Connectez-vous S'inscrire
La Dépêche d'Abidjan










LE PARCOURS HÉROÏQUE DU ZOUGLOU

CÔTE D'IVOIRE - PRISONNIERS DE L'INDIFFERENCE

Le mal spirituel de l’Afrique : le christianisme et l’islam

ZOUGLOU FEELING (DOCUMENTAIRE) - EXTRAITS

21/02/2016 - La Dépêche d'Abidjan

Magic System au Festival RAÏ NB Fever - Bercy 2009

20/11/2015 - La Dépêche d'Abidjan

PETIT DENIS : APPELEZ-MOI "EL CAPO"

08/10/2015 - La Dépêche d'Abidjan

ANDY : L'HEURE A SONNÉ

08/10/2015 - La Dépêche d'Abidjan

ZOUGLOU FEELING - DOCUMENTAIRE - TEASER

05/07/2015 - La Dépêche d'Abidjan

BOBY YODÉ - CÉLÉBRATION DES 25 ANS DU ZOUGLOU À PARIS

29/06/2015 - La Dépêche d'Abidjan

LE ZOUGLOU, UNE MUSIQUE MILITANTE

14/06/2015 - La Dépêche d'Abidjan

TEASER - ZOUGLOU 25 ANS

11/06/2015 - La Dépêche d'Abidjan

VALEN GUÉDÉ À PROPOS DU ZOUGLOU

31/05/2015 - La Dépêche d'Abidjan

DIDIER BILÉ ET LÉAO KORÉ EN PRESTATION

22/05/2015 - La Dépêche d'Abidjan

MALMO EN PRESTATION

21/05/2015 - La Dépêche d'Abidjan

ARRIVÉE DE PETIT DENIS ET DEBORDO LEEKUNFA À PARIS

18/04/2015 - La Dépêche d'Abidjan

AWOULABA

15/04/2015 - La Dépêche d'Abidjan

"LAURENT GBAGBO, C'EST MON PRÉSIDENT" - ABOU GALLIET

14/04/2015 - La Dépêche d'Abidjan








10 mars 1893 - Naissance de la Côte d'Ivoire

26/08/2016 - La Dépêche d'Abidjan

Laurent Gbagbo dans le tourbillon du Golf de Guinée.

27/09/2015 - La Dépêche d'Abidjan

HISTOIRE - Le premier instituteur ivoirien

08/07/2014 - La Dépêche d'Abidjan

Derniers connectés
Jean Paul YAMEOGO
La dépêche  D'ABIDJAN
Jean Marius D'ALEXANDRIS
Val FASHION
Du male JPK
TSBAAH WAWAGNON
Sibailly ONÉ
Bienvenu AKE
N'chobi Alex BOUA
Koffi lambert YEBOUE
SERGE ETAME
Parfait RICHARD

Affi N’guessan : « L’histoire a déjà plébiscité Gbagbo, personne ne peut tourner sa page »

Dans la première partie de cette interview, le président du Front populaire ivoirien (Fpi), M. Pascal Affi N’guessan a clairement indiqué la voie qu’il a choisie pour obtenir la libération du président Gbagbo, des autres prisonniers politiques et restaurer le parti.Dans ce second volet, il aborde plusieurs autres questions dont celle de son histoire personnelle avec le Fpi.


Affi N’guessan : « L’histoire a déjà plébiscité Gbagbo, personne ne peut tourner sa page »
Notre Voie : Tout à l’heure, lorsque nous avons évoqué la question de remettre à Gbagbo « sa chose »,vous avez semblé offusqué…

Pascal Affi N’Guessan : Oui, parce que dire ça c’est désavouer l’immense travail d’implantation du FPi par Laurent Gbagbo. Moi, par exemple, quand je décidais d’entrer au FPi en 1986, dans la clandestinité, c’était pour participer à une aventure. Le FPi était embryonnaire, n’avait ni argent, ni postes ou avantages à distribuer, mais des épreuves à faire supporter. Comme beaucoup d’autres militants, j’ai accepté ma part d’épreuves au nom de mes convictions. Le risque de perdre mon poste de directeur des Études et des stages à l’École Nationale Supérieure des Postes et Télécommunication (ENSPT) ne m’a pas dissuadé. Au contraire, j’ai tiré profit de cette position pour apporter, au plan humain, matériel et financier, une contribution notable à la réinstauration du multipartisme en Côte d’ivoire et aux premiers pas du FPi. En 1990, j’ai été chargé de trouver un siège pour le parti.
J’ai conduit son implantation dans la commune d’Abobo, puis à l’est du pays et dans le Grand Centre. J’ai contribué à briser le ghetto ethnique dans lequel le pouvoir de l’époque voulait confiner le parti et à lui donner une assise nationale en remportant l’élection municipale dans la commune de Bongouanou, en 1990. Depuis, je n’ai cessé de « donner » au parti;physiquement, intellectuellement, médiatiquement,comme beaucoup de cadres à travers le pays, grâce à qui le FPi est ce qu’il est aujourd’hui. Je me considère donc comme « membre fondateur » parce que j’ai été aucœur de cette aventure-là.Voilà la vérité, parce que c’est ça qui est la réalité ; n’en déplaise aux « patrimonialistes » et autres courants « messianiques » qui veulent réduire le parti à un « patrimoine privé » avec « des propriétaires » d’une part, et des ouvriers d’autre part, ou à une secte avec « ses gourous » d’une part, et ses «adeptes» d’autre part. Cette attitude rétrograde est l’un des enjeux de cette crise interne. De plus, c’est une absurdité de dire que le Président Gbagbo a besoin d’être Président du FPi pour organiser sa libération. C’est du dehors qu’on organise la libération d’un détenu.Gbagbo ne peut pas organiser lui-même sa propre libération. Ce n’est ni le titre, ni la notoriété qui libèrent ; sinon il ne serait pas en détention à l’heure actuelle, et Jean-Pierre Bemba serait libre depuis 2011. C’est l’action de ceux qui jouissent d’une liberté d’action qui permet d’obtenir la libération de ceux qui sont privés de liberté.Lorsque le lion, roi des animaux est pris dans un filet de chasse, il est obligé de faire un marché avec le rat pour se libérer ; quand un père de famille est en prison, ce sont ses enfants qui s’organisent pour assurer sa défense et subvenir à ses besoins pour dire qu’on a toujours besoin d’un plus petit que soi.

N.V. : Monsieur le Président, comment se fait-il que vous n’ayez pas pu convaincre vos camarades avec tous vos arguments ?

P.A.N. : Comment Gbagbo n’a-t-il pas pu convaincre les forces nouvelles de Guillaume Soro,malgré les nombreux accords, notamment l’accord politique de Ouagadougou issu du dialogue direct ? Quand l’enjeu de la lutte est la conquête ou la conservation du pouvoir, chaque camp va jusqu’au bout de sa logique.Les forces nouvelles de Guillaume Soro ont abondamment usé des médias pour diaboliser le régime de Laurent Gbagbo. Ils ont réussi à dresser contre Laurent Gbagbo et le Fpi les populations du nord et même la communauté internationale,en instrumentalisant l’ethnie et certains concepts comme «l’ivoirité», la xénophobie,etc. Mes adversaires n’opèrent pas autrement. Leur siège à Abidjan est baptisé «Bouaké», pour indiquer qu’il s’agit bien d’une rébellion,même si elle est interne au Fpi. Eux, ont décidé de dresser contre le président du Fpi tous ceux qui aiment Gbagbo ou sont solidaires de son sort, en lui collant des anathèmes : « Affi est contre Gbagbo ; il veut tourner sa page ; il a un deal avec la communauté internationale pour que Gbagbo reste en prison ; c’est un «vendu», un traître, etc.». Tout simplement machiavélique. Heureusement, eux n’ont pas de kalach, ne peuvent pas contrôler une zone CNO et isoler la légalité, même si telle est leur volonté. Leurs mensonges devront nécessairement affronter la vérité.

N.V. : Vos adversaires vous répondent que, malgré votre posture et depuis plus d’un an que vous êtes sorti de prison, vous n’avez rien obtenu. Les prisonniers restent en prison, les exilés en exil, vous-même restez sous sanction, etc.

P.A.N. : C’est de bonne guerre et ce n’est pas de mes adversaires qu’il faut attendre l’éloge de mes actions. Mais la vérité saute aux yeux. En un an, la situation a fondamentalement changé grâce à notre action, même s’il reste encore beaucoup à faire. Le communiqué que nous avons signé avec le gouvernement le 22 mai 2014 matérialise ces avancées. C’est le premier communiqué commun depuis la crise post-électorale.Grâce à ce résultat, près d’une centaine de prisonniers politiques a recouvré la liberté, dont Jean Yves Dibopieu et Youan Bi Angenor. on comptait à peine une trentaine avant ma libération.Nous aurions progressé si nos adversaires, hostiles au dialogue avec le gouverne-ment, n’avaient pas entravé la bonne exécution de ce programme. De nombreux exilés, dont de nombreux cadres du parti (une cinquantaine),sont rentrés en toute sécurité et peuvent même se permettre de combattre la politique et les hommes qui ont permis leur retour. Nous avons obtenu la réintégration dans leurs administrations respectives de tous ceux qui sont sortis de prison ou rentrés d’exil. Tout cela fait plus de deux cent personnes à ce jour. Une cinquantaine de comptes a été dégelée. Le processus de levée des sanctions est en marche. Par rapport aux sanctions, je précise que, dans le cadre de la crise post-électorale, cinq (05)personnalités du régime ont fait l’objet de sanctions de l’onu : Laurent Gbagbo, Simone Gbagbo, feu Désiré Tagro, Alcide Djédjé et Pascal Affi N’guessan. Tout ce que nous avons obtenu n’est pas négligeable,même s’il reste encore beaucoup à faire : plus de 500 prisonniers politiques, le retour de la grande masse d’exilés et de réfugiés vivant dans les camps au Ghana, Togo,Bénin et au Libéria, la restitution des terres occupées de l’ouest, les problèmes liés à la sécurité des personnes et des biens, l’accès aux médias d’État, la fin des poursuites judiciaires arbitraires,etc. Nous avons demandé la reprise du dialogue politique. Nous continuons de nous battre pour les militants et pour la Côte d’Ivoire.

N.V. : Mais vous êtes plutôt accusé de vouloir tourner la page Gbagbo…

P.A.N. : Ceux qui disent cela,en réalité, ont peur de l’après-Gbagbo. Pour des raisons subjectives, ils refusent le leadership d’Affi. Sinon il n’est pas dans le pouvoir d’un homme politique de tourner la page d’un autre homme politique. Gbagbo a dit que quand un homme politique marche, il laisse des traces. «La page» d’un homme politique est faite des actes mémorables, des idées fortes et des traces qu’il laisse dans l’histoire. Si ces traces sont indélébiles, personne ne peut tourner sa page. Gbagbo est dans cette trajectoire. L’histoire l’a déjà plébiscité. Mais ses compagnons de lutte ne sont pas condamnés pour cela à l’inexistence et à l’anonymat. Ils ont une partition à jouer, une contribution à apporter à la poursuite de la mission et à la pérennisation de l’œuvre commune. C’est un devoir, et l’ambition qu’ils peuvent nourrir de laisser eux aussi des traces, d’écrire d’autres pages de cette aventure, est un droit légitime. un grand maître est celui quia laissé de bons disciples. Un bon disciple est celui qui a su assimiler et féconder la pensée du maître, afin de lui donner un rayonnement insoupçonné. Je suis dans cette trajectoire.

N.V. : Justement, quelle est votre histoire avec le Fpi ?Parce que beaucoup de gens vous considèrent à la limite comme quelqu’un qui n’a aucun mérite et qui doit tout à la seule générosité du président Gbagbo…

P.A.N. : C’est une bonne question dans la mesure où beaucoup de ceux qui parlent aujourd’hui sur les réseaux sociaux n’ont aucune idée de l’histoire du Fpi. Ils croient que nous sommes arrivés au Fpi en 2000 à la faveur de l’élection du président Gbagbo. Je l’ai dit, je me considère comme un membre fondateur du Fpi. Je suis entré au Fpi en 1986 alors qu’il était dans la clandestinité. Au moment où le Fpi tendait vers la reconnaissance légale, j’étais là. J’ai été associé et j’ai participé à cette phase décisive de la vie du Fpi. Assez rapidement, le président Gbagbo m’a fait confiance. Ensuite, le président Gbagbo m’a nommé directeur de cabinet, puis directeur de campagne en 1995. Mais nous n’avons pas participé à l’élection présidentielle. Après le coup d’État en 1999, il m’a à nouveau fait confiance pour que je sois dans le gouvernement de transition. En 2000,il m’a à nouveau confié la direction de sa campagne et,après la victoire, il m’a fait l’honneur de me confier la direction du premier gouvernement de la refondation. En 2001, il m’a confié les responsabilités à la tête du parti.Cela veut dire que j’ai joué un rôle important dans l’accession au pouvoir du président Laurent Gbagbo. J’ai joué un rôle important dans l’implantation du Front populaire ivoirien sur l’ensemble du territoire national. et j’ai toujours bénéficié de la confiance du président Gbagbo. En 2010, j’ai été son porte-parole à l’élection présidentielle. C’est un acte de grande confiance et une lourde responsabilité. J’étais à ses côtés au cours des rencontres avec les différents émissaires qui se sont succédé dans la recherche d’une solution politique à la crise post-électorale. Après la mission du Panel des chefs d’État de l’union africaine, c’est encore moi qu’il a choisi pour le représenter et conduire la délégation qui s’est rendue à Addis-abeba. Par la suite, il m’a envoyé en mission auprès des présidents Jacob Zuma d’Afrique du Sud et obiang Nguema de Guinée équatoriale, à cette époque président de l’union africaine. Dans ces moments cruciaux,un chef d’État ne choisit pas n’importe qui pour de telles missions. En homme politique averti, le président Gbagbo accorde une importance capitale à l’intelligence politique, à la compétence et aux capacités politiques.

N.V. : Certains de vos adversaires vous reconnaissent ce parcours et parfois ils sont d’accord pour dire que vous êtes parmi les mieux placés pour incarner l’héritage politique du président Gbagbo. Mais, en même temps, ils disent que vous êtes trop pressé. Que leur répondez-vous ?

P.A.N. : J’ai effectivement observé, à ma sortie de prison,que les camarades de la direction prenaient tout leur temps. Moi, je suis pressé,parce que le travail à accomplir presse : la libération du président Gbagbo et de tous les prisonniers politiques, la restauration du parti et de la démocratie en Côte d’ivoire,la reconquête du pouvoir pour mettre fin au drame des Ivoiriens, etc. tout cela presse. Nous devons être pressés d’agir. Ce n’est pas une question d’ambition.Mais, même à ce niveau, on ne peut pas dire, à 62 ans,que je suis pressé, si c’est à l’élection présidentielle que l’on pense. Le président Gbagbo est devenu président de la république à 55 ans,François Hollande à 58 ans,Barack obama à 47 ans.Les responsabilités politiques que j’ai assumées et continuent d’assumer, et l’expérience politique accumulée m’interdisent de faire preuve d’inconscience et d’irresponsabilité politiques.

N.V. : Certains disent que Ouattara n’était pas encore au pouvoir et il nous a mis dans la situation où nous sommes. Alors pourquoi s’entêter à faire croire que vous pouvez le battre ?


P.A.N. : Le fait d’être au pou-voir a rendu Ouattara plus vulnérable que quand il était dans l’opposition. C’est ce qu’on appelle l’usure du pouvoir. On l’a vu à l’œuvre et on voit ses insuffisances. Même dans son propre camp, l’insatisfaction est grande. il y en a qui disent : «Gbagbo kafissa». On sait aussi que le soutien que la communauté internationale lui a apporté pour nous éjecter du pouvoir s’est effrité. C’est la désillusion. Aujourd’hui, il y a plus de raisons de penser que le Front populaire ivoirien et toutes les autres forces qui veulent le changement ont plus de chance de battre Ouattara aux élections qu’au moment où il était dans une dynamique d’accession au pouvoir portée principalement par la communauté internationale. Quand on est au pouvoir,on est plus fragile que quand on est dans l’opposition.Dans le premier cas, on risque de perdre le pouvoir,et, dans le second cas, on«risque» de le gagner. C’est la raison pour laquelle je de-mande avec insistance au Fpi de participer aux élections.

N.V. : Est-ce à dire que vous êtes candidat à la prochaine élection présidentielle ?

P.A.N. : Je milite activement pour la participation du Fpi aux élections générales futures, à commencer par la présidentielle de 2015. Le principe a été admis par la direction du parti et sera soumis au prochain congrès.Une fois cette première étape franchie, se posera nécessai-rement la question du candidat du parti. Si le parti accepte de me faire confiance, je serai à sa disposition. nous mènerons la bataille pour créer toutes les conditions d’élections apaisées, transparentes et crédibles.

N.V. : Sur la question des élections, on dit que vous répondez aux injonctions du président Hollande.

P.A.N. : Ce n’est pas le président François Hollande qui a créé le Fpi ou qui a demandé qu’on crée le Fpi. or,le Fpi a été créé pour gagner des élections et gouverner la Côte d’ivoire. La participation aux élections est la raison d’être d’un parti politique et en particulier du Fpi. C’est la non-participation qui serait une incongruité. Et pour que nous ne participions pas, il faut que nous ayons de très bonnes raisons. Nous ne l’avons pas fait en 1995 pour de très bonnes raisons. Aujourd’hui, il y a plus de raisons de participer que de ne pas participer aux élections.Ces raisons tiennent à l’avenir du parti et de la Côte d’Ivoire.

N.V. : L’emprisonnement du président Gbagbo n’est-elle pas une raison suffisante ?

P.A.N. : L’emprisonnement du président Gbagbo est une raison supplémentaire pour qu’on aille aux élections.Pour que le président Gbagbo sorte de prison, il y a deux voies. Soit dans le cadre de la réconciliation nationale et donc à travers le dialogue politique, un consensus s’est dégagé auniveau de la classe politique pour abandonner les procédures judiciaires internationales au profit de solutions nationales. (…). La seconde voie est un changement à la tête de l’État à l’issue des élections. Ceux qui sont engagés dans des poursuites contre le président Gbagbo ne sont plus aux affaires et il y a un régime favorable à la libération du président Gbagbo. Donc participer aux élections, c’est aussi travailler à la libération du président Gbagbo. Ne pas participer,c’est décider que Alassane Ouattara est encore président pendant cinq ans et qu’il peut continuer de poursuivre Gbagbo avec les mêmes moyens comme il le fait maintenant. Et, dans cette situation, les chances de voir le président Gbagbo libre seront très faibles, s’il n’y a pas un consensus dans le cadre de la réconciliation nationale.Ceux qui disent qu’il ne faut pas aller aux élections travaillent donc au maintien en détention du président Gbagbo,parce qu’ils veulent en faire l’otage d’Alassane Ouattara.

N.V. : Vous voulez un Fpi fort, mais vous avez un parti divisé. N’est-ce pas un échec ?


P.A.N. : Pour le moment,nous sommes dans un processus de discussions, d’affrontement autour de la stratégie d’actions et des hommes. Il faut attendre de savoir quelle sera l’issue de cette confrontation avant de donner une appréciation.Nous sommes dans un processus qui doit nous conduire à la modernisation du parti, à son repositionnement politique, diplomatique et médiatique. Ce sera une victoire si la démarche et la vision que je propose triomphent, si les courants patrimonialistes,messianiques et opportunistes sont maîtrisés et si le courant progressiste et moderniste triomphe.

N.V. : Sur la question électorale, la présence d’un représentant du Fpi à la Cei malgré un vote contraire du Comité central est apparue aussi comme un acte de défiance du président vis-à-vis du parti et de ses règles. Cela ne vous met-il pas en porte-à-faux avec les principes que vous défendez ?

P.A.N. : Alain Dogou ne représente pas le Fpi à la Cei.Il est un militant du Fpi,certes, mais il est à la Cei non pas au nom du Fpi, mais au nom de l’alliance des forces démocratiques de Côte d’Ivoire (afdci). Le Fpi n’est pas représenté en tant que parti politique à la Cei. Le FPi est représenté via l’alliance qui est un regroupement de douze partis politiques auxquels on a attribué deux postes sur les quatre postes prévus pour toute l’opposition. Alain Dogou et l’alliance ont été informés de la décision du Comité central.Je crois qu’ils en ont pris acte. J’ai, en outre, écrit au président de la Cei pour lui dire que c’est l’alliance qui est le correspondant de la Cei pour tout ce qui touche le processus électoral.

N.V. : N’est-ce pas le Fpi qui a désigné son cadre dans le cadre de l’Alliance?

P.A.N. : Non, ce n’est pas le Fpi qui l’a désigné ! C’est l’alliance qui a écrit pour désigner ces deux cadres. Un pris au Fpi et l’autre au Rppp à partir de critères fixés par l’alliance elle-même et aussi dans l’optique de veiller aux intérêts des partis membres concernés par les élections.

N.V. : Est-ce que vous ne donnez pas raison à ceux de vos camarades qui disent que vous avez créé l’Alliance pour contourner les instances du Fpi ?

P.A.N. : Contourner pour aller où ? Une alliance est une plateforme faite pour renforcer un mouvement politique et non pour le contourner. Mais chaque parti politique membre conserve sa liberté de décision et d’action. En conséquence, le parti membre est libre de s’associer,comme il l’entend, aux initiatives de la plateforme. Si,après le congrès, le Fpi décide de revenir à la Cei, parcequ’il aura choisi de participer aux élections, il trouvera, auprès de l’alliance, les éléments nécessaires au suivi du processus électoral en cours.

N.V. : La crispation est si grande aujourd’hui qu’on est en droit de vous demander si vous ne craignez pas une implosion du Fpi.

P.A.N. : Ce n’est pas mon souhait et ce n’est pas l’objectif que je poursuis non plus. Je suis persuadé que les camarades qui sont aujourd’hui dans la fronde nous rejoindront. Ce sont des militants chevronnés, des démocrates qui ont consacré une grande partie de leur vie politique au Front populaire ivoirien et à la lutte pour le pays.Je serai donc surpris qu’ils renoncent. Nous voulons tous un Fpi fort. Nous avons des divergences sur un certain nombre de questions,mais je pense qu’une solution peut être trouvée à travers une synthèse et un compromis. Cela est encore possible, malgré la dureté des attaques, les injures et autres grossièretés.

N.V. : Cela suppose que vous ayez gagné, or ce n’est pas encore le cas…

P.A.N. : Je compte sur le bon sens des militants et leur maturité politique pour qu’ils choisissent la voie que je propose. C’est une voie de progrès et d’avenir. alors que l’autre voie est une voie d’exclusion et de régression. Je souhaite que les camarades se rallient à cette voie qui est,du reste, majoritaire dans l’opinion. C’est la voie qui est plus lisible et plus compréhensible par l’opinion nationale et internationale. Vous avez suivi des émissions sur des chaînes étrangères, et on remarque que très peu de gens comprennent la logique du «Gbagbo ou rien». Ce n’est pas une logique dynamique. C’est une logique de repli sur soi, de refus, de régression. Or, les Ivoiriens pensent que le Fpi a un grand rôle à jouer en Côte d’ivoire. Et qu’il ne faut pas qu’il s’engage dans des logiques de repli. Qu’il soit offensif. C’est là qu’il peut être utile au pays et qu’il peut être fort, qu’il peut survivre à la grave crise post-électorale dont il a été l’une des grandes victimes.

N.V. : Qu’est-ce que vous faites pour permettre ce rapprochement avec vos camarades ?

P.A.N. : Tout ce que nous faisons, les discours et les interviews que nous faisons,l’ouverture que nous laissons sont des messages, des appels à l’union.

N.V. : Est-ce qu’il y a des contacts ?

P.A.N. : Oui, il y a des contacts. il y a des personnes qui font le «go between» entre les deux camps pour essayer de trouver des compromis. Si nous nous entendons pour mettre le président Laurent Gbagbo en dehors de nos débats internes, pour le mettre au-dessus de ces dissensions, nous pouvons nous asseoir pour voir comment nous allons de façon unitaire au congrès. Tout le monde souhaite un congrès d’apaisement et d’unité. Moi,je suis dans cette dynamique.

N.V. : Mais certains vous indiquent carrément la porte de sortie. Et disent d’aller créer votre parti et laisser celui de Gbagbo.Qu’est-ce que cela vous fait ?

P.A.N. : C’est un message d’impuissance et de résignation. Je ne me sens pas concerné par ce genre de discours. J’ai fini avec le patrimonialisme, le messianisme et l’opportunisme.

N.V. : Au plan international,l’actualité sous-régionale reste marquée par la chute du président Blaise Compaoré. Il était parti au Maroc, avant de revenir en Côte d’Ivoire. Avez-vous un commentaire ?

P.A.N. : C’est une situation pleine d’enseignements. Aux dirigeants politiques, elle enseigne qu’on n’est jamais trop fort pour être toujours le plus fort ; qu’en toute chose,il faut savoir s’arrêter, qu’il ne faut jamais insulter l’avenir,parce que tout se paie sur terre.Cette situation enseigne aussi qu’il y a toujours un temps pour le peuple. il suffit de persévérance, de patience et d’espérance.Maintenant que tous les placards des dossiers sales du régime sont accessibles, que Blaise Compaoré se mette courageusement à la disposition de la Justice de son pays pour répondre des nombreuses accusations qui y sont contenues, au nom de la vérité historique, au nom des droits de la personne humaine, au nom de la lutte contre l’impunité. il n’a pas d’autre choix.

N.V. : Le Fpi est engagé dans le processus de réintégration à l’Internationale socialiste. Où en est-on ?

P.A.N. : Le retour du Fpi à l’internationale socialiste est intimement lié à son repositionnement dans le jeu politique en Côte d’ivoire. Si nous restons un parti marginal, replié sur lui-même et tourné vers le passé, ce sera difficile que le Fpi revienne à l’internationale socialiste. Si,au contraire, nous nous engageons résolument dans une logique de repositionnement et de participation au jeu politique en Côte d’ivoire,et d’ouverture à l’international, je pense que notre retour ne sera qu’une simple formalité. Donc le travail que nous faisons à l’heure actuelle en direction de la communauté internationale, les rapports que nous avons établis avec les autorités françaises issues du Parti socialiste français, ces rapports préparent le terrain. Et je pense que,sur ce terrain, nous avons suffisamment avancé. Et, n’eussent été les sanctions internationales qui pèsent sur moi et qui m’empêchent de sortir du pays, la question aurait été réglée. Mais je voudrais vous rassurer pour dire que nous avons des amis,notamment le président du Comité Afrique de l’internationale socialiste, Emmanuel Golou, qui travaillent activement sur ce dossier.

N.V. : A quoi peut servir l’Internationale socialiste(Is) alors qu’elle a abandonné le Fpi et le président Gbagbo au moment où vous aviez besoin d’elle ?

P.A.N. : C’est comme toute organisation internationale.C’est une plateforme qui vous permet d’entendre et de vous faire entendre. Ça vaut ce que ça vaut. Ça ne remplace pas votre propre action.Mais ça peut vous donner un moyen d’amplifier votre message en direction des diffé-rentes opinions. À l’occasion de la crise, il y a eu plusieurs réunions de l’is qui nous ont donné l’occasion d’expliquer et de faire comprendre à certains partis frères la réalité de la crise en Côte d’Ivoire.Donc ce n’est pas inutile. Ce n’est pas une panacée, ça ne va pas régler tous nos problèmes, mais c’est utile pour faire avancer notre cause.

N.V. : Quel commentaire faites-vous des hésitations du gouvernement ivoirien face à la Cpi qui réclame Simone Gbagbo ?

P.A.N. : Les hésitations du gouvernement montrent bien que transférer des Ivoiriens à la Cpi n’est pas une bonne chose ; cela ne contribue pas à l’affermissement de l’unité nationale et de la cohésion nationale. Nous avons toujours clamé qu’il faut sortir de la logique pénale et organiser ici en Côte d’ivoire les etats généraux de la république pour que nous trouvions ensemble les solutions à tous les problèmes liés à la crise post-électorale. Je pense qu’il n’est pas tard. Donc je souscris à la position du gouvernement de ne pas transférer Simone Gbagbo. mais je vais plus loin en demandant au gouvernement de faire en sorte que les États généraux puissent se tenir et que nous puissions avoir, à travers ce processus, la libération du président Gbagbo afin que tous les acteurs majeurs de la crise en Côte d’Ivoire soient associés à un processus de guérison et de réconciliation nationales.

N.V. : A propos justement de la réconciliation, la Cdvr a remis son rapport défini-tif au chef de l’État. Estimez-vous que cette commission a réussi sa mission ?

P.A.N. : il est de notoriété publique que la Cdvr a été un gros échec. Elle n’a eu aucun résultat en termes de réconciliation nationale. Les prisonniers politiques sont toujours en prison ; le problème des exilés reste posé ; certains comptes restent encore gelés; les libertés publiques ne sont pas rétablies ; la vie politique est monopolisée par la coalition au pouvoir ; les médias d’État sont embrigadés et ne sont pas ouverts à tous les courants d’opinion ; le pays marche sur un seul pied; la politique de rattrapage continue de faire rage dans les administrations et les entreprises parapubliques ; la mauvaise gouvernance au sommet de l’État est généralisée ; le népotisme prévaut dans l’attribution des marchés publics. Donc le pays aborde les élections de 2015 plus divisé que jamais dans un environnement préoccupant avec de graves risques que font peser les ex-com-battants qui ne sont pas désarmés et qui perturbent la vie politique. Ce sont les conséquences de l’échec du processus de réconciliation nationale. Même ce qui se passe au sein du Fpi n’est qu’une conséquence de cet échec. Tous ces camarades qui sont en exil et qui alimentent les réseaux sociaux, qui sont virulents contre le président du Front populaire ivoirien, pourquoi le font-ils ?Parce qu’ils considèrent que le président du Fpi ne doit pas s’engager dans un dialogue avec un régime qui méprise leurs souffrances,refuse la réconciliation, ne pose aucun acte dans la direction de la réconciliation,maintient toujours en prison des milliers de pro-Gbagbo.C’est pour cela que le courant «Gbagbo ou rien» existe.Ils refusent parce qu’ils se sentent exclus, négligés, injustement frappés. ils sont encore amers parce que le gouvernement n’a pas orgnisé ce processus de guérison nationale, de rapprochement qui aurait pu permettre à toutes les victimes de la crise d’être réhabilitées, de sortir de leur traumatisme et être disponibles pour la réconciliation. La reprise du dialogue politique donne l’occasion au chef de l’État et au gouvernement de passer à l’offensive et de poser des actes forts dans la direction de la réconciliation nationale. il reste encore quelques mois pour se ressaisir, sinon les élections à venir risquent d’être problématiques.

N.V. : Votre constat est sans concession au sujet de la gouvernance et pourtant il y a de nouveaux ponts….

P.A.N. : La vie humaine n’est pas forcément une question de bien matériel. L’Homme a également besoin de dignité,de respect, de liberté.Construire des ponts, c’est une bonne chose, mais travailler à la réhabilitation de l’être humain, à faire en sorte qu’il se sente considéré, libre est aussi important. Vous pouvez faire beaucoup de ponts, mais si vous ne faites que cela, vous risquez d’être sanctionné. Et c’est ce qui vase passer. Vous entendez les ivoiriens dire : «Ce n’est pas les ponts qu’on mange ; on s’en fout des ponts». C’est le témoignage de cette réalité.Gbagbo n’a pas terminé le troisième pont ; il n’a pas réalisé un certain nombre d’infra-structures, mais cela n’empêche pas les ivoiriens de le porter dans leur cœur et d’être attachés à lui. Cela veut dire que ce n’est pas forcément ce qu’on offre au plan matériel qui garantit le soutien politique. En ce qui concerne le pouvoir actuel, il y a certes les ponts, mais il y a une réalité économique et sociale dure pour l’ensemble des Ivoiriens, en termes de pauvreté, de sécurité, de pouvoir d’achat. Cette réalité va éclater dans les urnes en2015.

N.V. : Pensez-vous que,malgré la grisaille que vous venez de dépeindre, il y a des raisons d’espérer pour le Fpi et pour le pays ?

P.A.N. : il y a des raisons d’espérer parce que des leaders politiques se battent pour qu’on sorte de l’immobilisme et de la résignation.Aussi bien au Pdci qu’au Fpi,il y en a qui se battent pourqu’il y ait des élections disputées, des élections concuurrentielles. C’est la manifestation de la volonté d’avancer ; la manifestation aussi du refus de la fatalité du rattrapage et de tous les problèmes que le pays connaît. Et ça, c’est encourageant.Cela aurait été dramatique si,dans ce contexte, aucune énergie n’émergeait des différents partis politiques ; si tout le monde avait baissé les bras et que, fatalement, Alassane Ouattara allait se faire reconduire au pouvoir pour conduire la même politique.or, on voit que les uns et les autres se battent. Cela signifie qu’ils veulent le changement. C’est ce que nos compatriotes souhaitent. On sent une forte attente au changement. C’est positif. Un certain nombre d’obstacles est à surmonter, notamment la question de la sécurité qui est une question essentielle pour le changement. C’est à toutes ces questions qu’il faudra s’atteler toute l’année2015 pour créer les conditions d’élections apaisées,transparentes, crédibles qui,fatalement, nous conduiront au changement que les ivoiriens attendent.

Interview réalisée par
BamBa Franck Mamadou
Augustin Kouyo,
Didier Dépry
et Guillaume Gbato
In Notre Voie
Jeudi 15 Janvier 2015
Lu 539 fois
La Dépêche d'Abidjan



Interviews
Notez


1.Posté par Kefaya le 15/01/2015 15:56 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
Faut il encore répondre à cet homme? Non. De toutes les façons, comme Gossio et Alcide Djédjé ne sont plus sous sanctions, il pourront aller rendre visite à Gbagbo et à l'aide d'un magnétophone, il dira si oui ou non il est candidat. Affi ou l'homme qui se dit démocrate et qui refuse le vote.

Nouveau commentaire :

Conditions d'utilisation
Merci d'écrire dans un langage correcte et d'éviter des affirmations sans preuves.




Actualité | Interviews | Contributions | Vidéos | People | Ça m'interpelle | Reportages | On en parle | Tribune | Dans l'objectif | Pêle-Mêle | Faits et Méfaits | Lu pour vous | Arts et Cuture | Insolite | Communiqué | Le confidentiel (avec L'I.A.) | Sports | Santé et sexualité | Espace NTIC | Économie | Mode - Beauté | Tourisme - Voyages | Vidéos en streaming | Afrique - Monde | Une | À ne pas manquer | Documents | Avis et communiqués | IVOIRE CINÉ | COURTS MÉTRAGES | VOTRE PUBLICITÉ SUR LA DÉPÊCHE D'ABIDJAN


Côte d'Ivoire, la presse à l'épreuve de la liberté - DOCUMENTAIRE 2002

ZOUGLOU FEELING - DOCUMENTAIRE - TEASER

"Le Franc des Colonies Françaises d'Afrique (FCFA) est une propriété à part entière de la France."




ladepechedabidjan : RAMSES DE KIMON - NO REASON (Clip HD MG) https://t.co/nyBU1DdQcU https://t.co/grXxvHLroH
Jeudi 8 Décembre - 20:46
ladepechedabidjan : PROCÈS GBAGBO - BLÉ GOUDÉ : Le témoin nie l'existence d'un massacre d'Ebriés à Anankoua... https://t.co/i0lWaEuTjr https://t.co/dVnSw9l0Vm
Jeudi 8 Décembre - 10:52
ladepechedabidjan : Législatives ivoiriennes : La Commission électorale publie une "liste définitive" de... https://t.co/eMJXladLPn https://t.co/F4WMvUvoz0
Jeudi 8 Décembre - 10:42
ladepechedabidjan : CÔTE D'IVOIRE - 25e anniversaire de l’UNJCI : 15 journalistes distingués dans l’ordre du... https://t.co/kYve8SiJSl https://t.co/45g4qQlmeD
Jeudi 8 Décembre - 10:26

Facebook

Partager ce site