‘‘vieux compagnon de route’’. La chose ne fut pas difficile, grâce surtout à la médiation de Momo Louis, un autre de mes ‘‘vieux compagnons de route’’, mon ex-bassiste et journaliste culturel de renom. Alpha en a fait son ‘‘ministre de la Communication’’ (selon les termes de la star) depuis la disparition du légendaire Roger-Fulgence Kassy…
Ecoute et réécoute de « VISION » (le dernier album en date d’Alpha), thé, café, papotages, rigolades à n’en plus finir, porto, champagne, rappels de souvenirs attachants, etc. Et, pour clore ces belles et inoubliables retrouvailles d’hiver parisien, une interview.
« Pas de politique » (c’est moi qui l’ai voulu ainsi). Un seul thème à l’ordre du jour: la musique. A la fin des échanges, un thème subsidiaire, mais inévitable, s’est sournoisement glissé dans nos propos: la situation actuelle que vit la Côte d’Ivoire, notre pays. Ici, la gravité des propos que la star a tenus donne la chair de poule. Le visage torturé, la voix angoissée, le regard comme perdu dans l’insondable, Alpha dit ses blessures, ses espérances avortées pour ce pays et, pis, sa forte conviction d’une immense déchirure qui va faire éclater la Côte d’Ivoire. « Tiburce, ce bain de sang est inévitable (…). La guerre est là, et il va nous falloir la faire », me dit-il sur un ton effroyable et tragique. Lisez. Oui, lisez et appréciez ces paroles, gens déraisonnables de mon pays. Entendez encore la voix de notre prophète, celui-là même que nous n’avons jamais cessé de vouloir crucifier, chaque fois qu’il a entrepris de nous ramener sur le chemin de la raison. Parole d’Alpha Blondy, parole terrible de prophète désabusé! Oui, lisez.


Photo :DR
Photo :DR
 Quelle est la plus grande scène du monde sur laquelle tu n’as pas encore joué, et rêves de jouer ?

Dans notre métier, ça n’existe pas, la plus grande scène sur laquelle on n’a pas encore joué. Ce qui existe en revanche, ce sont les grandes scènes où on a joué. Tu dois savoir que la plus grande scène, c’est au Brésil, sur une plage, à Bahia. C’est un espace d’une capacité de 150 000 à 200 000 places. J’y ai joué l’été dernier. Aux Etats-Unis, il y a « Reggae on the River ». Des hectares et des hectares de terrain… Pour en revenir à d’autres proportions, prenons Abidjan par exemple où le plus grand espace est le stade Félix Houphouët-Boigny: j’y ai joué, bien sûr. Donc tu vois, cette histoire de grandes scènes, c’est relatif. Et puis d’ailleurs, je ne suis pas l’organisateur de mes concerts. Tu sais que je suis très casanier et que je passe tout mon temps à l’hôtel, quand je suis en tournée. Je n’en sors que pour monter sur scène.

  As-tu l’intention de prospecter l’espace asiatique ? 

Oui. Michel (c’est le tourneur) travaille à cela. Nous avons des propositions pour le Japon et la Chine. Nous sommes en train de les étudier. Je rappelle qu’il y a deux ans, nous étions à Singapour, avant le « Pacific tour » (NDR: une tournée mondiale que l’artiste a faite, en 2009).

Et la Corée ?

La Corée, c’est comme qui dirait, « chez nous ! » On pourrait même m’appeler « Corée Seydou ! »(Rires). Mon épouse est Coréenne du Sud, tu le sais. Plus sérieusement, nous projetons d’y aller sous pour y passer deux semaines, avec les enfants.

Près de 30 années de carrière. Quelles sont les étapes qui évoquent en toi des regrets ?

Tu sais que je suis fataliste. Pour moi, ce qui devait marcher a marché. Et ce qui était programmé pour ne pas marcher n’a pas marché. Vu mes origines sociales hyper modestes, je me dis toujours : Alpha, tu as tout à gagner, rien à perdre. Donc, même les moments où il y a eu des ‘‘flops’’ et où j’ai eu des pincements au cœur, je me suis toujours dit: il fallait ça. L’eau froide permet d’apprécier l’eau chaude; l’échec permet de mieux apprécier la réussite. Le temps, pour moi, ne compte pas. Quand j’ai une tournée, c’est comme si j’étais à mon premier concert. Le défi que je me lance, c’est me toujours surpasser. Je ne connais pas de vacances depuis que ma carrière a commencé. Quand tu as eu du travail après 25 années de chômage, tu n’as plus besoin de vacances. Un pauvre n’a pas le droit de se reposer. Quand on me dit ‘‘Alpha, tu travailles trop, repose-toi un peu’’, j’ai l’impression qu’on veut me faire retourner au chômage et me ramener à la condition de pauvre contre laquelle je me suis battu.

Ressens-tu toujours, comme aux premiers jours, le trac, quand tu montes sur scène ?

Oui. C’est pourquoi je commence toujours mes concerts en récitant le psaume 23. Je suis obligé de faire appel à mes énergies intérieures pour me donner la baraka. Pour réussir, il faut détester l’échec, chercher à se surpasser. Même quand les gens ont applaudi, je cherche toujours à lire dans les yeux de mes amis, pour savoir ce qui n’a pas marché afin de pouvoir faire mieux, la prochaine fois.

Ton histoire est remplie de ruptures, souvent spectaculaires et fortement médiatisées. T’arrive-t-il de faire des réconciliations?

Tout dépend de la nature et de l’ampleur du délit. Il y a des blessures qui se referment, avec le temps. Mes colères sont certes spectaculaires, mais ce sont des feux de paille. Je connais aussi des blessures profondes; ces dernières sont impardonnables.

Tu as souvent des paroles qui puent la rancune, le désir de se venger; par exemple, dans la chanson « Tu mens », tu dis : « Tu mens comme tu respires/ (…) T’aimer devient très difficile ». Tu te venges sans doute là, d’une femme qui t’a fait des infidélités?

Ecoute, en réalité pour ce qui est des femmes avec lesquelles j’ai eu des enfants, il n’y a jamais eu de séparation véritable. On continue de se voir; je leur pardonne tout, parce que j’ai eu la chance de les voir enfanter. Quand tu as vu une femme accoucher de ton enfant, tu lui pardonnes tout. Voir une femme accoucher de ton enfant est une expérience extraordinaire. Tu comprends alors que cette femme a mis sa vie en danger pour pouvoir te donner cet être. Et cela constitue déjà pour moi, la circonstance atténuante par excellence, et qui me permet de tout pardonner à cette femme. Un enfant, c’est plus qu’une bague de mariage; c’est une alliance éternelle, donc un pardon éternel.

30 années de carrière, des centaines de chansons, et presque toutes, à succès. Combien d’arrangeurs as-tu eus au total.

Un seul. Boncana Maïga.

Il te manque ?

Oui. Des fois. Dans le fond, je suis resté un nostalgique. Ce que j’ai aimé chez Boncana Maïga, c’est sa façon de travailler. Il était toujours à l’écoute de ce que je voulais. Quand je voulais des arrangements comme ci ou comme ça, il les faisait. Avec lui, j’ai appris à avoir une idée assez précise des arrangements que je désirais entendre sur telle ou telle chanson.

10 - Notamment dans l’approche des cuivres, je crois. C’est toi qui a suggéré les arrangement des cuivres sur cet album ?

Ca ne s’est pas passé exactement comme cela. Tu sais, Maïga a une section de cuivres très performante, à Paris ; et quand on s’est habitué à des musiciens pareils, on ne peut plus se contenter de l’à peu près. Mais sur cet album, les cuivres ont été entièrement conçus par mes musiciens du ‘‘Solar system’’. Je leur ai tout confié. Je leur ai dit que je voulais des cuivres très rock and roll, quelque chose de psychédélique, quoi, tu vois non ? Ils ont fait le travail, ils me l’ont fait écouter, j’ai gardé ce qui me plaisait ; et, évidemment, enlevé ce qui ne me plaisait pas.

Tu n’as cité que Boncana Maïga comme arrangeur que tu as eu. Georges Kouakou aussi l’a été, non ?


Evitons les litiges inutiles.

Tu as suscité des vocations, fait des émules en Côte d’Ivoire et à travers le Monde. De tous ces émules, quel est celui ou quels sont ceux qui te paraissent le plus proches de toi ?

Je ne te le dirai pas, parce que cela pourrait altérer un peu leur élan. Dans notre métier, on a tous eu, chacun, une référence sur laquelle on a pris appui avant de trouver et cultiver notre propre identité musicale. Donc tous ces… émules, comme tu le dis, qui sont d’origine diverses, même s’ils se sont inspirés de Bob Marley ou d’Alpha Blondy, ont su trouver leurs marques personnelles, après le temps de l’imitation. Je ne veux donc pas revendiquer ma griffe sur eux. Ce serait malsain de ma part, et ça pourrait ternir leurs carrières.

- Lequel de tes albums écoutes-tu le plus ?

Ca dépend. Tu sais, dès que je sors de studio après un album, je m’écoute, me réécoute, me sur-écoute même pour rechercher la saturation. Si la chanson me fatigue, c’est qu’elle n’a pas atteint les sommets que je voulais atteindre, parce qu’en réalité, on ne se fatigue jamais d’écouter un excellent morceau. Quand j’ai bouclé la période d’écoute à outrance, je ne réécoute ce morceau que des années, trois, quatre ou cinq ans par exemple, plus tard. Ca me donne alors le sentiment de redécouvrir cette chanson. Tu es musicien comme moi, et tu sais que quand tu travailles sur un album, tu l’écoutes avec l’oreille de celui qui est en train de travailler. C’est quand l’album est fini, que tu peux te donner le temps et le plaisir de l’écouter avec les oreilles du mélomane. Et ce sont ces moment de détachement qui te permettent de mieux apprécier ce que tu viens de réaliser. Mais cela n’arrive que des années plus tard (…). Souvent, pour me faire plaisir, des gens jouent tout de suite du Alpha Blondy dès qu’ils me voient arriver. Et ils mettent la sono à fond ; et tu entends les commentaires: ‘‘Non djo, ton morceau-là est trop puissant, quoi » ! Ou bien, « Ah ça, ça me plaît trop ! » Vraiment, le morceau-là peut me dja, kôrô » !, etc. Honnêtement, ça me fatigue, mais je ne peux pas leur dire ça, tu vois, non ? Bon, c’est cela aussi, les désagréments du métier. Et on fait avec.

T’arrive-t-il de te rendre dans une discothèque et d’acheter un disque que tu aimes ? N’importe quelle musique ?

Ah oui! Surtout à un moment donné de ma carrière où les Ivoiriens, surtout les journalistes, avaient la fâcheuse habitude d’établir des comparaisons farfelues entre les musiciens et de chercher à les opposer. Comme si la musique, c’était la boxe ! Ils nous voyaient comme on voit Tyson, Mohamed Ali, Joe Frazier. Ils n’arrivaient pas à comprendre que ce sont des feelings complémentaires, et qu’Alpha Blondy ne peut pas passer toute sa carrière à n’écouter que du Blondy. Moi j’ai souvent l’envie d’écouter du Serge Kassy, Ismaël Isaac, Bêta Simon, entre de nombreux autres. Mais les journalistes ont tenté d’opposer à Alpha Blondy ces jeunes chanteurs que j’aime pourtant bien. Et ça m’avait dégoûté pendant longtemps. Mais j’ai lâché prise depuis longtemps aussi, et je prends aujourd’hui beaucoup de plaisir à écouter Ismaël Isaac. Il a une belle voix, sa musique est très belle aussi et touchante, surtout que c’est Georges Kouakou qui fait ses arrangements.

T’arrive-t-il aussi d’écouter l’autre Ismaël,… Agana celui-là ?

Mon gars, je ne veux pas de… de… Non, je ne l’écoute pas.

Pourquoi ?

 Evitons les malentendus et autres litiges inutiles. Retiens seulement que je ne l’écoute pas.

On dit que tu n’aides pas Agana. Tu ne lui fais pas profiter de ta renommée et de tes entrées. C’est ton fils, tout de même ?

On m’a aussi dit: « Aide-toi, et le ciel t’aidera. » Ecoute, laisse de côté les questions relatives à la famille. Ismaël est un grand garçon, et quand il choisissait ce métier, il avait choisi aussi tous les risques qui vont avec. Ce n’est pas pour moi ni à cause de moi qu’il a choisi cette voie; c’est, je suppose, par amour pour la musique et la chanson.

Aurais-tu voulu le voir embrasser un autre métier ?

Non, non, non. Ismaël a fait ce que Dieu a voulu qu’il fasse. Dieu l’aidera donc.

Lequel de tes musiciens est le plus ancien au sein de ton orchestre ?

Abou bass (c’est le bassiste). Il est actuellement le chef d’orchestre. Mais je suis, évidemment, le plus ancien d’entre tous mes musiciens !

Nombreux sont tes fans qui n’ont pas compris le départ d’Ami Bamba, ta choriste principale.

Ami n’est jamais partie. C’est vrai qu’on ne part plus en tournée avec elle; mais sache que, quand j’ai produit « Les môgôs du temple » par exemple, c’est à Ami Bamba que j’ai confié les chœurs. Je ne connais pas sur le marché ivoirien et même africain, de vocaliste qui puisse battre Ami Bamba. Elle a un sens incroyable de l‘habillage des chœurs. Ceux qui vont écouter « Vision » vont découvrir tout le potentiel de génie vocal d’Ami Bamba. Je la considère un peu comme ma petite sœur, voire ma fille, car son père me l’a confiée.

Sur cet album, tu accordes de larges plages d’improvisation au guitariste. Je l’ai d’ailleurs écouté avec grand plaisir. Il joue vraiment bien, ce gars. Très rock. A quoi ça obéit ?

Très rock, oui. C’est exact, il est très rock. Et c’est ce que j’aime chez lui. Ecoute, les gens disent « on fait du reggae ». Je fais du reggae, oui; mais ils oublient que le style que je fais s’appelle « roots, rock, reggae ». Ils ont toujours fait ablation de la dimension ‘‘rock’’ de ma musique. Or je tiens à ce que ces trois dimensions de ma musique soient pertinentes. J’ai une culture rock, tu le sais. Au lycée, on m’appelait Jagger, et on continue même de m’appeler Jagger. On avait un groupe rock inspiré des « Djinahouroux » de Jimmy Hyacinthe, et des « Black devils » de Désiré Bamba. Je suis donc issu de cette génération-là de musiciens rock. Et puis, j’ai eu la chance de tomber sur ce guitariste. Il s’appelle Julien Lacharme; mais je l’appelle Jules, comme toi d’ailleurs. C’est mon Jules César de la guitare. Oui, il est excellent comme guitariste. Pour cet album, je lui ai dit: « Mon petit, je veux des guitares qui donnent une identité à chaque chanson ». Voilà pourquoi il y a tant de couleurs de guitare sur cet album. Ca réhabilite et revalorise la dimension rock que je voulais donner à mon reggae.
23 - J’ai l’impression que tes deux derniers albums ont perdu de ce climat empreint de spiritualité qui faisait la qualité et la spécificité de tes productions.
C’est une fausse impression. De Jah glory (le premier disque) jusqu’à celui-là, Dieu est resté un thème constant. Dieu a toujours là, dans mes chansons. J’ai toujours dit, et je le répète : « Je suis l’androïde de Dieu. Je pense, donc Il est ». Et, pour rigoler un peu, je dis toujours aux gens: « Même s’il arrivait un jour que  Dieu s’amuse à me dire qu’Il n’existe pas, je porterais plainte pour faux et usage de faux, et pour tentative d’escroquerie spirituelle. Je suis la preuve vivante de l’existence de Dieu.

Quelle est l’église que tu fréquentes, en Côte d’Ivoire ?
L’univers est mon église. Quand on me demande « c’est quoi, ta religion? » Je  réponds: « Dieu est ma religion ». Mais il s’en trouve, des idiots, pour me demander encore: « C’est quel dieu ? ». Je leur demande alors: « Vous en connaissez combien? » Je refuse les étiquettes religieuses. Je ne mets pas d’étiquettes sur ma foi. Je peux entrer dans une église, une synagogue, une mosquée, tout espace sacré, pour aller louer mon créateur. Les étiquettes à palabres ne m’intéressent pas. Les religions nous divisent inutilement, parce qu’elles-mêmes sont divisées. Dieu est mon parachute, mon médicament.

25 – Tu appartiens à la foule, et tu es pourtant resté un homme très solitaire.
C’est dû aux blessures du passé.

Que fais-tu de tes amis ?

Mes amis sont morts.

Et tu vis exclusivement de leurs souvenirs ?

Oui. Je vais te le dire: je n’ai pas droit à l’erreur. Moi, je suis le défi de Fulgence Kassy. Je suis le défi de ceux qui m’ont fait confiance: Fulgence, Benson, ceux-là qui ont misé sur le cheval anonyme que j’étais. Quand Fulgence est parti (décédé), j’ai pris ça comme un signe du ciel (...). Je suis très susceptible, naïf souvent. On m’a donné l’étiquette de fou; alors, je me suis un peu retiré de la société.  

Tu te méfies de l’amitié. Sur cet album, tu chantes : « Plus je connais mes amis/Plus j’aime mon chient ». Tu cites aussi Victor Hugo : « La moitié d’un ami/ c’est la moitié d’un traître ». Terrible ça, non ?

Ecoute, un ami, c’est complet. Il n’existe pas de moitié. Ou bien il est l’ami, ou bien il ne l’est pas.

Alpha, c’est aussi un nombre impressionnant de femmes. Les as-tu toutes aimées ?

Entendons-nous bien. Ce n’est pas Alpha Blondy seul qui aime les femmes. Et puis, dans cette histoire d’Alpha qui aime les femmes, je vais te dire que ce sont les femmes elles-mêmes qui ont commencé; à commencer par celle qui m’a accouché, ma mère. Mon grand-père avait quatre épouses, j’ai grandi entre les mains de ces épouses qui m’appelaient, chacune « mon mari ». C’est pourquoi, à la maison, on m’appelle « petit papa ». J’étais donc le petit papa; tel jour je dormais ici, tel autre, là. J’ai conservé cette bonne éducation; et, puis, aujourd’hui, on me reproche de vouloir dormir ici et là! Est-ce que tu vois un peu ça?

Polygame donc ?
Non. Polyglotte !!! (Rires).

A présent, la question qu’on ne peut pas ne pas te poser, quand on échange avec toi. Tu as, au cours de ces deux dernières décennies notamment, alerté ton peuple, les Ivoiriens, sur le danger qui menaçait la Côte d’Ivoire: la déchirure, la fracture de la nation en construction, si nous n’y prenons garde. Ton pays, notre pays, va mal. Comment vis-tu cela?

Je suis blessé. Blessé non seulement par rapport à moi, mais aussi par rapport aux artistes de mon pays. Pour une raison que j’ignore, Dieu a toujours inspiré les artistes; et quand on me dit que je fais des prophéties, je dis: « Vous vous moquez de Dieu ». Car ne n’est pas moi qui dis, mais Celui-là qui m’a inspiré ces paroles. Les Ivoiriens disent qu’ils croient en Dieu; ils se mentent à eux-mêmes. Je dis: quand un homme vous avertit d’une chose, une première fois, une seconde fois, puis une troisième fois, et que vous ne l’écoutez toujours pas, et qu’à chaque fois ces choses-là, qu’il prédit, se réalisent, vous devez quand même avoir un jour le bon sens d’être désormais à son écoute. Je ne suis pas le plus courageux des Ivoiriens. Je suis même un grand peureux. Quand j’ai pris le risque de dire ce que d’autres n’osaient pas dire, ce n‘était pas par témérité, mais par peur de ce qu’il allait arriver, et que je voyais venir. On n’a pas voulu m’écouter. Et aujourd’hui, la chose est là. Ma peur est devant moi, et ma peur est la leur. Je continue d’entendre les mêmes discours irresponsables, je continue de voir la même haine. Et je me dis: où est passé la Côte d’Ivoire de « l’espérance promise à l’humanité » ? (…). Parfois je me demande si je n’ai pas failli à ma mission. Mais je sais au plus profond de moi-même que je n’ai pas failli. Depuis le temps d’Houphouët-Boigny, j’ai dit des choses qui m’ont valu les injures de la presse à un moment donné de ma petite carrière. Mais j’ai dit ces choses-là parce que j’ai peur de la guerre. (…). J’ai toujours eu l’impression que les Ivoiriens, surtout les politiciens de mon pays, prenaient un plaisir étrange à demander à Dieu: « Dieu, tues-nous un peu, on va voir ! ». Tu comprends ? Les Ivoiriens ont donc décidé de tester Dieu. A présent, Dieu a décidé d’exaucer leurs vœux en mettant sur leur route, la redoutable et terrible équation: la guerre. Et, je te le dis, Tiburce, quelle que soit la face que tu regarderais, de ce cube, tu ne peux y voir que la guerre.

Crois-tu sérieusement que nous ne pouvons pas éviter cette guerre ?

Tiburce, c’est IN-EVI-TA-BLE.
 
Mais enfin, Alpha, tu veux que j’écrive des choses comme ça ? C’est ce que tu as à dire à ton peuple ?

Oui. Tu peux l’écrire; et tu dois même l’écrire. C’est à présent ton rôle de le dire. Oui, il y aura la guerre, Tiburce. Ce bain de sang est inéluctable et inévitable. Et c’est pourquoi je suis ici, en France. Tu sais très bien que je n’aime pas le froid; le soleil d’Abidjan me manque. Mais je ne peux pas et ne veux pas être témoin de ça. Va sur mon site, j’y ai laissé des messages aux Ivoiriens (…). Je sais que la démocratie est un couteau à double tranchant; c’est pourquoi j’ai laissé tous ces messages aux miens. Et ce que je voulais éviter est là ! Dieu est lent à la colère, Tiburce. (…). J’aime bien ceux qui disent que « la Côte d’Ivoire est bénie de Dieu »; mais je leur réponds que Israël est aussi bénie de Dieu. Moi j’estime avoir fait ce que je pouvais, pour nous éviter ça. Les Ivoiriens sont devenus insolents, arrogants, déraisonnés. De toute façon, et comme on dit: « On a les dirigeants qu’on mérite ». Donc, nous devons assumer les bêtises de nos dirigeants. Nous sommes devant ce destin, ce mur. Nous ne passerons pas outre ce mur sans ce bain de sang que nous nous sommes promis. On voulait la guerre, Dieu nous a écoutés. Les Ivoiriens ont pris la triste habitude de dire: « Un jour, ça va chauffer ici! Ca va chauffer ici, et on va voir » ; parfois ils disent « Un jour, on va s’ambiancer ici. «  Bon, maintenant, Dieu a dit : « OK, ambiancez-vous, je vous regarde. » Les politiciens ivoiriens croient en dieu, mais en réalité, ils n’ont pas confiance en lui.
 34 – Continues-tu de considérer Houphouët comme un modèle ?  
Houphouët n’était qu’un humain investi de la parole divine. Je ne dis pas qu’il n’a pas commis de fautes. Mais lui au moins savait parler de paix, la vraie paix. Il a désiré la paix et il a œuvré à cela. Il est même allé jusqu’à dire qu’il préférait l’injustice au désordre. A un moment donné, les Ivoiriens se sont mis à dire : « Ah ! lui aussi, il nous fatigue avec son affaire de paix-là ». OK. Maintenant, voilà la guerre, et il va falloir la faire (…). J’entends des gens qui crient à la guerre, la réclament même; mais c’est une guerre qu’ils veulent livrer avec le sang des autres, et non pas avec leur propre sang. Ca, c’est être lâche devant l’histoire ». La Bible dit, dans Corinthiens : « Tout est permis ici bas, mais tout n’est pas utile. Tout est permis ici bas, mais tout n’affranchit pas ». Mon dernier mot à l’endroit des dirigeants de mon pays. « J’ai l’impression que vous tenez tous à en découdre; mais je vous le dis aujourd’hui: le vainqueur ou les vainqueurs seront inconsolables devant l’étendue de leurs victoires. Que dieu aide les bramôgôs de Côte d’Ivoire ! ».    

Interview réalisée à Paris, lpar Tiburce Koffi
Avec la précieuse collaboration et participation de Momo Louis.
Jeudi 17 Février 2011
La Dépêche d'Abidjan



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